L’État n’est pas une cantine?

Pour justifier la sous-traitance et le délestage des emplois vers des entreprises privées, on utilise souvent l’argument que l’État n’a pas à assurer certains services comme celui de la nourriture dans les écoles ou dans les hôpitaux.

C’est un argument on ne peut plus fallacieux. Et c’est tout particulièrement absurde quand il s’agit des hôpitaux. On devrait pourtant se rendre compte que des plats sains, préparés sur place et conçus par des personnes soucieuses de l’équilibre entre les différents nutriments font partie du traitement d’un patient, au même titre que le repos et les médicaments. Non seulement c’est une fonction qui peut être assurée par l’État, mais cela devrait aussi faire obligatoirement partie de la mission des établissements de santé.

On a souvent une vision courte quand il s’agit de saucissonner les activités d’un établissement public, mais à prendre isolément chaque activité, on en arrive à ne plus voir la finalité de chacun de ces gestes qui font partie de l’ensemble. C’est bien là le propre de la pensée néolibérale, qui voit en chaque opération une occasion de profit, mais qui ne se préoccupe jamais du mieux-être de la société.

Oui, la santé doit rester un service public et les établissements de santé doivent fournir intégralement la nourriture autant que les soins.
Francis Lagacé

Ce professeur qui a changé ma vie

Plusieurs personnes ont salué la nomination de Brian Myles à titre de directeur du quotidien Le Devoir. J’ignore si elle est réaliste ou utopique. L’avenir nous le dira. Toutefois, je sais que le monde du journalisme perd un enseignant de très grande qualité.

Pour moi, son trop court séjour comme professeur régulier à l’école des médias de l’UQAM n’a pas été banal. À pareille date l’an dernier, Brian m’a fait l’honneur de m’accueillir à bras ouverts dans sa classe, et ce, malgré le fait que je sois atteinte de paralysie cérébrale. Depuis, j’ai terminé mon baccalauréat, ce qui fait de moi la seule journaliste handicapée au Québec.

Le rôle de Brian ne s’est pas limité à cela. Il m’a demandé de rédiger un travail écrit qui alimente mes réflexions sur une base quotidienne. Selon moi, Brian doit voir cette réussite comme une grande victoire. N’est-ce pas le rêve de tous les enseignants de constater qu’une étudiante se passionne pour la matière qu’ils enseignent? Cette réussite mérite d’être soulignée parce que, trop souvent, les enseignants ne sont pas reconnus à leur juste valeur.

Si vous me permettez une analogie, on peut dire que Brian a fécondé l’embryon de mon éventuel mémoire de maîtrise. Même si je n’avais pas encore osé le lui avouer, mon désir le plus cher était qu’il le fasse évoluer avec moi en devenant mon directeur de recherche. Un projet dont je vais taire le sujet parce qu‘aujourd’hui, je me sens comme une mère qui a besoin de protéger son enfant. Comme il n’existe pas d’ouvrage entier sur le sujet, je me suis même demandé si, une fois mon projet terminé, il n’était pas possible de réfléchir à le publier et que Brian me fasse l’honneur d’en écrire la préface. Bref, je voyais grand, mais je savais qu’il s’agissait d’un défi qu’il était en mesure de relever avec brio.

Il m’était impossible de partager ce rêve avec Brian. Étant en congé sabbatique, je partirai durant quelques semaines à l’extérieur du pays. Par conséquent, j’envisageais de passer aux aveux à mon retour. Voilà pourquoi, mon objectif, je le gardais pour moi lorsque je croisais Brian dans les corridors.

La morale de cette histoire, c’est que lorsqu’on a un rêve, il est important d’en parler avec la personne concernée. Autrement, on se dit : j’aurais donc dû lui dire. La phrase est un peu cliché, mais ne dit-on pas qu’on apprend toute sa vie? Cette semaine, ce constat m’a permis d’apprendre beaucoup plus que lors de toutes mes études universitaires.
Véronique Trudeau

Aussi dans Courrier des lecteurs :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!