Malgré l’interdiction qui règne encore à Montréal, une jeune entreprise veut installer des poulaillers urbains dans les cours des citoyens partout dans la métropole.

La compagnie Alvéole, qui depuis 2013 fait la vente de matériel et de la formation pour l’apiculture urbaine, désire essayer de convaincre entre 30 et 50 familles montréalaises de tenter l’expérience d’avoir des poules chez soi.

L’aventure qui sera lancée officiellement en 2017 se nommera POC, et fera la promotion de poulaillers modernes et sécuritaires.

«Ça n’aura rien à voir avec les vieux poulaillers tout croche qui peuvent parfois nous venir à l’esprit. Les poules seront bien protégées et le concept s’est fait avec une certaine esthétique», assure Alexandre Mclean, cofondateur d’Alvéole et de POC.

Avec son collègue Étienne Lapierre, celui-ci souligne que son entreprise prendra tous les risques en matière de réglementation.

En effet, si la Ville de Montréal stipule clairement dans son Règlement sur le contrôle des animaux que les poules ne sont pas permises dans les zones résidentielles de son territoire, la pratique est souvent tolérée par les inspecteurs, tant qu’il n’y a pas de plaintes de citoyens.

«S’il y a plainte et que les inspecteurs demandent que le poulailler soit enlevé, nous reprendrons le matériel et les poules et nous rembourserons nos clients. Mais les poules, si c’est bien entretenu, ça ne sent pas et ça ne fait pas trop de bruit, donc tout devrait bien aller», assure M. Mclean.

De plus en plus de citoyens s’adonnent à l’aviculture urbaine, et quelques exceptions sur la réglementation sont acceptées dans les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Ville-Marie, souvent à des fins éducatives.

Les cofondateurs du projet sont convaincus que leur initiative pourra encourager la création d’une communauté et qu’elle fera tomber les dernières barrières législatives qui se trouvent dans son chemin.

«Ça prend un modèle et du mentorat pour que les gens embarquent. Le projet trouvera sa validation dans les personnes qui s’y intéresseront», affirme M. Lapierre.

Pour Éric Duchemin, professeur associé à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal, cette initiative peut être positive, dans la mesure où elle pousse les élus à encadrer le phénomène plutôt que de l’interdire.

«C’est déjà permis à Vancouver, New York, Paris et dans 88 des cent plus grandes villes des États-Unis. Deux années après la légalisation des poulaillers urbains à Vancouver, le nombre de permis demandé n’a pas augmenté, ce qui prouve que ceux qui voulaient avoir des poules à la maison le faisaient déjà. Il s’agit donc de se pencher sur les bonnes pratiques», soutient le professeur.

Près de 300 personnes s’adonnent à l’aviculture urbaine à Vancouver selon M. Duchemin. La pratique n’est pas trop exigeante, et requiert à peu près les mêmes efforts que d’avoir un chien ou un chat. Cependant, les questions de santé publique devraient être examinées avant d’ouvrir les portes réglementaires aux poulaillers urbains, selon le professeur.

S’éduquer en mangeant mieux
Les créateurs de POC veulent permettre aux agriculteurs urbains en devenir de mieux s’alimenter, mais aussi d’en apprendre plus sur l’origine de la nourriture que nous retrouvons tous les jours dans notre assiette.

«Ultimement, ce qu’on veut, c’est faire de Montréal une référence en agriculture urbaine», dit M. Mclean.

POC lancera son site internet en janvier 2017, sur lequel elle vendra ses services «clé en main». Un poulailler, deux poules et une formation seront offerts pour les quelques dizaines de foyers qui en feront la commande. Quelques conditions, telles que la disponibilité d’une cour arrière, seront nécessaires à remplir avant de faire l’acquisition d’un poulailler.

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