Bureau de la liberté de religion : un artifice

Libres penseurs athées (LPA), association qui prône la laïcité et la défense des droits des athées, dénonce la création du nouveau Bureau de la liberté de religion, annoncée récemment par le premier ministre Stephen Harper. Les problèmes posés par ce nouveau bureau sont multiples.

Premièrement, le mandat de ce bureau n’inclut pas explicitement la protection des apostats et des athées contre la persécution, et il y a peu d’espoir qu’il s’occupe des incroyants au même titre que les croyants. Selon David Rand, président de LPA, «la liberté de religion n’est pas une liberté fondamentale comme la liberté de conscience, mais en découle. La liberté de ne pas avoir de religion et de critiquer les religions en découle aussi. Or, sans le droit de quitter sa religion ou de ne pas en avoir, la liberté de religion reste creuse».

Le gouvernement Harper affiche déjà un fort penchant pro-religieux et nous semble très peu soucieux des droits de la personne : coupures dans le financement aux groupes de coopération internationale dont les pratiques incluaient le recours à l’avortement; financement d’un groupe chrétien homophobe travaillant en Ouganda; nomination d’un créationniste comme ministre des Sciences et de la Technologie; abolition de plusieurs centres de la Commission canadienne des droits de la personne ainsi que de l’organisme Droits et démocratie, entre autres. Tout porte à croire que ce nouveau bureau constitue une autre initiative accordant à la droite chrétienne une influence que l’on nous présente sousun faux jour de protectiondes droits.

La meilleure façon de protéger la liberté de conscience n’est pas de faire la promotion de la religion, mais plutôt de favoriser la laïcité qui protège cette liberté tout en assurant l’indépendance et l’autonomie des États face aux religions. Or, le mandat du bureau n’en parle pas et, pire encore, l’«ambassadeur» Andrew Bennett, nommé à la direction du bureau, est nettement antilaïque. Bennett est le doyen d’un petit collège chrétien d’Ottawa et milite en faveur d’une présence accrue de la foi religieuse dans les institutions gouvernementales. Il affirme que la laïcité en France est «fondamentaliste» et que les racines de nos libertés modernes se trouvent dans le judéo-christianisme, faisant fi de la longue lutte à travers les siècles pour affranchir les États du joug des religions.

Ce nouveau bureau relève du ministère des Affaires étrangères. Le ministre John Baird, dans un discours prononcé à Washington en mai 2012, a déclaré tout candidement que «la liberté de religion ne signifie pas être libéré de la religion». Plus récemment, en septembre 2012, lors d’un événement en marge de l’assemblée générale de l’ONU, ce même Baird a avoué qu’il ne considère pas que l’agnosticisme ou l’athéisme aient besoin de protection au même titre que les minorités religieuses persécutées. Pourtant, l’International Humanist and Ethical Union évoque, dans un rapport publié en décembre 2012, de nombreux cas de persécution d’incroyants partout dans le monde. Dans certains pays, les athées et les apostats risquent même la peine de mort.

Ce nouveau Bureau de la liberté de religion nous semble un stratagème de plus pour tromper les citoyens canadiens et mérite d’être dénoncé sur toutes les tribunes.

Libres penseurs athées

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