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Vous trouvez peut-être que les droits des personnes trans prennent de plus en plus de place dans le discours public. Aux États-Unis, ce qu’on appelle de manière un peu réductrice «la bataille des toilettes» bat son plein, alors que différents paliers gouvernementaux se renvoient la balle législative de l’accès aux toilettes selon le sexe ou le genre. Chez nous, Justin Trudeau veut mettre fin à la discrimination basée sur l’identité de genre, le provincial entend permettre aux jeunes de 14 ans et plus de changer de nom et de mention de sexe, et les commissions scolaires tentent de s’adapter à ce qui semble être une nouvelle réalité : les jeunes trans.

Déjà en mai 2014, le magazine Time parlait d’un tournant dans la sphère des droits civiques. La dignité, l’intégrité et le respect des personnes trans sont sans contredit un des enjeux les plus importants de la décennie. Pourtant, certains médias traitent cet enjeu comme s’il s’agissait d’une véritable farce. Des chroniqueurs abordent la question sous le coup de la réaction, de fausses rumeurs sont véhiculées, des blagues sont formulées sans égard au sens politique qu’elles véhiculent.

Récemment, un article de TVA Nouvelles affirmait que Caitlyn Jenner envisageait de «changer de sexe à nouveau» et se terminait par une mise en garde quant à la source de cette rumeur, Ian Halperin, connu pour ses révélations-chocs souvent démenties. Pourquoi alors diffuser la «nouvelle»? Comme on pouvait s’y attendre, plusieurs commentaires en réponse à l’article véhiculaient des propos transphobes et, depuis, cet exemple est utilisé régulièrement comme argument pour invalider le vécu des personnes trans.

La semaine dernière, André-Philippe Côté y allait de cette toute petite blague en apparence inoffensive: un gros chien affirmait à un petit chat qu’au fond de lui, il savait qu’il était un chat. Le caricaturiste avait-il conscience du poids idéologique de son œuvre? En ce moment, les groupes qui tentent d’empêcher les personnes trans d’utiliser les espaces publics correspondant à leur identité de genre (toilettes, vestiaires, centres pour femmes victimes de violence conjugale) tentent justement de les faire passer pour des personnes dangereuses, qui constituent une menace à la sécurité des femmes. Un peu comme un gros chien méchant devant un chat vulnérable.

Plus récemment, la chroniqueuse Lise Ravary y allait d’un discours réactionnaire comme on en produisait à l’égard des homosexuels dans les années 1980, se demandant si le transgenrisme n’était pas une «mode», ou simplement une «phase».

Curieusement, dans son texte d’une violence inouïe à l’égard de la communauté trans, Lise Ravary reconnaissait une réalité troublante : les personnes trans sont parmi les plus vulnérables face au suicide. Comment peut-on voir là le résultat d’un phénomène qu’on aurait créé en reconnaissant de mieux en mieux la réalité des personnes trans, plutôt que l’effet d’un discours médiatique stigmatisant à l’égard de ces personnes?

Les enjeux trans sont sérieux. Des gens meurent, se suicident ou sont violemment battus. Peut-on SVP aborder le sujet de manière responsable?

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