Netflix The Haunting of Hill House

La télévision et l’épouvante, étonnamment, se conjuguent plutôt mal en temps normal. Autant le cinéma d’épouvante est imprégné dans nos habitudes et notre culture depuis les expériences de Méliès projetée avec le kinétoscope d’Edison, autant les séries d’horreur à la télévision sont plus nichées et moins marquantes que les équivalents cinématographiques.

On pourrait débattre qu’American Horror Story a tenté de remédier à tout cela il y a quelques années, mais la série a déjà dépassé le stade des saisons de trop, ce qui fait qu’on oublie, d’une certaine façon, ses bons coups. La bonne télévision effrayante est donc rare.

Ceci était vrai jusqu’à ce que Netflix dévoile, il y a quelques semaines, The Haunting of Hill House, une adaptation très libre d’un célèbre roman du même nom publié en 1959. La série de dix épisodes d’environ une heure se positionne, à quelques jours de l’Halloween, comme la dose ultime de télé qu’il vous faut afin d’assouvir vos fringales de sensations fortes, à consommer avec une couverture chaude avec les lumières tamisées et quelques friandises à portée de main.

Haunting nous plonge rapidement dans le quotidien de la famille Crain qui, au début des années 90, s’est temporairement installée dans la maison Hill («Hill House») pour la rénover et la revendre afin de faire suffisamment d’argent pour construire une maison de rêve familiale. On comprend assez vite que la maison est un lieu particulier, alors que les cinq enfants du couple sont confrontés à des apparitions et à des événements étranges. Après le suicide apparent de la mère, la famille déménage et nous les retrouvons, une vingtaine d’années plus tard, toujours habités par ce cauchemardesque été avec les spectres de la maison Hill.

Sur papier, la prémisse est simple, voire linéaire. Mais c’est dans la forme que Haunting s’impose comme une série captivante. On pourrait dire qu’on suit la formule narrative de This is Us en basculant entre le temps présent et les événements marquants du passé, sauf que la vie de la famille est influencée par une maison hantée au lieu d’un incendie provoqué par une mijoteuse. Disons qu’on ne joue pas dans la même ligue au niveau du traumatisme. Ainsi, les enfants devenus adultes se retrouvent à la suite du suicide de la cadette de la famille, qui n’est pas sans rappeler celui de leur mère, et ils devront retourner sur les lieux de leur traumatisme – qu’ils le veuillent ou non.

La série a le défaut d’être lente à s’installer, surtout avec les quatre premiers épisodes traitant d’un personnage à la fois et revisitant, à l’occasion, les mêmes événements d’un différent point de vue, dévoilant l’intrigue au compte-gouttes jusqu’à ce que les secrets explosent au grand jour.

La première saison d’American Horror Story s’articulait autour d’une maison hantée, mais avec la subtilité d’un boulet de canon lancé dans une fenêtre. Haunting prend son temps et suggère plus qu’elle exagère. Les spectres apparaissent à l’écran sans qu’on les souligne, même que parfois, on ne les remarque pas la première fois. Il faut y revenir pour bien saisir l’angoisse alimentée par ce domicile agissant comme un étau autour d’une famille pourtant unie et équilibrée avant les événements.

Quand on donne la chance au récit de Haunting de s’installer, on devient tout simplement accroché et c’est dans les nuances et les finesses qu’on se réconforte avant d’être terrassé par une bonne frousse. L’écriture habile, méthodique, gagnerait surement si on parlait de huit épisodes au lieu de dix, mais l’abondance ici est un défaut minime qui n’aura comme seule conséquence que de couper vos heures de sommeil quand vous allez vouloir connaître la fin de ce récit.

Du côté de la télévision américaine, c’est sans aucun doute ma nouveauté préférée de la saison. Quelque chose comme un événement qui fait beaucoup jaser et qui deviendra, je présume, un classique de l’Halloween que l’on revisitera quelques fois encore au cours des prochaines années.

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