Amazon Studios et Roadside Attractions Chloë Sevigny et Kate Beckinsale

Fidèle à son habitude de tourner des films où les dialogues sont rois, Whit Stillman s’approprie complètement l’essence de Jane Austen dans son rigolo Love & Friendship.

L’association entre Whit Stillman et Jane Austen tombe sous le sens. Dès son premier long métrage, Metropolitan, le réalisateur américain semblait déjà flirter avec la fougue de l’auteure anglaise, rien que dans sa façon de se moquer de la jeunesse bourgeoise. Vingt-six ans plus tard, il peut enfin célébrer les mots d’Austen.

«Je m’ennuie généralement devant les adaptations des écrits de cette auteure, confie Whit Stillman au bout du fil. Je suis incapable d’en regarder plus de 15 minutes. La seule exception est le Sense and Sensibility d’Ang Lee. Dans les autres films, l’esprit si particulier d’Austen est souvent absent. C’est décevant sur le plan esthétique et ce n’est pas très drôle.»

Ce sont ces raisons qui l’ont poussé à transposer Lady Susan, une nouvelle épistolaire peu connue, en conservant le style qui lui est cher. Dans Love & Friendship (Amour & amitié), la mise en scène minimaliste avec de longs plans est au service d’une avalanche de dialogues souvent ironiques et spirituels, où l’humour sec décape… à condition, évidemment, de ne pas perdre le fil. On est loin de Downton Abbey. Il y a du Woody Allen, du Éric Rohmer et du Ernst Lubitsch dans cette façon effrénée de manier le verbe.

«Je sais que la Bible, au cinéma, ce sont les images, mais il n’y a rien de mieux que le son et la parole pour accéder à l’âme humaine, soutient le cinéaste culte. Et les mots doivent servir une histoire, sinon ils sont totalement inutiles.» Ils ne le sont pas dans cette féroce comédie sophistiquée qui se déroule à la fin du 18e siècle et où l’héroïne sournoise, égoïste et manipulatrice utilise n’importe quelle bassesse pour se trouver un époux et marier sa fille. En séductrice immorale et pervertie, Kate Beckinsale, de la franchise Underworld, trouve aisément son meilleur rôle en carrière.

«N’importe quel réalisateur devrait être capable de prendre un livre de Jane Austen et d’en faire un bon film. Le matériel est si fort et si limpide. Mais je vois que ce n’est pas le cas, et je voulais honorer cette auteure.» –Whit Stillman, qui s’est prêté au jeu avec Love & Friendship

Sa présence et celle de Chloë Sevigny en confidente ne peuvent que rappeler l’excellent The Last Days of Disco, la création la plus connue de Stillman. On pourrait presque parler de «suite spirituelle» tant les univers se ressemblent par leur approche, leur ton, la horde de personnages délirants qu’ils proposent et leur façon de montrer que le film d’époque traite de sujets contemporains.

Une filiation qu’on pourrait retrouver aussi dans son prochain projet, The Cosmopolitans. «C’est un croisement entre Metropolitan et Barcelona, qui se déroule à Paris, note le metteur en scène, en parlant de cette série de longue haleine dont le pilote pour Amazon a été présenté en 2014. Je suis en train d’écrire des scénarios. J’espère que ça va se faire.»

Retrouvailles avec Chloë

Avec Love & Friendship, Chloë Sevigny et Kate Beckinsale, sa covedette de The Last Days of Disco, se replongent dans l’univers du réalisateur, Whit Stillman. Métro a parlé à Chloë Sevigny.

Les films de Whit Stillman ont marqué le cinéma indépendant des années 1990. Étiez-vous fan avant The Last Days of Disco?
De Metropolitan, moins de Barcelona. Metropolitan était si intéressant! J’avais trouvé que personne d’autre n’avait ce genre de voix à ce moment-là. Il crée un univers unique.

Beaucoup de films indépendants privilégient des dialogues très naturels, alors que ceux de Stillman sont très écrits…
Ses dialogues ont quelque chose de très spécifique dans le ton et l’intonation. Ça peut être difficile de travailler avec Whit. On se sent comme si on était placé sous un microscope. On veut offrir une bonne performance, mais on a parfois l’impression de subir un test de QI.

Même si Stillman tourne une histoire de Jane Austen, avec Love & Friendship, il continue à rendre sympathiques des gens qui sont riches ou aristocratiques…
C’est une façade. Je crois que les gens ont cette idée préconçue que si quelqu’un porte un blouson de cuir, c’est quelqu’un de riche. Mais pas forcément. Peut-être qu’il fait semblant de l’être, pour gravir les échelons. Les personnages de Whit sont des battants, des survivants, qui naviguent dans le monde en tentant de duper, un peu, les gens qu’ils y croisent. Ils font semblant d’être quelque chose qu’ils ne sont pas pour aller de l’avant, pour survivre. C’est quelque chose qu’on retrouve dans tous ses films, incluant celui-ci.

Love & Friendship
En salle dès vendredi

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