La digue a cédé. Plusieurs ont repris la métaphore hydraulique hier pour expliquer la déferlante, le tsunami de témoignages d’agressions sexuelles sur Twitter, à partir du mot-clic #AgressionNonDénoncée. Pendant que certains gars tombaient des nues devant l’ampleur d’un phénomène qu’ils ne soupçonnaient pas, d’autres devaient se sentir petits dans leurs culottes et espérer que ces #AgressionsNonDénoncées demeurent… non
dénoncées.

La peur a changé de camp. Les victimes n’ont plus peur de dénoncer, ce sont les agresseurs qui craignent maintenant que leurs squelettes sortent du placard. Dans la foulée de cette prise de parole collective, deux députés fédéraux ont été suspendus du caucus libéral le temps d’une enquête sur des «fautes personnelles». Est-ce le début d’un autre phénomène : le passage de la parole à la dénonciation?

Si le mot-clic #Agression NonDénoncée a pour but de nous sensibiliser au fait que la violence sexuelle est plus répandue qu’on le croit et qu’elle est, surtout, difficile à dénoncer, il a aussi pour effet de faire prendre conscience aux victimes des agressions dont elles ont été la cible. Comme les choses n’existent jamais vraiment tant qu’on n’a pas mis un nom dessus, plusieurs femmes réalisent que certaines situations désagréables vécues par le passé étaient en fait des agressions. Ce patron qui leur avait pris un sein en parlant de promotion. Cet homme qui avait frotté son sexe sur leur cuisse dans un wagon bondé. Ce médecin qui avait poussé l’examen un peu trop loin. Cette relation sexuelle à laquelle elles avaient consenti sans être vraiment en état de le faire. Puis toutes ces situations ambigües pour lesquelles elles n’hésiteront pas à se trouver coupables avant de penser à accuser qui que ce soit. Étaient-ce, au fond, des agressions? Voilà une question que devraient aussi se poser bien des personnes qui sont ou ont déjà été en situation de pouvoir.

Ainsi, l’éducation va se faire. Les temps vont changer. Ce qui était toléré hier ne le sera plus demain. Et maintenant, les paroles des victimes seront – souhaitons-le – prises au sérieux. En 2007, un verdict tranchait en faveur d’un animateur accusé de harcèlement psychologique envers une collègue. Les parties s’étaient entendues pour que la cause demeure confidentielle afin d’éviter que des réputations soient entachées. Mais au lendemain du verdict, l’employeur du populaire animateur a décidé de divulguer unilatéralement des éléments du rapport défavorables à la plaignante, décourageant ainsi toute éventuelle victime de porter plainte. La situation serait-elle gérée autrement aujourd’hui? Certaines personnes doivent remercier le ciel d’avoir été dénoncées avant 2014.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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