Michel Lalonde, président d’une firme de génie, a confirmé avoir versé 3% de la valeur de ses contrats au parti de l’ex-maire Gérald Tremblay, à partir de 2004.

Après l’entrepreneur en construction Lino Zambito, c’est maintenant une firme de génie-conseil, Génius (autrefois Groupe Séguin), de confirmer un système de financement illégal du parti Union Montréal.

Mais alors que M. Zambito remettait sa «cote» à Nic Milioto, l’intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs en construction, Michel Lalonde, lui, transigeait directement avec Bernard Trépanier, l’argentier d’Union Montréal.

Depuis les années 1980, le Groupe Séguin s’était implanté dans l’est de Montréal. Selon M. Lalonde, la firme était plus près du parti Vision Montréal et de l’administration de l’ex-maire Pierre Bourque.

Après l’élection de Gérald Tremblay pour Union Montréal en 2002, il devenait important selon M. Lalonde de se rapprocher de ce parti afin d’obtenir des contrats.

Il a personnellement fait des représentations auprès de Frank Zampino, alors président du comité exécutif de la Ville. À la suite de cette rencontre, il a commencé à participer aux activités de financement d’Union Montréal.

À l’automne 2004, avec la perspective des élections 2005, le collecteur de fonds du parti, Bernard Trépanier, aurait alors demandé à M. Lalonde un versement de 100 000$. Peu de temps après, il a cette fois établi un système destiné à s’inscrire dans le temps en réclamant un pourcentage de 3% sur les projets d’ingénierie que Groupe Séguin obtiendrait par la suite.

M. Lalonde a d’ailleurs confirmé que M. Trépanier a continué de récolter de l’argent pour le parti, jusqu’en 2009 et ce, même après juin 2006 alors qu’il n’occupait plus officiellement la fonction de collecteur de fonds.

Un système bien établi
Michel Lalonde a eu beau parler d’accommodement, d’ouverture d’esprit, d’investissement et autres termes embellissants, il n’en reste pas moins que c’est bien de collusion, de corruption et de financement politique illégal dont il a été question mercredi à la Commission Charbonneau.

Le président de la firme de génie Genius paraissait à l’aise et coopérant. Il a raconté, parfois candidement, comment le stratagème de collusion et de financement des partis politiques fonctionnait.

M. Lalonde a tout d’abord confirmé avoir constaté la collusion entre entrepreneurs de la construction à Montréal, notamment dans le secteur des trottoirs et des égouts. «Au-delà des rumeurs, les entrepreneurs nous en glissaient un mot», a-t-il affirmé. M. Lalonde était aussi au courant que les coûts des travaux à Montréal étaient jusqu’à 25-30% plus chers.

Quant à sa firme, qui obtenait des contrats de conception et de surveillance de contrats municipaux, M. Lalonde a reconnu avoir fait preuve «d’ouverture d’esprit» pour accommoder les entrepreneurs qui demandaient des extras. Selon sa définition, il s’agit ici d’interpréter les dépassements des coûts de façon élastique, voire créative. «C’était des travaux qui étaient bien faits et qui étaient réalisés de façon professionnelle », a précisé l’ingénieur. Sur ce, Me Gallant a cru bon lui rappeler que le code de déontologie des ingénieurs ne serait sans doute pas du même avis.

Être accommodant pour les entrepreneurs permettait aux firmes de génie d’y trouver leur compte. En autorisant les extras, Genius se gardait un 25% en argent comptant du montant. À quoi servait cet argent comptant? a demandé le procureur adjoint Me Denis Gallant. «Au financement des partis politiques», a répondu sans hésitation M. Lalonde. Il s’agissait pour la firme d’un «investissement», car elle s’attendait à un retour d’ascenseur dans l’octroi des contrats.

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