Ralph-Bonet Sanon | TC Media L’artiste Made in Shaïna improvise une œuvre à l’extérieur de la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord pendant la tenue de Hoodstock 2017.

Clinique de proximité, centre pour victimes de violence sexuelle, média afrocentré, maison numérique: le quatrième Hoodstock, qui avait lieu de vendredi à dimanche, a été l’occasion d’en savoir plus sur plusieurs initiatives sociales centrées sur Montréal-Nord, la communauté noire ou d’autres segments de la population.

Hoodstock a notamment permis de plaider en faveur d’un appui du gouvernement québécois à la clinique médicale de Montréal-Nord, où les patients seraient traités par des infirmières, des inhalothérapeutes et d’autres professionnels de la santé qui ne sont pas médecins au 11991 rue Lapierre.

Cette clinique, ouverte pour un essai d’une journée en  février dernier, s’inspire de ce qui se fait à la Coopérative de solidarité Sabsa de Québec, d’abord vue comme un service parallèle au réseau de la santé, puis intégré à ce réseau grâce à une entente conclue en juillet 2016.

«On a des gens qui veulent y travailler, on ramasse de l’équipement médical, on a le soutien des organismes communautaires, on a fait, il y a 2 ans, une assemblée citoyenne […], mais le gouvernement et le ministre de la Santé nous ont dit: « vous avez réussi à faire quelque chose à Québec, mais oubliez ça [pour Montréal-Nord]. Jamais »», a soutenu Régine Laurent, présidente de la Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui finance la clinique.


Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec ne souhaite pas créer de réseau cliniques parallèles d’infirmières au Québec.

«Nous prônons l’interdisciplinarité entre les différents professionnels. C’est pourquoi nous voulons que les infirmières exercent leur travail de façon autonome mais de concert avec les médecins et autre professionnels de la santé, par exemple dans des GMF [groupes de médecine familiale, NDLR]», a écrit le cabinet du ministre Gaétan Barrette, dans un courriel à TC Media.


Le projet pilote nord-montréalais s’attaquerait à plusieurs problèmes. Selon l’OBNL Parole d’excluEs, les résidents du quartier ont du mal, géographiquement et financièrement, à avoir accès des services de santé, sont peu nombreux à avoir un médecin de famille, mais sont nombreux à exprimer des problèmes de communication, un sentiment d’exclusion.

Une pétition circule pour convaincre le ministre de la Santé d’appuyer la clinique de proximité de Montréal-Nord.  De plus, Parole d’excluEs et la FIQ entendent lancer un plan d’action à l’automne.

Une jeune femme signe une pétition réclamant le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal afin d’améliorer le transport collectif dans Montréal-Nord. (Photos: Ralph-Bonet Sanon – TC Media)

«Si toute la population de Montréal-Nord se soulève pour dire qu’elle veut une clinique de proximité rue Lapierre, pensez au nombre de jeunes qui n’ont accès à aucun service de santé et qui y auront accès. C’est aussi une façon d’occuper le territoire, de prendre soin de nos personnes âgées qui ont des problèmes de diabète, d’hypertension, etc., et qui n’ont pas les moyens ou l’énergie d’aller jusqu’à une clinique. Il y a ceux à qui on donne un rendez-vous à 7h le matin et qui ne sont pas capables de rentrer dans le moule mis en place», a plaidé Mme Laurent.

Violence sexuelle
Hoodstock a été l’occasion d’en savoir plus sur l’idée d’implanter un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) à Montréal-Nord.

Le quartier a grandement besoin d’un tel centre si l’on se fie aux demandes reçues de la part du CLSC local, affirme Marlihan Lopez, militante communautaire et agente de liaison du Regroupement québécois des CALACS (RQCALACS).

La violence sexuelle dans le quartier est difficilement quantifiable. Les CLSC ne tiennent pas de données précises sur les interventions qu’ils font dans ce domaine, selon Mme Lopez.

«Celle qui dirige le programme psychosocial m’a confié que la plupart des femmes qui arrivent ne demandent pas nécessairement d’aide à cause de violences sexuelles, mais plutôt pour soigner un trouble de santé mentale, comme une dépression ou un syndrome de stress post-traumatique. C’est au cours du suivi qu’on se rend compte que ce sont des victimes de violences sexuelles», a-t-elle témoigné.

Les victimes sont référées par leur CLSCL à un CALACS, mais ceux les plus proches, dans Hochelaga ou Villeray, sont soit trop loin, ont soit une liste d’attente de deux ans ou sont mal outillés pour aider des femmes détenant un statut d’immigration précaire, explique Mme Lopez.

Mme Lopez travaille avec des CALACS et des organisations dédiées à la lutte contre la violence sexuelle pour ouvrir un centre à Montréal-Nord.

Will Prosper s’exprime au micro devant d’autres panélistes à Hoodstock 2017.

«Ce projet se centrera surtout sur la prévention, la mobilisation communautaire autour des problématiques liées aux violences sexuelles et à l’éducation sexuelle dans les écoles, car la prévention est vraiment clé dans la lutte contre les agressions sexuelles», a-t-elle ajouté.

Pouvoir économique noir
Pour sa part, le cinéaste et acteur Henri Pardo a présenté son projet de maison de production BWM (Black Wealth Media). «À Black Wealth Media, nous développons, nous produisons et voulons diffuser du contenu afrocentré qui nous est digne », a-t-il fait valoir.

Le projet est né de ses rencontres faites avec des intervenants communautaires, penseurs et entrepreneurs pour sa série télé Black Weatlh Matters, diffusée sur  MAtv et traitant notamment d’histoire, d’entreprenariat noir, de pouvoir d’achat noir et d’«afroculturisme».

La nouvelle boîte comprend une plateforme web pour permettre aux cinéastes de faire diffuser leur contenu plus souvent que les «deux ou trois fois » qu’une majorité d’entre eux le font en festival ou à la télé.

Toutefois, la «pièce maîtresse» du projet est l’idée d’une plateforme de communication permettant d’échanger facilement avec des militants comme le co-organisateur de Hoodstock Will Prosper, ou des penseurs comme l’anthropologue Émilie Nicolas.

«Les films sont une vitrine: dans le backstore, là où on travaille, on veut construire un réseau de communication pour que des Hoodstock comme ça, où on échange, soient toujours là, à jour, sur votre téléphone, pour que vous soyez capables d’entrer en contact avec des Will, des Émilie Nicolas, n’importe qui […] pour communiquer et construire», a déclaré M. Pardo.

Le projet est en recherche de collaborateurs et de financement, a ajouté M. Pardo.

Mettre Montréal-Nord à jour
De son côté, Will Prosper a présenté son projet de «maison numérique» pour Montréal-Nord, un endroit où garçons, filles et adultes du quartier pourraient apprendre à se servir d’outils numériques et même à coder et développer des applications.

«Nous sommes à l’ère de la technologie numérique, mais tout le monde n’est pas au même niveau. Il y a des retards technologiques à certains endroits et parfois, ça n’a rien à voir avec le bon vouloir des familles, mais tout avec les raisons économiques associées», a plaidé M. Prosper.

«Comment ça se fait que l’Internet est accessible à pratiquement tout le monde, qui sont les mieux nantis, au centre-ville à travers le réseau Une île sans fil? Pourquoi l’Internet n’est pas gratuit sur les rues de Montréal-Nord, une des circonscriptions les plus pauvres au Canada? C’est pas normal, il faut absolument que ça change», s’est-il interrogé.

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