Le musée de Pointe-à-Callière, le pavillon de HEC, le Théâtre du Nouveau Monde, l’École de design de l’UQAM, et même l’édifice Val de l’Anse à L’Île-des-Soeurs. Tous ces bâtiments sont l’œuvre d’un seul architecte, Dan Hanganu. Ce dernier recevra le 17 novembre un prix hommage de l’arrondissement de Verdun pour l’ensemble de son œuvre.

Après quelques minutes d’attente sur un fauteuil conçu par l’architecte, dans lequel chacun des ressorts est lié à un coussin ovale individuel, un grand homme à la chevelure grisonnante nous invite à le rejoindre à son bureau à l’étage. L’endroit est rempli de souvenirs de voyages, de plans et de maquettes.

«J’ose dire que l’architecture, de par ses règles, doit créer des sentiments. On doit vivre quelque chose en entrant dans un bâtiment. Le plus grand compliment que j’ai reçu, c’est une femme qui m’a dit j’aime votre maison, elle me touche. Je lui ai demandé pourquoi et elle m’a dit je ne sais pas», indique l’architecte attablé à son bureau, voisin à une grande fenêtre ronde.

Fuyant le régime communiste roumain, Dan Hanganu débarque au Canada à l’âge de 30 ans en 1970. Après un passage à Toronto, il s’installe à Montréal. Presque 50 ans plus tard, son héritage est visible partout dans la métropole.

«J’aime beaucoup le dialogue entre les matières brutes et la poésie. Il y a toujours un détail, quelque chose de fragile en contraste avec une matière brute dans mes créations», souligne l’architecte dans l’ambiance feutrée de son bureau, où les airs de musique classique se mêlent aux multiples sculptures d’ange qui tapissent les locaux.

L’Île-des-Sœurs comme tremplin
Alors que l’entreprise immobilière Proment amorce ses projets de maisons en rangées à l’île vers la fin des années 70, son président, Samuel Gewurz, demande à M. Hanganu de concevoir les premières habitations de la rue Corot.

«Ce sont mes projets à L’Île-des-Sœurs qui ont lancé ma carrière en quelque sorte. J’ai eu plus de demandes après avoir gagné le prix du Gouverneur général pour les maisons sur la rue de Gaspé», se souvient M. Hanganu, qui habite depuis plusieurs années à l’île, dans une maison qu’il a lui-même dessinée.

Il signera ensuite des habitations sur la rue Berlioz, la bibliothèque, les condos SAX, Panorama ainsi que l’extension du centre communautaire Elgar. Son œuvre majeure à l’île reste néanmoins Val de l’Anse, un édifice de 14 étages récompensé par l’Ordre des architectes en 1991.

Le travail de M. Hanganu est salué par ses pairs, dont le professeur de l’École d’architecture de l’Université de Montréal qui a déjà partagé un atelier avec l’architecte, Roger-Bruno Richard. Ce dernier décrit le style d’Hanganu comme «sobre et lyrique». Pour l’enseignant, Val de l’Anse est très représentatif de cette approche tout en voisinant bien avec les deux immeubles résidentiels en béton de Mies Van Der Rohe, l’autre grand architecte de l’île et à qui on doit notamment le poste d’essence transformé récemment pour devenir La Station.

«Je considère que c’est son meilleur projet résidentiel. À Val de l’Anse, tous les appartements sont transversaux, un concept rarement appliqué à Montréal: ils présentent deux façades opposées, avec la vue du fleuve d’un côté et du centre-ville de l’autre tout en profitant du différentiel de pression pour offrir la ventilation naturelle. À mon avis, il s’agit du projet de condominiums montréalais le plus réussi», estime M. Richard.

Reconnaissance mondiale
La renommée de l’architecte insulaire s’étend au-delà des frontières montréalaises. Son travail a même été souligné par l’influent critique d’architecture britannique, Kenneth Frampton. Après des projets dans plusieurs pays européens et même au Japon, il travaille présentement sur des bâtiments en Roumanie.

À 77 ans, M. Hanganu a réalisé pratiquement tout ce qu’un architecte peut rêver de faire, des bâtiments institutionnels, résidentiels et même des églises. L’homme croit désormais que  le Québec doit faire preuve de plus d’ouverture avec ses bâtiments.

«On perd la culture dans l’architecture, on parle de plus en plus de construction. Dans le passé, on a manqué de vision. D’ailleurs, la démocratie n’est pas le meilleur ami de l’architecture. Ce qu’on admire a été fait par les méchants, des tyrans, des rois, etc. Aujourd’hui, on fait des consultations publiques c’est bien, mais c’est un processus qui dégénère parfois et qui peut rendre l’architecture prise en otage par la politique.»

En recevant son prix, M. Hanganu ira rejoindre les rangs des grands bâtisseurs verdunois, parmi lesquels on compte notamment le fondateur de la librairie Sons et Lettres, Jean Claude Lapierre, Pierre Gagnon de la boutique Sport Campus, Samuel Gewurz de la corporation Proment, le dentiste Paul Germain, le pharmacien Michel Lapalme ainsi que le comptable Waguih Boulos.

Dan Hanganu recevra le prix «Grand Bâtisseur verdunois 2016» à Ambiance Île-des-Sœurs le jeudi 17 novembre à 7h30. Réservation: info@rav.quebec. Entrée: 15$.

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