Si vous achetez des pogos, des cerises au marasquin, de la crème glacée, du bacon ou ces petits gâteaux moelleux avec beaucoup trop de crémage – à condition qu’ils viennent en boîte de six ou plus –, vous ne paierez pas de taxes. Mais toutes les personnes qui, chaque mois, pendant trente ans de leur vie, ont des menstruations, savent que ces exemptions de taxes aux produits dits de nécessité ne s’appliquent pas aux oh combien indispensables produits d’hygiène féminine. Au Québec, ces produits, tampons et serviettes hygiéniques, font l’objet d’une taxe de vente tant au fédéral qu’au provincial.

Une pétition en ligne (pour ce que ça vaut) est en train de recueillir des signatures afin de convaincre la Ministre du Revenu national Kerry-Lynne Findlay d’amender la loi sur la taxe d’assise afin d’en exempter les produits d’hygiène féminine. Que les environnementalistes soient rassurés : les coupes menstruelles sont incluses dans les revendications. Bien qu’elles ne conviennent pas à toutes, quant à moi, on rendrait un grand service à mère nature (et à nos drains français) en rendant ces coupes réutilisables gratuites en vertu d’un programme national, mais ça, c’est une autre histoire.

La pétition est adressée au gouvernement fédéral, mais des revendications similaires pourraient être formulées à l’endroit du gouvernement de Philippe Couillard. La taxe sur les tampons et les serviettes sanitaires est une taxe fondée sur le genre, peut-on lire dans la pétition. La taxation de produits essentiels et nécessaires, utilisés exclusivement par les femmes, est injuste et discriminatoire. Cela désavantage financièrement les femmes pour la raison unique de leur rôle reproductif. À cette injustice s’ajoutent bien sûr les difficultés économiques systémiques vécues par les femmes.

Et, comme si tout le monde s’était rendu compte en même temps de l’injustice que la taxe sur les tampons constitue, des pétitions circulent un peu partout en ce moment à travers le monde pour que cela change. En France, le groupe féministe Georgette Sand demande à ce que la taxe sur les produits d’hygiène féminine soit abaissée de 20% à 5%. Le collectif rappelle qu’avoir ses règles n’est pas optionnel. En Grande-Bretagne, une campagne similaire a recueilli 190 000 signatures en neuf mois. Une journaliste du Independant a calculé qu’une femme travaillant au salaire minimum devrait consacrer 38 jours de travail pour payer les tampons dont elle aura besoin au long de sa vie. Aux États-Unis, la campagne «Free the tampons», revendique des tampons gratuits dans les toilettes publiques, au même titre que le papier hygiénique.

Ces revendications qui paraissent relever du gros bon sens suscitent pourtant des débats enflammés. La chroniqueuse américaine Jessica Valenti a soulevé un tollé en août dernier simplement en demandant sur les réseaux sociaux si quelqu’un connaissait un pays où les tampons étaient gratuits. On l’a accusée d’antiaméricanisme, de violence envers les femmes, et on lui a recommandé d’utiliser un vieux bas (en guise de serviette hygiénique je suppose).

L’utilisation de produits non-hygiénique dans les pays en développement démontre pourtant l’utilité des produits qui le sont. Au Bengladesh, plusieurs travailleuses utilisent les morceaux de tissus qu’elles trouvent dans les usines où elles confectionnent nos jolis t-shirts à 15$ pour gérer leurs menstruations. Résultat : victimes d’infections, 73% d’entre elles doivent s’absenter du travail six jours par mois en moyenne. L’UNICEF estime que 10% des filles africaines s’absentent de l’école lorsqu’elles ont leurs menstruations.

La plupart des personnes ayant des menstruations au Québec ne sont pas dans cette situation, heureusement. Reste que j’aimerais bien voir quelqu’un argumenter que les tampons sont un luxe et qu’à ce titre, ils méritent d’être taxés.

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