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Les Misérables – Magnifique… et un peu pompeux

Une foule de personnages sur scène avec de grands drapeaux rouges et tricolores pendant une représentation de la comédie musicale Les Misérables.
Une scène de la comédie musicale Les Misérables. Photo: Courtoisie - Martin Girard / Shoot Studio

Juste pour rire a misé gros sur sa comédie musicale estivale de 2026, Les Misérables. Visuellement, la production inspirée du roman de Victor Hugo est impeccable, éblouissante. Vocalement, les artistes offrent des performances grandioses. Mais cette fresque longuette, au propos appelant à la révolte et à la solidarité, parfois brouillon tant s’étirent les tableaux, arrivera-t-elle à séduire le public au-delà des purs et durs irréductibles de comédies musicales?

Soyons francs, même adaptés à la sauce québécoise, ces Misérables ont quelque chose de pompeux et n’ont pas le potentiel rassembleur d’autres spectacles musicaux présentés par Juste pour rire dans les dernières années (qu’on pense à Waitress, Annie, Mamma Mia! ou Mary Poppins). Hors du giron Juste pour rire, des titres comme La famille Addams ou Peter Pan se sont également récemment démarqués par leur caractère bon enfant.

Avec Les Misérables, on est clairement ailleurs.

Déjà, l’été dernier, Chicago, entre les murs de l’Espace St-Denis comme Les Misérables cette année, ratissait dans une talle de spectateurs essentiellement adultes. Mais avec Les Misérables, les artisans derrière le rideau semblent véritablement viser un auditoire non seulement mature, mais aussi cultivé et outillé en fait d’expériences scéniques du genre.

Ce qui n’est pas un défaut en soi. Ce n’est pas pour rien que Les Misérables est la comédie musicale la plus célèbre au monde. Son fil conducteur est à la fois ancien et actuel, articulé autour du protagoniste principal, l’ex-prisonnier Jean Valjean qui tente avec difficulté de réintégrer la société sur fond de révolution dans les rues de Paris du XIXe siècle.

Seulement en février, plus de 25 000 billets des Misérables avaient déjà été vendus. Preuve que l’appétit existe pour des offres théâtrales de cette stature.

Visuellement mémorable

L’œuvre s’inscrit néanmoins dans une tradition de comédies musicales érudites au ton grandiloquent, très léchées, appelant au recueillement, dotées d’une grande poésie. Les chansons, costaudes, doivent être minutieusement écoutées pour ne rien rater de cette histoire chorale aux nombreux rebondissements.

Jeudi, soir de première médiatique, les ovations généreuses ont été extrêmement nombreuses. On a salué avec chaleur les prouesses vocales des acteurs-chanteurs, parmi lesquels figurent des pointures douées et aguerries, ayant déjà tenu la vedette dans plusieurs autres créations d’envergure. Alex Gaumond, dans la peau de Jean Valjean, est un solide pilier pour une distribution qui jamais ne surjoue malgré un texte d’un argot qu’il serait facile de caricaturer.

Les Misérables compte de magnifiques numéros de groupe, des harmonies spectaculaires, où s’entremêlent les différents personnages et où pointent ici et là des occasions de rire et de sourire. La mécanique de ces segments est merveilleusement bien rodée. Le boulot de mise en scène (d’après la proposition originale du Théâtre du Châtelet de Paris de l’an dernier) est colossal et sans failles.

Cela dit, il faut attendre l’arrivée de l’impitoyable Madame Thénardier (Debbie Lynch-White, qui insufflerait de l’émotion à une lecture de bottin téléphonique tant son jeu est investi) et la pleine insertion de la trame narrative autour de la petite Cosette, fille de Fantine (Klara Martel-Laroche), pour s’attacher pleinement à cet enchevêtrement de destins peu nantis.

Pour les yeux, cette version montréalaise est une authentique bénédiction. Mélange de projections et de structures amovibles, le décor des Misérables n’a justement jamais l’air…  d’un décor. Certaines portions prennent des allures cinématographiques tant le souci du détail y est maniaque. Idem pour les costumes, splendides.

En somme, cette relecture des Misérables respire la modernité et s’avère d’une indéniable qualité à de multiples niveaux… tout en prêchant aux convertis. Sur le plan technique, elle pourrait faire école pour les autres comédies musicales à venir chez nous. Mais ses 2h55 (avec entracte) de complaintes pourraient rebuter les élans romantiques de certains.

Les Misérables tient l’affiche de l’Espace St-Denis, à Montréal, jusqu’au 25 juillet, et se transportera ensuite au Grand Théâtre de Québec du 7 au 22 août.  

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