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Vitrerie Joyal – On démêle le vrai du faux avec Martin Matte

Le personnage de Martin Matte dans Vitrerie Joyal, André Joyal, est assis seul sur un divan.
Martin Matte dans son rôle d'André Joyal dans l'émission «Vitrerie Joyal». Photo: Courtoisie - Laurence Grandbois Bernard
Marie-Josée R. Roy - Collaboration spéciale

Vitrerie Joyal, la nouvelle comédie dramatique de Martin Matte, est diffusée à partir de ce soir sur Amazon Prime Video. On en profite pour lui poser la question: qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne l’est pas?

L’humoriste s’est inspiré de la vie de sa famille dans les années 1990 pour concevoir cette série en six épisodes d’une trentaine de minutes. L’intransigeance de son papa propriétaire d’une vitrerie, l’accident de voiture qui a laissé son frère avec un traumatisme crânien, sa propre entrée à l’École nationale de l’humour…

1995 comme si on y était

Martin Matte, son coauteur François Avard et le réalisateur Guillaume Lonergan (dont le nom est sur toutes les lèvres présentement, notamment grâce à son formidable boulot derrière la caméra d’Empathie) ont recréé avec minutie la réalité de 1995 dans Vitrerie Joyal. Tant visuellement que thématiquement ou musicalement. Les décors, les costumes, les chansons, les répliques (dont certaines, racistes ou misogynes, font grincer des dents en 2026, avec 30 ans de recul): on se sent véritablement au cœur de l’année du référendum. Références à La petite vie et aux magasins Steinberg en sus.

Tout est fait dans un souci maniaque du détail. Rien ne jure.

Bien malin, donc, celui qui sera capable de départager le vrai du faux dans cette autofiction, dont le ton n’est pas sans rappeler celui des Beaux malaises (première série de Matte diffusée de 2014 à 2021). Les vrais admirateurs du porte-parole de Maxi, qui l’ont vu en spectacle et écouté lors d’entrevues, déduiront peut-être que les vérités trafiquées ne tiennent qu’à des broutilles.

Ce qui n’est pas inexact, confirme le principal intéressé en entrevue avec Métro. Par exemple, alors que tous ces événements charnières de la vie des Joyal se produisent à l’intérieur d’un an à l’écran, chez les Matte, ils sont survenus sur une plus longue période. Le scénario condense les drames au service de l’histoire.

Martin Matte devant l'affiche de «Vitrerie Joyal» lors de la première médiatique de la série.
Martin Matte lors de la première médiatique de «Vitrerie Joyal».

Les noms des personnages (André, Philippe, Vincent, Diane…) ne correspondent pas à ceux de leur alter ego de chair et d’os. Mère au foyer dans Vitrerie Joyal. L’authentique maman de Martin Matte et son frère Christian (interprétée par Marilyse Bourke) travaillait à l’extérieur dans les années 1990, même si elle était une femme de son temps. Pour le reste, le public aura le plaisir de spéculer!

«La ligne rouge de la série est vraie. Les drames qui sont dans la série sont arrivés pour vrai. Mais, quand tu écris, ça t’amène à grossir des affaires pour faire rire. Beaucoup de choses sont arrivées dans cette année-là, et j’en ai avancé ou reculé d’autres», explique Martin Matte.

Dire ce qui ne se dit plus

Mine de rien, cette Vitrerie Joyal a mijoté longtemps dans les tripes de son créateur. Martin Matte avait déjà commencé à en griffonner des lignes il y a 10 ou 15 ans.

«Je pensais en faire un film. Finalement, j’ai laissé ça dormir. Moi, c’est toujours comme ça. Les beaux malaises, j’ai cru que c’était fini [en 2017, NDLR], puis, à un moment donné, je me suis séparé et j’ai eu plein d’idées», précise l’artiste. Ces idées ont mené à l’ultime chapitre de sa première comédie, relayé en 2021 à TVA.

«Vitrerie Joyal, ç’a monté, j’ai commencé à écrire, j’ai mis ça de côté. Puis, Prime Video a cogné à la porte en me disant que, si j’avais une série, ils aimeraient travailler avec moi. Ils avaient vu Les beaux malaises. J’ai dit que j’en avais une, j’ai pitché ça… Et voilà. Les astres étaient alignés!»

«Je ne pense pas que j’aurais pu écrire cette série plus jeune», souligne-t-il. «Je ne me serais pas senti aussi libre si mon père n’avait pas été décédé. Là, il est décédé depuis 20 ans. Il y a quelque chose qui a mûri, et j’ai eu envie d’écrire. Alors, je me sentais libre de le faire.»

Ce paternel borné, réfractaire à l’idée de voir son garçon se lancer en humour, d’engager une personne de couleur dans son commerce ou de voir son épouse intégrer le marché du travail. Enragé de devoir verser des pots-de-vin au maire de Laval pour obtenir des contrats (clins d’œil à la réalité, disions-nous?). Qui craint moins le mot «moumoune» que de devoir informatiser la paperasse de son entreprise. Cet homme a eu le temps d’assister à la montée en popularité de son fils Martin au tournant des années 2000, avant de nous quitter en 2002. Explosion professionnelle dépeinte aux trois derniers épisodes de Vitrerie Joyal.

Vous l’aurez compris, Martin Matte et François Avard ont pu s’amuser à glisser dans la bouche de leurs personnages ce qu’on «n’a plus le droit de dire». Mais cette liberté n’a pas été acquise d’emblée, signale Matte. Dieu merci, en 2026!

«C’est une liberté avec laquelle je me suis battu, quand même. Parce que ça ne se dit plus. Il a fallu que j’explique que je ne voulais pas édulcorer le personnage (du père). Il a de gros défauts, et je voulais que ça soit vrai. Je n’écris pas pour exagérer et régler des affaires, j’écris la vérité. Ce qu’on entend là-dedans, moi, je l’ai entendu chez nous ou dans la shop de mon père. Il y a quelque chose de beau, là-dedans. Chez Prime, au début, ça grafignait; il y a de l’homophobie, du racisme… Avec la vision d’aujourd’hui, il y a des choses qui passaient à l’époque et qui ne passent plus aujourd’hui. Je suis content que ça soit à l’écran et qu’on ait pu le faire.»

Un auteur fier

Vitrerie Joyal enfin sortie, Martin Matte ne caresse pas d’autres projets concrets pour le moment. «Je suis content que ça sorte et je vais me remettre à écrire autre chose. Je ne sais pas quoi encore. Sûrement en télé… J’ai encore le cerveau qui pense en série télé!»

Les spectacles d’humour, est-ce fini à jamais pour le personnage le plus prétentieux de nos scènes comiques? «Je ne planifie rien. Quand le goût de la scène va me repogner, je vais le faire.»

A-t-il été échaudé de l’expérience de son talk-show de TVA, Martin Matte en direct, qui n’a pas généré les résultats escomptés à l’automne 2023? «Je n’ai pas de plan de carrière. Si quelque chose arrive, ça se pourrait», énonce-t-il.

Chose certaine, l’homme qui se décrétait autrefois «condamné à l’excellence» ne pourrait être plus satisfait de ce nouveau bébé qu’est Vitrerie Joyal.

«C’est vraiment beau, si ce n’est pas au-delà de ce que je souhaitais. On a eu les moyens de faire la série qu’on voulait. Ce qu’il y avait sur papier, on a réussi à le mettre à l’écran. Je suis vraiment fier. Tout le monde, les costumes, la musique, les chansons qu’on a choisies, la direction photo, la direction artistique, les acteurs… Je suis vraiment content du résultat que ç’a donné!»

Pier-Luc et Pierre-Yves, fidèles à eux-mêmes

Pour Pier-Luc Funk (Philippe, alias Martin Matte) et Pierre-Yves Roy-Desmarais (Vincent, alias le frère Christian), il n’était pas question d’imiter ou de caricaturer les protagonistes qu’ils incarnent à la télé. Ils souhaitaient plutôt se les approprier à leur façon.

«Au début, quand il m’a approché, Martin Matte m’a dit que c’était une série très personnelle pour lui. J’ai compris que je le jouais, lui, et je lui ai demandé s’il voulait que j’emprunte ses expressions et ses mimiques. Il m’a répondu: « fais ce que tu veux ». Moi, par exemple, j’ai voulu prendre certaines mimiques pour certaines scènes, surtout les moments de stand up», affirme Pier-Luc Funk.

«Martin a davantage été dans la générosité de me le confier, plus que dans la pression de me demander d’exécuter quelque chose de précis.»

Les deux fils de la famille Joyal sont assis à la table dans une scène de la série «Vitrerie Joyal».
Pier-Luc Funk et Pierre-Yves Roy-Desmarais dans une scène de la série «Vitrerie Joyal».

Ce n’est pas la première fois que Funk tient le rôle d’une personne réelle. Il avait aussi personnifié le délateur Stéphane «Godasse» Gagné dans la série policière L’appel.

Quant à Pierre-Yves Roy-Desmarais, qui joue pour la première fois dans une comédie dramatique (après Complètement Lycée, une pure comédie), il a adoré son expérience dans la peau du sage et rationnel Vincent Joyal. Vincent a tout pour succéder à l’auteur de ses jours à la tête de l’entreprise familiale, mais il connaîtra un destin tragique. La scène du troisième épisode de la série annonçant ce sinistre revirement est particulièrement poignante.

«C’était un beau défi, que j’ai trouvé super enrichissant. J’ai passé une audition après que Martin m’ait téléphoné. Il m’a dit qu’il me voyait dans ce rôle-là et qu’il voulait que je passe une audition. C’est touchant. Surtout que je n’avais jamais montré cette facette de moi. Que ça vienne de lui, qu’il ait vu ça en moi, qu’il m’en croie capable, j’ai trouvé ça vraiment cool!», affirme M. Desmarais.

«Le personnage de Vincent est inspiré de son frère, qui est très posé, très calme, et c’est proche de ma vraie personnalité. Il savait que j’étais capable d’aller là, que ça pouvait me ressembler. Je trouve que ça marche super bien, que Pier-Luc incarne le gars qui veut devenir humoriste, et moi, le gars plus cérébral», ajoute-t-il.

Pierre-Yves Roy-Desmarais, dont l’excellent deuxième spectacle, Une année en un an, affiche complet dans plusieurs villes, animera le Gala de l’ADISQ pour une troisième année consécutive à l’automne. Il conserve toutefois le mystère à savoir s’il participera à nouveau au Bye Bye à la fin de l’année…

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