collaboration spéciale «J’ai toujours voulu partir à la découverte de contrées lointaines et je crois que ça influe beaucoup sur ma musique», explique Nick Monaco.

Le producteur de musique électronique Nick Monaco s’abreuve d’inspirations toutes plus inusitées les unes que les autres : des voyages remontant à l’enfance, MTV Cribs ou encore cette rencontre fortuite avec un jeune parfumeur thaïlandais.

Lorsque Métro a joint le jeune producteur américain Nick Monaco à quelques jours de son passage attendu au Piknic Électronik, il était dans son élément, prenant un bain de soleil au parc de la Ciutadella, en plein cœur de Barcelone, où il avait offert un concert haut en couleur quelques jours plus tôt.

Dans son élément, oui, car celui qu’on étiquette d’abord comme un «artiste natif de San Francisco» puise surtout son inspiration sur la route. Il attribue cette soif du voyage à son triple passeport (américain, italien et suisse), ce qui lui a toujours donné l’impression que le monde était à portée de la main et que rien ne pouvait l’arrêter. «Je crois que mon premier mot a été “avion”, se souvient-il. J’ai toujours voulu partir à la découverte de contrées lointaines et je crois que ça influe beaucoup sur ma musique. Je reviens toujours la tête remplie de nouvelles idées.»

Monaco, un producteur électronique fort imprévisible qui endisque sur les étiquettes acclamées que sont Crew Love et Dirtybird, considère Timbaland et Dr. Dre comme des figures marquantes de sa genèse musicale, lui qui se décrit comme un pur produit de la génération MTV. «Je regardais MTV Cribs et j’étais complètement fasciné par ces superproducteurs de hip-hop américains qui bossaient dans leurs studios, fasciné par le mythe autant que par la réalité!»

En matière de mythe, Monaco cultive depuis Mating Call, son premier opus, une image plutôt subversive dans le milieu de l’EDM [electronic dance music]. Pour dénoncer ce qu’il considère comme l’hypermasculinité de la scène et rappeler aux fêtards les origines de la musique dance, il a lancé Freak Flag, une marque de rouge à lèvres pour hommes dont tous les profits de ventes ont été remis à une fondation qui recueille de l’argent pour les chirurgies de réaffectation sexuelle.

«J’étudiais un nouvel instrument chaque année, mais je n’étais pas particulièrement doué pour aucun d’entre eux. C’est seulement lorsque je me suis mis à apprendre le métier de DJ que tout s’est mis en branle. Les choses se sont alors rapidement enchaînées.» –Nick Monaco

Pour Half Naked, son nouvel opus, Monaco a refusé de se confiner au cadre dancefloor, voulant davantage se rapprocher des structures de la pop. Au-delà de la grande audace percussive, des jolis soupçons de jazz et de la vulnérabilité piano-pop qui se dégage de cet album, Monaco a récemment mis en ligne une session d’écoute vidéo qui propose une tout autre façon d’apprécier ses 40 minutes de ballades sensuelles : il s’agit de l’artiste dans sa baignoire, en train d’apprécier son propre disque tout en épluchant une orange et The New York Times, en se limant les ongles, etc.

«Ce n’est pas important pour moi d’obtenir la reconnaissance du milieu dance», explique-t-il au sujet de son rapport un brin ambivalent avec ce milieu. «Il existe un parcours très classique pour quiconque souhaite réussir dans la scène électronique : tu fais le circuit des clubs internationaux, tu te produis à Ibiza, on s’attend à ce que tu te pointes aux after-partys et que tu joues le personnage de la star-DJ… Je suis constamment confronté à cette réalité. Comprenez-moi bien : j’adore le métier de DJ. Il y a certains aspects de l’univers du clubbing que je considère comme fondamentaux pour moi, mais pour Half Naked, je voulais quelque chose qui corresponde plus à mes goûts actuels.»

Une des composantes de Half Naked dont Monaco est le plus fier relève d’une rencontre fortuite faite à Bangkok alors que l’artiste était en tournée, il y a deux ans. En discutant avec son régisseur de scène San Saruj, il a vite compris qu’il s’agissait là d’un jeune parfumeur bourré de talent, qui élaborait des parfums dans ses temps libres pour ses camarades en s’inspirant de leur personnalité. «Nous avons discuté des parallèles entre la création musicale et la création de parfums. Je lui ai ensuite envoyé une copie de Half Naked et lui ai demandé de créer un parfum à l’image de l’album. Il a adoré l’idée et m’a renvoyé un colis rempli de petites éprouvettes et d’un carnet de notes avec ses lignes directrices pour chaque chanson. J’étais abasourdi.»

En matière d’expérience immersive et multisensorielle, difficile de faire mieux. Surtout que, de nos jours, bien des gens parlent de synesthésie dans le domaine musical – c’est-à-dire du rapport entre la vue (voire les couleurs) et l’ouïe –, mais le lien entre odorat et ouïe demeure trop peu exploré et trop peu exploité. «Lorsque j’ai fermé les yeux et “senti’ mon album, ce fut une des expériences les plus spéciales de ma carrière. Ça démontre toute l’étendue des collaborations qui sont possibles entre des créateurs d’univers différents.»

Nick Monaco

À Piknic Électronik
Dimanche au parc Jean-Drapeau sur la scène Solotech

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