Patrick Deschamps/TC Media Le 22 avril dernier à midi, il y a eu une manifestation devant les installations de l’école Jean-Grou.

Depuis le 7 avril et jusqu’à la fin de l’année scolaire, les 3200 enseignants de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPÎ) appliqueront des moyens de pression dans les différents établissements du territoire.

Les syndiqués dénoncent ainsi les demandes et propositions gouvernementales en prévision du renouvellement de leur prochaine convention collective qui se négocie depuis la mi-janvier.

«Si nous devions accepter les offres du gouvernement telles qu’elles nous sont proposées maintenant, cela équivaudrait à faire un retour de 40 ans en arrière dans les conditions de travail des enseignants», avertit Luc Ferland, président du Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île (SEPÎ).

Les services aux élèves touchés
Il ajoute que les services aux élèves seraient également affectés si ce scénario s’avérait.

«En utilisant le prétexte de la rigueur budgétaire et de la modernisation de la convention collective, le gouvernement s’attaque directement aux conditions de travail des enseignants qui, à leur tour, influencent négativement la qualité des services aux les élèves», martèle le président.

Luc Ferland, président du SEPÎ.

Luc Ferland, président du SEPÎ.

M. Ferland, qui protège les enseignants des établissements scolaires de Saint-Léonard, Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies, Pointe-aux-Trembles, Montréal-Est et Anjou, indique que les élèves des milieux défavorisés seront particulièrement touchés par les propositions gouvernementales.

«Voilà quelques années, nous avions réussi à baisser le ratio d’élèves en milieu défavorisé afin de pouvoir leur offrir un service plus personnalisé et les aider dans leur apprentissage, raconte le président. Cette année, le gouvernement nous propose d’abolir les annexes qui traitent d’une façon ou d’une autre des ratios, ce qui veut dire qu’on pourrait facilement se retrouver avec des classes avec beaucoup plus d’élèves que maintenant.»

Il ajoute que le gouvernement s’attaque également aux encadrements de la convention collective qui garantissent un minimum de services aux élèves.

«Ils [le gouvernement] le font sous prétexte de donner aux directions d’école une plus grande marge de manœuvre, mais le vrai objectif, c’est de faire des coupes à ce niveau également», dit-il.

Conditions de travail
Les syndiqués dénoncent la très basse augmentation de salaire qui est proposée par le Sécrétariat du Conseil du trésor.

«Nos salaires sont déjà en retard par rapport à l’indice des prix à la consommation, en raison des faibles augmentations que nous avons eues de 2005 à 2010, indique le président. Ce qui est proposé maintenant, c’est d’avoir une augmentation de 3 % sur cinq ans, donc, des gels de salaire pendant les deux premières années. De plus, on veut augmenter nos heures de travail et passer de 32h à 35h de travail.»

Le syndicat, régi par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), vise plutôt à avoir des augmentations de 13,5 % sur les trois prochaines années.

«Nous proposons une augmentation de 4,5 % pour rattraper le retard des 10 dernières années, 6 % d’augmentation pour les années en cours, ainsi que 3 % afin d’attirer et retenir des nouveaux enseignants car près de 25 % d’entre eux quittent lors des premières années de travail. Il faut trouver un moyen de les retenir», signale M. Ferland.

Les moyens de pression

Fini le bénévolat dans les écoles. Voilà le mot d’ordre qui a été donné aux membres du Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île (SEPÎ) au début du printemps.

«Nous comptons respecter à la lettre ce qui est stipulé dans la convention collective, explique Luc Ferland, président du syndicat. Nous ne pensons pas aller au-delà des 32 heures de travail qui sont inscrites dans notre contrat de travail.»

Il signale que ce sont les activités parascolaires qui seront probablement les plus touchées dans les différents établissements du territoire.

«Nous nous en tiendrons aux engagements que nous avons pris au début de l’année avec les directions des écoles dans les heures qui nous ont été assignées, mais s’il y a des nouvelles activités qui s’ajoutent, ce sera non, tempête M. Ferland. Il faut préciser, par contre, que tous les services essentiels aux élèves seront maintenus.»

Les enseignants, qui acceptent parfois d’accompagner les élèves à des activités telles que des sorties au théâtre, à la Ronde ou lors des voyages, ne le feront peut-être pas cette année.

«Nous n’allons pas boycotter les activités. Si c’était déjà prévu, ce sera fait. Par contre, s’il n’y a pas d’engagements déjà établis, les enseignants n’en prendront pas des nouveaux d’ici la fin de l’année», précise le président.

Les comités de travail entre enseignants, seront aussi mis de côté.

«Parfois, on demande aux enseignants de faire partie de comités de travail dans les écoles pour des problématiques particulières de chaque établissement. Cette année, nous allons passer notre tour.»

Les collectes d’argent pour des activités parascolaires, ainsi que la distribution de publicité par les enseignants n’auront pas lieu cette année.

Moyens de pression CSPÎDes lignes de piquetage seront aussi maintenues pendant 13,5 minutes (soit, le pourcentage d’augmentation salariale demandé par le syndicat) devant les établissements scolaires une fois par semaine.

D’ailleurs, une première manifestation a eu lieu devant les locaux de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPÎ) le 15 avril dernier.

«Il va y en avoir d’autres bientôt pour que les gens comprennent qu’on ne joue pas avec les conditions de travail des enseignants, ni avec le service aux élèves», indique le président.

Les enseignants ont également voté afin de boycotter le tournoi de volleyball annuel qui se tient depuis une vingtaine d’années, entre les enseignants et la direction.

«C’est impensable d’aller socialiser dans le contexte actuel, sachant que plusieurs des propositions qui sont sur la table viennent des employés de la CSPλ, tranche M. Ferland.

Même si présentement le SEPÎ a des mandats de grève pour trois jours, le président signale qu’il n’y en aura probablement pas d’ici la fin de l’année.

«Ce sera plus à compter de l’automne prochain, mais encore là, c’est à voir», dit-il.

Des parents divisés
Ian Leblanc, père d’un garçon au primaire à l’école Saint-Octave de Montréal-Est, s’est dit inquiet des moyens de pression employés par le syndicat.

«Je comprends les enseignants, mais je pense qu’il y a d’autres alternatives à explorer avant de commencer à utiliser des moyens de pression. Je prêche du côté de ma paroisse car je pense surtout à mon fils et je tiens à ce que la qualité de son éducation ne soit pas affectée.»

Pour sa part, une mère de trois enfants d’âge primaire, qui souhaite rester anonyme, déplore le manque de communication entre les parents et les directions d’école.

«Nous sommes très peu informés de ce qui se passe dans les écoles. Nous ne pouvons pas anticiper ce qui va se passer et quelles seront les répercussions sur nos enfants, alors c’est difficile de se prononcer pour le moment», dit-elle.

Réaction de la CSPÎ

Le président de la CSPÎ, Miville Boudreault, a préféré ne pas se prononcer sur les moyens de pression des enseignants.

«Nous souhaitons tout simplement que les activités puissent continuer de se tenir comme à l’habitude», a-t-il fait savoir à travers son attaché, André Lortie.

L’Avenir de l’Est a également tenté de joindre les commissaires-parents, Étienne Goupil, Jean-Claude Lavigne, Samia Mekthoul et Ibrahim Sballil sans succès.

 

 

 

 

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