Lorsque l’architecte de paysage Ziad Haddad m’a contacté, la semaine dernière, pour me dévoiler les premières esquisses de la future plage de Verdun, je m’attendais à ce qu’il me présente essentiellement…
une plage!

En d’autres mots, un aménagement relativement simple et classique composé de sable, de parasols, d’un boardwalk et d’un chalet pour y enfiler son maillot. Je caricature un peu, mais vous comprenez l’essentiel.

La réalité a été tout autre. Dans ce projet de réaménagement de berges, situé à un jet de pierre de l’Auditorium de Verdun, l’équipe du concepteur a vu une occasion d’offrir à l’arrondissement un legs plus durable qu’un beach club bourré de testostérone. Ce sera en premier lieu un levier pour amorcer un projet de renaturalisation qui s’harmonisera avec l’écosystème déjà en place.

«On est frappé par la densité végétale quand on arrive sur le site, m’explique M. Haddad. La végétation peut paraître belle, mais en réalité, elle n’est vraiment pas en santé. Il y a des friches, des arbres morts, de la monoculture. […] Il y a moyen d’améliorer sa biodiversité et sa santé.»

Son équipe a ainsi cartographié l’entièreté de la masse végétale afin de déterminer sa réelle valeur sur le site. Cette opération a permis de cibler les secteurs les plus vulnérables, qui seront sacrifiés afin de créer des brèches visuelles et physiques pour y aménager des chemins et des zones d’activités avec vue sur le fleuve Saint-Laurent.

«L’intention, c’est de créer plusieurs espaces avec différents niveaux d’intimité et d’action, poursuit l’architecte. Il y aura une place pour tout le monde, que ce soit les sportifs, les enfants, les personnes plus âgées ou les gens à mobilité réduite.»

Ainsi, on trouvera d’un côté un champ de hamacs pour la détente et la contemplation. De l’autre, un terrain de volleyball ou de badminton sur sable, accompagné de gradins en pierre greffés directement au paysage. Plus loin, d’autres zones végétalisées rappelleront davantage le parc que la plage; il sera possible d’y faire des BBQ ou de célébrer l’anniversaire du petit dernier. Les concepteurs ont même réfléchi à un espace qui inclura une microbibliothèque où on pourra bouquiner librement sous le soleil.

Chacune de ces zones a été largement inspirée par la topographie existante du site afin d’excaver le moins possible. «C’est une question de coûts, mais on voulait aussi éviter de perturber le milieu naturel», indique le concepteur.

Sur papier, le projet de 4,1 M$ semble prometteur, mais il faudra patienter quelques années pour découvrir son plein potentiel. Comme dans tout aménagement paysager, la végétation sera chétive à ses débuts, même si les architectes paysagistes comptent planter des pousses matures ici et là pour «accélérer» le processus.

Quand pourra-t-on se plonger les pieds dans le sable? Difficile à prédire. La réponse politique: 2017, à temps pour le 375e de Montréal. En réalité, rien n’est moins sûr, car chaque étape doit être validée par Québec et Ottawa étant donné l’étroite relation du projet avec le fleuve Saint-Laurent.

Envisager 2018 serait peut-être plus réaliste.

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