Les convictions, politiquement parlant, recèlent un potentiel de dangerosité établi. Partant de cette prémisse, nombreux sont ceux et celles qui, depuis au moins Machiavel, refusent de périr au nom de principes. Mieux vaut, pense-t-on, «stratégiser» à outrance dans l’objectif ultime, et unique, d’obtenir et de conserver le pouvoir. Et vogue la galère partisane. Excitante perspective.

Le nouveau chef du Parti québécois fait partie du cercle, trop étendu, des polichinelles du politique contemporain. Polichinelle? Selon Larousse, «Polichinelle: homme ridicule par sa facilité à changer d’opinion au gré des circonstances ou de l’influence de quelqu’un.»

En fait, l’historique des prises de position de Jean-François Lisée laisse croire que ses convictions, si elles existent réellement, sont de nature intermittente. Qu’à force de changer d’idées, il pourrait laisser croire qu’il n’en a point. Les illustrations, bien qu’occultées de l’espace discursif – le média québécois souffrant parfois d’amnésie ponctuelle – sont multiples.

L’épisode de la charte des valeurs, d’abord. Après avoir écrit que le Québec avait mieux à faire que de brûler ses énergies sociétales sur un simple bout de tissu, le nouveau ministre Lisée va jusqu’à défendre le controversé projet à même le New York Times, plaidant que ce dernier constitue le Quebec’s Jefferson moment. Les Américains, au fait des positions fermes de leur ex-président sur la liberté de religion, se sont, on le ferait à moins, bien marrés. Pas autant, cela dit, qu’à la lecture du bouquin post-mandat de Lisée, lequel témoigne rétroactivement alors de son aversion de ladite charte et, surtout, de son intention de démissionner du cabinet Marois si celle-ci refusait un assouplissement des mesures proposées. Une question de principe, disait-il.

Le politicien polichinelle enchaîne quelques semaines plus tard avec une déclaration aux parfaits antipodes de sa nouvelle, ou déjà ancienne, position de principe: «Il y a des hidjabs partout, ça suffit!» Sans commentaire.

La mascarade se poursuit lors de la dernière course au leadership, où le candidat vend de nouveau, et à bon prix, une salade moisie à la sauce identitaire périmée. Loin derrière le meneur Cloutier, il accuse ce dernier d’avoir souhaité «bonne fin de ramadan» aux musulmans québécois, et associe, par l’entremise d’une manoeuvre absolument fallacieuse, l’imam Charkaoui à son rival. Il en ajoute enfin une couche avec l’invasion prétendue de burkinis et de burkas, lesquels présenteraient un enjeu de sécurité majeur. Ça craint. Et la stratégie fait mouche.

L’historique des prises de position de Jean-François Lisée laisse croire que ses convictions, si elles existent réellement, sont de nature intermittente.

Tout juste élu, le chef Lisée s’empresse alors de préciser que ses positions sur la laïcité seront modulées, voire édulcorées. Ironique, tout de même, de la part d’un intellectuel ayant proposé, quelques mois auparavant, de suspendre les droits civils et démocratiques des nouveaux immigrants pour une durée d’un an. Afin de favoriser leur intégration, apparemment.

Ainsi, et sans ironie aucune, ce qui précède est de bien mauvais augure pour le gouvernement Couillard. Pourquoi donc? Parce que le parcours de Lisée illustre parfaitement en quoi la mémoire collective fait défaut. Parce qu’il est difficile de se battre contre des convictions temporelles. De démonter le sophisme de l’homme de paille. Parlez-en à Cloutier.

Les membres du PQ ont bien raison de plaider, en choeur, que Lisée constitue leur meilleure chance de se substituer au gouvernement Couillard. Reste maintenant à savoir au prix de quelle conviction.

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