Montréal Complètement Cirque – La bibitte Jerry Tremblay à l’assaut des festivals
Le festival Montréal Complètement Cirque commence demain et Métro en a profité pour parler à l’un des artistes les plus déjantés qui foulera les planches pendant le festival, soit Maxime Poulin, alias Jerry Tremblay.
Jerry Tremblay a réjoui les uns et frustré les autres en remportant la deuxième saison du concours télévisé Quel talent!, à Noovo, l’automne dernier. On ne lui décernerait pas un prix Nobel, mais on lui ferait assurément un high five ou un I Love You de la main. Mais qui est donc cette drôle de bibitte de Jerry Tremblay?
Depuis presque un an, Maxime Poulin n’a plus besoin de porter le bandana et les chemises colorées de son personnage de scène pour qu’on le reconnaisse dans la rue. Pas nécessaire non plus de brandir ses doigts dans la formulation du signe I Love You (pouce, index et auriculaire hissés haut, à ne pas confondre avec le symbole Devil / Rock and Roll, où seuls l’index et l’auriculaire sont levés), avec laquelle Jerry Tremblay conclut ses prestations et qu’il arbore en photo.
Sa participation à Quel talent! lui a instantanément apporté la notoriété et des millions de vues de ses vidéos sur les réseaux sociaux, en plus de garnir son agenda à vitesse grand V.
«Sur mes réseaux cumulés – Instagram, Facebook, TikTok –, je suis passé de 6000 à plus de 140 000 followers. C’est majeur, le porte-voix que Quel talent! m’a donné. Je suis encore en train de digérer tout ce qui est arrivé, de m’habituer à avoir une certaine popularité. Mais j’étais prêt à ce que ça se passe comme ça», explique l’interprète de Jerry Tremblay en entrevue à Métro.
Passion instantanée
Derrière les allures déglinguées et l’éternelle béatitude de son alter ego Tremblay (duquel Serge Denoncourt avait dit, grosso modo, que «sa lumière [intellectuelle] était allumée, mais qu’il n’y avait personne dans la maison»), Maxime Poulin est bel et bien un acrobate dûment formé. Il a gradué de l’École de cirque de Québec (2010) et de l’École nationale de cirque, à Montréal (2013).
Natif de Weedon, en Estrie, l’adolescent qu’il fut jadis était sur une mauvaise pente lorsqu’un professeur de son école a créé une concentration cirque pour les élèves du secondaire. Maxime avait 14 ans et fut alors happé par la magie de cette discipline.
«Pour moi et mes amis, ç’a été un coup de foudre. J’étais un enfant assez délinquant. Quand j’ai commencé à faire du cirque, j’ai arrêté de faire des mauvais coups. J’allais bien à l’école, ç’a vraiment changé ma personnalité. Et mes parents étaient heureux de me voir passionné et allumé, et non en train de causer du trouble ou de consommer!», lance en riant l’artiste de 37 ans.
Maxime Poulin a rapidement gagné sa vie avec ses contorsions, en se promenant à travers le monde, pour des prestations en solo ou dans des spectacles de variétés collectifs. Il a effectué quelques contrats pour le Cirque du Soleil et le Cirque Éloize, mais son univers déjà défini – son personnage de Jerry Tremblay existe depuis 2012, avec le même costume – cadrait plus ou moins bien avec ces «grosses machines» de cirque aux besoins très précis.
«J’ai fait des festivals en Europe, j’ai gagné des prix. J’ai eu beaucoup de travail, dont la majeure partie s’est passée en Allemagne. J’étais, environ, 20% du temps au Québec, et 80% en Europe. En Australie, au Moyen-Orient, en Afrique, aussi. J’ai fait de la tournée mondiale jusqu’à la pandémie.»
Réaliser un fantasme
Il n’a toutefois pas fallu la COVID-19 pour lui donner le goût de s’ancrer et de jouir d’un peu plus de stabilité. Peu avant la secousse sismique coronavirale, il est allé voir ailleurs s’il y était, en bossant un moment sur la construction comme charpentier-menuisier, puis en suivant un cours en informatique qu’il n’a jamais terminé.
«Mais après trois ans à faire d’autres métiers, le cirque me manquait», dit-il. Son âge devenait également un enjeu, car rares sont les athlètes qui performent sur scène à un âge très avancé.
En 2024, Poulin jouait le tout pour le tout: il mettait sur pied son spectacle solo Searching for Love, afin de déployer l’étrange petit monde de son Jerry en une heure entière, et de voir où celui-ci pouvait le mener. Il se fixait alors un horizon de cinq ans pour tester les possibilités.
«J’avais deux buts. Un, de me donner la liberté de faire ce que je voulais sur scène, de pouvoir parler… et étirer les malaises (rires). Deux, de pouvoir travailler un peu plus au Québec. Je me suis dit que j’allais réaliser mes fantasmes et pousser le personnage au maximum. Cette année, ç’a fonctionné.»
Propulsé par la catapulte Quel talent!, Maxime Poulin / Jerry Tremblay roule désormais trois spectacles différents: Searching for Love, en salle, Le Jerry Show, à l’extérieur, et le Self Help Karaoke, un «karaoké interactif bienveillant». Il a des représentations prévues au moins jusqu’en mars 2027, et continue d’être sollicité à l’étranger. En Allemagne et en Angleterre, notamment.
L’expérience Quel talent!
Maxime Poulin avait été approché par l’équipe de Quel talent! pour participer à la compétition une première fois en 2024. C’est finalement en 2025 qu’il y a pris part. Il a abordé le défi avec grand sérieux: il a même pris des leçons de théâtre pour peaufiner son interprétation de Jerry.
Dans les coulisses de l’émission, seule la recherchiste l’interpellait par son vrai prénom. Avec tous les autres, même l’animatrice Marie-Josée Gauvin et les juges (Serge Denoncourt, Anne Dorval, Marie-Mai et Rachid Badouri), Jerry Tremblay jouait le jeu jusqu’au bout. Personne ne savait qui il était réellement.
«Un numéro sur scène, c’est une chose, mais faire de la télévision, c’en est une autre. C’était un bel exercice, pour moi, de faire passer mes idées diplomatiquement avec la production, de les convaincre que j’allais faire du yoyo avec mon cul dans une émission pour enfants.»
Les réactions du jury à ses différentes pitreries à vélo l’ont néanmoins rassuré.
«Quand on arrive avec une proposition comme Jerry, la ligne est très fine. Il faut être solide et convaincu. Ça peut marcher, mais ça peut aussi vraiment flopper! Anne Dorval, qui est l’une de mes idoles, comprend bien l’absurde. Rachid aussi. Marie-Mai était le meilleur public [la chanteuse s’esclaffait de bon cœur à chacune de ses apparitions, NDLR]. Serge avait aussi toutes les aptitudes pour comprendre ce que je fais. Si tu arrives devant des juges qui ne comprennent pas ce que tu fais, tu peux facilement te faire descendre. J’étais donc content d’être avec eux, qui ont vraiment apprécié ce que j’ai fait.»
Besoin d’amour
Or, nous n’avons pas encore répondu à l’essentielle question principale: qui est donc Jerry Tremblay? Comment gagne-t-il sa vie? Est-il un motard? A-t-il des enfants? Paie-t-il des impôts? A-t-il toutes ses facultés intellectuelles?
Ces interrogations font sourire son personnificateur.
«Je dirais que Jerry est une personne qui a beaucoup d’insécurité. Qui recherche la validation de l’autre. Il est un peu comme une chaudière percée: il ne comprend pas trop les codes sociaux, mais il essaie fortement de faire partie de la gang! Il souhaite que les gens l’approuvent. Il essaie de camoufler son insécurité par: « Regarde mon bicycle, regarde mes trucs, regarde mon gros char… » C’est une attitude assez universelle. Et je pense que c’est ce qui fait que les gens se reconnaissent en lui. Il y a beaucoup d’humilité et de réalisme à la base du personnage.»
À l’origine, Jerry Tremblay est né d’une blessure à l’épaule subie par son créateur pendant ses études à l’École nationale de cirque. Celui-ci n’a pu, pendant un an et demi, lever le bras et exécuter d’acrobaties.
«Malgré cette contrainte, je voulais quand même travailler. J’ai alors fait beaucoup de recherches sur le malaise, le regard, dans des vidéos sur YouTube, des vidéos de gens qui sont drôles malgré eux, qui sont hilarants dans leur timing, leur façon d’être. À Montréal, beaucoup de gens m’ont fait rire dans la rue. C’est de l’observation anthropologique (rires), de prendre des manières d’être d’un peu tout le monde.»
Maxime Poulin reconnaît que le style qu’il a choisi, versant beaucoup dans le deuxième degré, n’est pas nécessairement accessible à tous. Il s’en formalise peu.
«L’humour, en général, n’est pas pour tout le monde. L’incroyable de quelqu’un est le mauvais de l’autre. Déjà, en sortant dehors, tu vas plaire ou déplaire à quelqu’un! Il ne faut pas s’arrêter à ça. Le but est de mixer le stand up au cirque. L’humour est le type d’art qui attire le plus grand bassin de fans, au Québec. La plupart des gens qui viennent voir mon spectacle n’ont jamais réellement vu de spectacles de cirque, mais, habituellement, vont voir des spectacles d’humour», complète le jeune homme.
L’horaire de spectacles de Maxime Poulin / Jerry Tremblay est disponible sur son site Web. Il sera en vedette à Montréal Complètement Cirque du 3 au 9 juillet, à l’Espace St-Denis. La 17e édition du festival a lieu du 2 au 12 juillet. Les deux saisons de Quel talent! peuvent être rattrapées sur la plateforme Crave.
3 autres spectacles à voir au festival Montréal Complètement Cirque
- La chute des anges, de la compagnie française L’Oublié(e) et la metteure en scène Raphaëlle Boitel. Spectacle d’ouverture du festival, où s’entrecroisent cirque, danse, théâtre et cinéma, où le corps défie les lois de la gravité, et qui part de la prémisse: et si les anges n’avaient plus d’ailes? Du 2 au 5 juillet, à la TOHU. 8 ans et plus.
- Défis déjantés, de la compagnie anglaise Three Legged Race. Sur papier, la proposition semble effectivement survoltée, décrite comme une parodie – adaptée pour le Québec – des jeux télévisés cultes des années 1980 «où absolument tout peut arriver». Animation par l’humoriste Pascale Marineau. Du 2 au 5 juillet, puis du 7 au 12 juillet, au Studio de l’Espace St-Denis. 12 ans et plus.
- Silly Little Things, de l’artiste clown néo-zélandais Trygve Wakenshaw, populaire partout dans le monde. Production sacrée parmi les meilleures au festival Fringe d’Édimbourg 2024 et décrite comme «hilarante, émouvante et physiquement virtuose». Le mime y explore avec absurdité les petits riens du quotidien capables de nouer… ou de détruire une amitié. Du 3 au 6 juillet, à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque. 12 ans et plus.