La migration internationale pourrait constituer une ressource économique et sociale cruciale pour un grand nombre de personnes. Malheureusement, seule une petite minorité de privilégiés y a accès. Pour les pauvres et les peu qualifiés, y compris pour les réfugiés, la migration internationale est de moins en moins accessible.

Nous vivons en plein paradoxe. D’une part, les besoins en migration sont reconnus par presque tous les pays développés. D’autre part, les sentiments anti-immigration prennent de plus en plus de place et les frontières se referment parfois de façon brutale.

Pourtant, trois faits concourent à rendre l’immigration fort attrayante.

Le premier fait concerne la révolution démographique qui a eu lieu au cours de la deuxième moitié du 20ième siècle. Cette révolution démographique, maintenant bien documentée, peut se résumer par deux phénomènes majeurs : une baisse des niveaux de fécondité en bas du seuil de remplacement et l’allongement de la longévité. Ces deux phénomènes conjugués ont produit un vieillissement important de la population.

À partir de ces grandes tendances, les projections démographiques annoncent une décroissance de la population au cours du 21ième siècle. Cette révolution touche surtout les pays développés, mais le processus est présentement en cours dans toutes les régions du monde. Cela veut dire que la composante « migration » sera le principal moteur de l’évolution démographique.

L’argument démographique devient encore plus puissant lorsqu’il est jumelé à un deuxième argument de nature économique. En effet, le nouveau contexte démographique implique une diminution de l’offre de main d’œuvre (i.e. la proportion des personnes d’âges actifs), ce qui, en soi, n’est pas un problème si la demande de main d’œuvre diminue également ou en tout cas demeure faible. Mais ce n’est pas le cas.

Troisièmement – et cela est moins connu – lorsque l’on consulte la base de données des Nations Unies sur les niveaux d’immigration souhaités et les politiques mises en place, on constate que la majorité des pays souhaite et met en place des politiques d’immigration de plus en plus ouvertes.

Pour la très grande majorité des pays, les niveaux d’immigration sont jugés satisfaisants (entre 76-77%), et cela depuis le milieu des années 1980. La proportion estimant les niveaux trop élevés demeure faible et a même légèrement diminué depuis 1986. De plus, la vaste majorité des pays disent avoir des politiques ne visant pas à réduire leurs niveaux d’immigration.

Alors, comment expliquer le paradoxe de la fermeture des frontières?

En fait, la fermeture des frontières est à mettre en parallèle avec la mise en place d’un nouveau régime migratoire à trois vitesses. La première vitesse ouvre les frontières à la migration à un groupe sélect, les riches et les très qualifiés. Cette première forme de recrutement est assortie de toute une série de droits sociaux, dont celui de la résidence permanente et éventuellement de la citoyenneté.

La deuxième forme de recrutement comprend les nombreux programmes de travailleurs temporaires qui prolifèrent un peu partout dans le monde. Ces programmes permettent de combler des emplois pour lesquels, dit-on, il est difficile de trouver des candidats et candidates dans les pays en question tout en s’assurant que ces travailleurs migrants n’aient pas accès à la résidence permanente, donc ne s’intègrent pas dans la société de destination.

Reste une troisième catégorie de migrants, les moins ou peu qualifiés, les réfugiés et les irréguliers. Ce sont ces catégories de migrants que visent le discours anti-immigration et les politiques restrictives.

Bref, la plupart des gouvernements désirent des niveaux d’immigration plus élevés mais pas de n’importe quel groupe.  C’est dans ce sens que l’on peut parler de régime migratoire d’apartheid.

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