Denis Beaumont Le défilé d'Anastasia Lomonova à la Semaine de mode de Montréal, le 4 septembre 2012.

En préparant mon article sur une formation qu’offre désormais ANEB (Anorexie et boulimie Québec) aux agences de mannequinat pour les sensibiliser et les outiller face aux troubles alimentaires, j’ai entendu toutes sortes d’histoires. Bien qu’elles ne soient pas nécessairement surprenantes, elles font réaliser à quel point l’industrie est «malade». J’ai pensé en partager quelques-unes.

Il y a d’abord l’histoire de cette mannequin, très belle sans être maigre, qui gagne bien sa vie à New York. Elle reçoit un appel du Japon : on veut l’embaucher, mais à condition qu’elle perde un pouce aux hanches. «Elle n’a pas le goût de vivre ça», raconte son agente, fière de voir que son message sur la santé globale a passé. «Sauf qu’aux yeux de plusieurs dans l’industrie, ce n’est pas la bonne attitude à adopter», déplore-t-elle.

La même agente m’a confié les déboires d’une autre mannequin, tout en s’inquiétant que la jeune fille prenne de mauvaises décisions. «Elle est magnifique, tout en courbes, une silhouette sablier. Le genre de fille à qui on veut toutes ressembler. Quand je l’ai rencontrée, je lui ai tout de suite expliqué que son look conviendrait mieux à certains clients qu’à d’autres. Même si elle m’a dit qu’elle comprenait, elle a vite fait valoir que pour elle, c’était facile de perdre du poids. À ce moment-là, j’aurais dû lever un drapeau rouge, mais je ne l’ai pas fait. Un de ses premiers contrats a été de travailler à la Semaine de mode de Montréal. Sur place, elle a observé les autres mannequins plus filiformes et s’est mis dans la tête qu’elle avait du poids à perdre. Depuis, elle refuse tous les contrats parce qu’elle ne se trouve pas assez belle. Elle refuse également toute aide que nous pourrions lui apporter. Ce qu’elle veut, c’est un régime. Ça me désole.» Nous aussi.

À qui la faute? Le plus surréaliste, c’est que les différents acteurs du milieu se renvoient la balle dans un cercle vicieux infernal : les agences pointent les designers qui, eux, ciblent les attentes de la société.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, ça me dérange de voir partout des modèles de beauté inaccessibles. Je suis loin d’avoir du poids à perdre (pour tout dire, je porte du Small, voire X-Small) et pourtant, si on me photographiait à côté d’une ribambelle de mannequins répondant aux critères du marché, j’aurais l’air d’une petite boulotte.

Il est peut-être temps que les choses changent. Heureusement, il semble que les détaillants et les designers d’ici soient plus sensibles à la question que les grandes maisons internationales. Des exemples? La politique de non-retouche de Jacob, les critères d’embauche des mannequins de Sensation Mode (derrière la Semaine de mode de Montréal et le Festival Mode & Design), le défilé de Melow au profit d’ANEB et les efforts de plusieurs magazines de mode dans leurs reportages.

Si le modèle de la grande fille mince est là pour rester (après tout, difficile de présenter des modèles trop rondes dans le contexte de l’épidémie d’obésité, sachant les problèmes de santé que peut entraîner un excès de poids), espérons que la maigreur extrême et les comportements qui l’encouragent seront pour leur part bannis pour de bon.

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