J’ai atterri sur la terre de mes ancêtres dimanche passé, grâce à l’invitation de la commission Viens. La commission se penche sur les relations avec les Autochtones dans les services publics québécois. J’ai été très honorée qu’on me demande d’ouvrir les audiences publiques sur un territoire que je porte dans mon sang et mon cœur. On m’a envoyée à Mistissini, le premier arrêt de la commission en sol eeyou. J’aime beaucoup Mistissini; ma grand-mère y est, ainsi que ma tante et des cousins. Ma famille et mes amis constituaient alors le seul soutien moral que j’avais prévu.

J’étais un peu réticente à l’idée d’aller témoigner. La crainte que la salle ressemble à celle de la Commission sur les femmes autochtones disparues ou assassinées me rendait nerveuse, car on m’avait dit que ça ressemblait étrangement à The Oprah Show. Lorsqu’on livre de douloureux témoignages, la dernière chose qu’on souhaite, c’est de le faire dans un set-up qui nous rend mal à l’aise.

Lundi arrive. Je prends mon courage à deux mains, je cale mon café, j’embrasse ma grand-mère sur le front et je m’en vais au centre sportif où la commission est installée. On m’accueille chaleureusement, beaucoup mieux que je me l’étais imaginé. On me fait faire le tour des gens à qui j’ai parlé par courriel et on s’assure de me présenter ceux avec qui je vais intervenir dans mon témoignage. On me montre la salle, que je trouve intimidante, malgré les objets autochtones sacrés dispersés un peu partout. Les caméras, CBC, les micros, le protocole. Je cherche nerveusement du regard des gens que je connais. Des visages familiers apparaissent, et je suis finalement prête à m’exprimer devant la commission.

On me donne l’occasion de prêter serment sur une plume d’aigle. Durant tout mon témoignage, je sens qu’on m’écoute réellement et que la douleur dans chacun de mes mots est prise au sérieux. Je suis souvent pessimiste devant ce genre d’initiative. Il faut se rappeler que cette commission a été mise sur pied un peu pour calmer les tensions à la suite des allégations de femmes autochtones visant les policiers de la SQ à Val-d’Or. J’y ai trouvé des gens qui prennent leur travail à cœur et qui font tout pour que le rapport de la commission ne soit pas tabletté. On prend même la peine de m’offrir des options de suivi, pour que je sois accompagnée si mon témoignage a rouvert des plaies.

J’encourage donc tous ceux qui souhaitent témoigner devant cette commission à le faire, surtout les jeunes. Il y a plusieurs façons de le faire. On n’est pas obligé d’avoir des caméras dans la face et des journalistes qui assistent au processus. L’équipe est chaleureuse et efficace. Après mon témoignage, je suis partie pêcher avec ma famille et un ami sur le lac Mistissini, soulagée: j’ai enfin pu tourner la page sur une partie de mes traumatismes.

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