Félix O.J. Fournier/Métro Média Le 31 mars 2016, Bony Jean-Pierre a été touché par une balle de plastique avant de décéder quelques jours plus tard.

Le policier Christian Gilbert subira un procès criminel, a tranché le juge Pierre Labelle de la cour supérieure mardi. Il est accusé de l’homicide involontaire de Bony Jean-Pierre survenu lors d’une rafle anti-drogue menée à Montréal-Nord le 31 mars 2016.

La décision a été prise à la suite de l’enquête préliminaire qui s’est conclue mardi matin au Palais de justice de Montréal.

«Au terme d’une audition de 18 jours, la décision du juge est qu’il y a matière à procès pour savoir si la force employée par l’agent de la paix était justifiée dans les circonstances», a indiqué le procureur de la Couronne, Jean-Sébastien Bussières. Au choix de la défense, le procès se tiendra devant un jury.

Bony Jean-Pierre est mort en avril 2016 des suites de ses blessures subies au cours d’une opération anti-drogue menée par le groupe tactique d’intervention du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à laquelle Christian Gilbert a pris part.

Âgé de 46 ans, la victime a été atteinte «par un projectile d’arme intermédiaire», avait confirmé le SPVM après l’opération. Bony Jean-Pierre tentait de fuir par une fenêtre au moment où il a été atteint par le projectile. Il a ensuite fait une chute de plusieurs mètres. Il a été transporté à l’hôpital, mais il est mort quelques jours plus tard.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait décidé en mai 2017 de déposer une accusation d’homicide involontaire contre Christian Gilbert pour avoir «causé la mort d’un homme en commettant des voies de fait graves en utilisant une arme à feu». Pour ce type d’infraction au Code criminel, la peine peut aller jusqu’à la prison à vie, mais l’emprisonnement minimal est de quatre ans.

À sa sortie de la salle d’audience, l’accusé et son avocate, Me Isabelle Briand, n’ont pas voulu émettre de commentaires.

Les dates du procès seront fixées le 22 août prochain.

Un membre de la famille de Bony Jean-Pierre n’a de son côté pas pu contenir sa joie de voir les procédures avancer. Rappelons que la famille du défunt a également intenté une poursuite au civil de 250 000$ contre la Ville de Montréal pour compenser la souffrance subie.

Bony Jean-Pierre se trouvait dans un appartement de la rue Arthur-Chevrier avec sept autres personnes au moment de la frappe policière qui a causé sa mort. Les autres personnes arrêtées sur place ont été libérées quelques jours plus tard, tout comme d’autres individus visés par l’opération anti-drogue, y compris Dany Villanueva, le frère de Fredy Villanueva, interpellé à son domicile aussi le 31 mars 2016.

Deux jours après la mort de Bony Jean-Pierre, à la suite d’une marche tenue dans le silence, une émeute avait éclaté dans les rues de Montréal-Nord. Plusieurs voitures avaient été incendiées et le poste de quartier 39 avait été vandalisé.

Cette histoire avait ravivé les tensions entre policiers et citoyens vécues en août 2008 après la mort de Fredy Villanueva. Alors que le dixième anniversaire de cet événement approche, l’arrondissement de Montréal-Nord a fait savoir à la fin juin que le projet de murale pour honorer le jeune, mort à 18 ans, avait été abandonné. Le parc où il a été abattu par un policier sera plutôt rénové et une «place de l’Espoir» y sera aménagée.

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