Infographies : Agata Nowicka / illo.pl «J’ai conseillé aux chefs d’État d’écouter attentivement leur peuple : quels sont leurs défis et leurs aspirations? Certains ont suivi ce conseil et en ont bénéficié. Ce n’est pas le cas du président El-Assad.» - Ban Ki-moon

Celui qui entame un second mandat à titre de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies estime que le Sommet de la Terre Rio+20, qui se tiendra en juin, sera crucial pour le destin de l’humanité. Mais dans l’immédiat, il doit faire face à la crise en Syrie. Alors qu’un autre plan de paix était en train de s’écrouler, Ban Ki-moon a accordé une entrevue exclusive à Métro.

Le ténor Jonas Kaufmann pratiquait dans la suite d’hôtel voisine à celle de Ban Ki-moon lors de l’entretien, le 15 avril. L’air d’opéra conférait une note optimiste à la journée sombre du secrétaire général : la Syrie occupait ses pensées. Il a accepté d’aborder la question avec Métro, de même que celles de l’environnement et de l’avenir de l’espèce humaine.

Est-ce qu’on se rapproche d’une solution pacifique en Syrie?
Le gouvernement syrien devrait appliquer intégralement l’entente. Je suis profondément préoccupé par les bombardements des forces syriennes à Homs et dans d’autres régions. Cela doit cesser. Les Nations unies appuient Kofi Annan, envoyé spécial, en lui fournissant un support logistique et politique. Parallèlement, je presse les forces d’opposition à coopérer pleinement. Laissons le dialogue politique se poursuivre. La population syrienne a trop souffert, trop longtemps. Plus de 9 000 vies ont été perdues. Il en faudra combien d’autres? Et des dizaines de milliers de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins.

Est-ce que le président El-Assad laisse passer l’aide humanitaire en Syrie?
L’accès à l’aide devrait être établi le plus rapidement possible. La communauté internationale, dirigée par les Nations unies, est prête à se mobiliser. Nous fournissons déjà de l’aide humanitaire à travers le Croissant-Rouge syrien. Mais ce n’est pas assez. Nous devons avoir un soutien humanitaire à grande échelle. Le monde entier regarde la Syrie avec scepticisme. Le président El-Assad n’a pas tenu des promesses qu’il avait faites dans le passé. Je sais que lui aussi vit de la frustration, mais l’ONU insiste auprès de son gouvernement pour que le cessez-le-feu tienne. Cela ne se fait pas sans contrainte.

Votre prédécesseur, Boutros Boutros-Ghali, se présentait comme le président du monde, mais comme lui, vous devez implorer les pays pour que les choses bougent. Vous sentez-vous puissant?
Le poste de secrétaire général est différent de celui de président ou de premier ministre. Son pouvoir réside dans l’incarnation de valeurs universelles et dans la capacité de toutes les nations à adhérer à ces valeurs. Mon rôle est d’utiliser ce pouvoir pour amener les États, le secteur privé, la société civile et les citoyens ordinaires à résoudre les problèmes du monde. Il faut savoir écouter, persuader et innover.

En juin, les leaders internationaux se rencontreront à Rio pour le Sommet de la Terre Rio+20. Pouvez-vous les forcer à faire quelque chose?
C’est une occasion unique pour l’humanité. Depuis 1992, nous avons consommé nos ressources au nom de la prospérité. Notre planète est maintenant à un point de non-retour. À moins de nous attaquer au problème intelligemment et de manière décisive, nous serons en difficulté. Nous allons léguer la planète à nos petits-enfants, et si nous n’agissons pas maintenant, ils vivront dans des conditions très difficiles. Ce sommet est crucial. Je travaille très fort avec les chefs d’État pour m’assurer que nous arriverons à des résultats.

Quels genres de résultats?
Premièrement, au sujet du réchauffement climatique et de la pénurie d’eau. Il y a 1,2 milliard de personnes qui n’ont pas d’accès à l’eau et 2 milliards qui n’ont pas d’accès à l’eau potable. Cela cause plusieurs maladies et problèmes de santé. Les enjeux de santé publique constituent un autre domaine où nous voulons des résultats.  Il en va de soi pour l’urbanisation, l’autonomisation des femmes et la santé des océans. Nous devons porter un regard global sur tous ces dossiers, ne pas les aborder à la pièce. En outre, les résultats de Rio+20 auront un impact important sur la paix et la stabilité. Il faut se rappeler que le développement durable réduit les tensions. Par exemple, une pénurie d’eau entraîne une dégradation de l’environnement, laquelle crée des tensions, parce que les gens se font compétition pour accéder aux ressources.

Pour se détendre, le pape Benoît XVI joue du piano, alors que le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, écrit des haïkus. Comment vous relaxez-vous?
Je suis dans le service public depuis 41 ans et je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me relaxer, particulièrement depuis que je suis secrétaire général. Je suis reconnaissant envers ma femme et mes enfants, qui m’appuient : je n’ai pas été en mesure de m’impliquer beaucoup dans ma famille. L’année dernière, j’ai eu quelques week-ends libres que j’ai passés à jouer au golf avec des amis. Vous savez ce que le golf représente? La verdure, l’oxygène, la légèreté, l’amitié. C’est ce à quoi je crois. Et cela me donne de l’énergie.

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Biographie

  • Nom : Ban Ki-moon
  • Âge : 67 ans
  • Dans les médias : Entame son second et dernier mandat de cinq ans à titre de secrétaire général de l’ONU. Gère la crise en Syrie.
  • Carrière : Diplomate coréen, ministre des Affaires étrangères, secrétaire général de l’ONU depuis 2007.

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