Romain Schué Chantal Rossi a connu une ascension atypique avant de devenir la mairesse par intérim de Montréal-Nord.

Mariée à 16 ans, mère à 17 et mairesse à 54, Chantal Rossi a connu un parcours atypique avant de remplacer temporairement Gilles Deguire depuis sa démission à la tête de Montréal-Nord. Ex-chef caissière et animatrice de messe, la nouvelle patronne par intérim de l’arrondissement se veut «droite» et «sans langue de bois».

Voir Chantal Rossi propulsée mairesse de son arrondissement de naissance, est-ce réellement une surprise ? Fille de Carlo Rossi, ex-négociateur en chef dans les prises d’otages auprès de la police de Montréal, puis député fédéral pour le Parti libéral entre 1979 et 1988, «mon héros», glisse la benjamine de la famille Rossi qui fut biberonnée à la politique dès son plus jeune âge.

«Avant d’être élu, mon père s’impliquait beaucoup et souvent, les conseils d’arrondissement se terminaient à la maison avec le maire Ryan. Ça jasait beaucoup autour d’un café, ou autres», rigole-t-elle, en souvenir de ses «6, 7 ans».

«C’est avec mon père que j’ai fait mes premiers pas. Je le suivais souvent, même à Ottawa. On discutait régulièrement, notamment lors du débat sur la peine de mort au début des années 1980. Avec mon frère, nous étions contre et on a réussi à convaincre papa de ne pas soutenir cette proposition», rapporte-elle fièrement.

«Je pensais rester à la maison et m’occuper de mes enfants»
La mairie paraît pourtant bien loin. Son ambition d’adolescente: «me marier et avoir des enfants. À cette époque, je pensais rester à la maison et m’occuper d’eux», révèle celle qui quittera l’école secondaire Henri-Bourassa à 16 ans, enceinte, un premier diplôme de commis comptable en poche.

Mère de deux enfants dès ses 19 ans, Chantal Rossi va petit à petit gravir les échelons. Caissière au placement puis chef caissière au terme de ses 12 années à la Banque de Montréal, elle se démarque au sein de la communauté nord-montréalaise, principalement grâce à son timbre de voix.

«Soprano dramatique», selon ses propres mots, et animatrice bénévole des messes du dimanche à l’église Sainte-Colette, c’est durant cette période de 1989 à 2003 qu’elle prend le pouls des citoyens. Mme Rossi franchit le pas en 2007 et rejoint Union Montréal de l’ex-maire Gérald Tremblay.

«J’ai fait confiance et j’ai cru en des gens tout en m’engageant avec toute ma sincérité, mon honnêteté et ma droiture. Gilles Deguire fera partie, lui-aussi, des grandes déceptions des personnes connues en politique.» –Chantal Rossi

Montréal-Nord tatoué sur le cœur
Ambitieuse? L’intéressée renie ce terme. «Je ne me suis jamais dite: je veux faire de la politique. On est venu me chercher, assure-t-elle en référence à sa première élection en tant que conseillère d’arrondissement en 2009. Les gens devaient sentir que j’étais capable de les défendre, que j’avais sans doute la force de caractère et le jugement pour les représenter.»

En charge notamment de la culture et des célébrations du centenaire de l’arrondissement, l’ex-commissaire scolaire (1998-2014) se verrait bien, selon plusieurs sources, à la tête de Montréal-Nord de manière permanente. «J’ai Montréal-Nord tatoué sur le cœur», sourit la mairesse par intérim.

«Elle a toujours voulu prendre le pouvoir», glisse anonymement un représentant de l’un des organismes nord-montréalais en contact régulier avec l’arrondissement. Chantal Rossi, une conseillère aux dents longues? «Ce n’est pas mon sentiment», dément Jean-Marc Jacques, chef de cabinet du maire de Montréal-Nord depuis 2009.

«Mais c’est vrai qu’elle est ambitieuse, reprend M. Jacques. Surtout, elle veut bien réussir. C’est une personne passionnée, qui s’implique beaucoup.»

Pour l’instant, on ignore si elle se présentera au printemps aux élections partielles. «Chaque étape de ma vie politique a été menée par l’opinion des citoyens. Être mairesse, je le voyais plus au terme des mandats de M. Deguire. Pas de cette façon-là. Tout ce qui m’importe à présent, c’est que les gens ne soient pas brimés par cette situation. Pour la suite, je ne suis pas seule à prendre cette décision.»

Denis Coderre, qu’elle a connu dans les rues nord-montréalaises à ses 18 ans, comprendra le message.

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