Romain Schué/TC Media Les membres de ce collectif des artistes de Montréal-Nord veulent changer l'image de Montréal-Nord.

Un collectif regroupant différents artistes de Montréal-Nord tente de donner une nouvelle image à leur arrondissement en multipliant les initiatives culturelles.

Symposium chaque été au parc Ottawa, décoration récemment d’une douzaine de lampadaires sur le boulevard Rolland, expositions, démonstrations, ateliers et spectacles tout au long l’année: Sergio Gutierrez et la vingtaine de membres actifs de ce collectif qui va bientôt fêter sa 10e année d’existence ne chôment pas.

«Lorsqu’on a démarré, c’était un terrain vierge avec beaucoup de possibilités. Montréal-Nord avait un besoin criant d’art», se souvient le fondateur, en 2007, des Artistes en arts visuels du nord de Montréal (AAVNM).

Du Chili à Montréal-Nord
Étudiant à l’école des Beaux-Arts au Chili, Sergio Gutierrez a quitté sa terre natale en avril 1987. Les répressions d’un régime militaire dirigé par Augusto Pinochet l’ont poussé à traverser les frontières, avant de s’installer à Montréal, à 27 ans, «pour un besoin vital de liberté».

«Au Chili, il y avait un manque d’expression et de liberté pour tous les artistes. Il fallait que je parte, c’était la meilleure décision à prendre», explique celui qui avait auparavant œuvré dans un collectif du Mile End avant de s’installer, pour des raisons familiales, à Montréal-Nord.

Un quartier «pas très connu à l’époque pour son aspect culturel», sourit l’intéressé qui peut compter sur des partenaires tout aussi passionnés.

«On était vu comme des extraterrestres»
Après avoir peaufiné la veille au soir une demi-douzaine de mannequins réalisés notamment avec du papier collant pour un gala qui se déroulera quelques heures plus tard, Iwonka se rappelle de débuts compliqués.

«On était vu comme des fous, comme des extraterrestres, rigole cette ex-dessinatrice de mode, présente depuis sa création dans ce collectif qui compte des peintres, sculpteurs, photographes, musiciens ou encore poètes.

«La première fois qu’on a voulu présenté un symposium au parc Henri-Bourassa, en 2007, les services de l’arrondissement nous ont présenté un formulaire destiné aux équipes de sport. Il n’existait rien pour la culture ou l’art», révèle-t-elle.

L’art, «un langage universel qui peut faire changer les choses»
Alors que l’AAVNM souhaite «jouer un rôle important dans le développement social», selon son fondateur Sergio Gutierrez, il ne manque pas non plus de «rêves».

L’artiste nord-montréalais, qui donne également des cours de peinture aux jeunes de différents centres de loisirs dans des locaux de l’église Sainte-Colette, aimerait créer un quartier culturel dans l’arrondissement.

«On veut s’impliquer et on pense que l’art réunit tout le monde: les jeunes, les personnes âgées, les différents groupes ethniques. C’est un langage universel qui peut faire changer les choses», poursuit celui qui envisage de transformer le parc Ottawa, situé dans l’ouest du quartier.

«Notre souhait, c’est d’avoir un village de création autonome, pour la jeunesse, pour tout le monde. Ce serait un endroit unique et tout Montréal pourrait se déplacer pour l’apprécier. On pourrait réaliser différentes actions: des murales, de nouveaux bancs, décorer les poubelles, les lampadaires. Ce serait un quartier créatif et je pense que la communauté est prête».


Des regrets pour la murale

Invité lors des différentes consultations qui se sont déroulées depuis le début de l’année pour la réalisation d’une fresque murale devant le parc Henri-Bourassa, Sergio Gutierrez regrette que ce projet n’ait pas été confié à des artistes de l’arrondissement, mais à MU, un organisme du centre-ville.

«C’est dommage de ne pas être pleinement impliqué, explique-t-il. D’après moi, ce n’est pas une bonne stratégie de choisir des artistes qui ne connaissent pas vraiment ce milieu.»

Alors que cette fresque était prévue dans un premier temps pour le centenaire de Montréal-Nord en 2015, le Comité de soutien à la famille Villanueva, appuyé par plusieurs organismes du quartier, souhaite y voir figurer le visage de Fredy, décédé le 9 août 2008 devant ce même lieu. Une demande pour l’instant rejetée par l’arrondissement.

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