Quand on a l’impression d’évoluer dans un cadre de travail toxique, comment faire la part des choses entre ce qui est grave et ce qui ne l’est pas, entre sa perception et les faits?

La «téteuse», la diva, le paresseux, le pessimiste… On en connaît tous un ou une. Par leur attitude, ces personnes gâchent un peu l’ambiance de camaraderie au boulot. Mais à quel moment parle-t-on véritablement d’ambiance toxique? Comment distingue-t-on une simple perception d’un réel conflit au travail?

Départager «irritant» de «toxique»
«On ne peut pas aimer tout le monde», selon Jacques Lamarre, psychologue organisationnel en pratique privée. Ce constat est vrai sur le marché du travail, mais aussi dans la vie de tous les jours. La personne qui ne parle que de ses chats ou le verbomoteur qui jacasse sans arrêt sont peut-être difficiles à tolérer, mais ils font partie de la vie quotidienne.

Ces gens peuvent à la longue créer un inconfort, voire des insatisfactions au travail. «Ce sont des irritants, mais ils n’ont rien à voir avec la véritable ambiance toxique», assure Jacques Lamarre.

Dans l’environnement véritablement intoxiqué, les gens ne se parlent plus, le taux de roulement est élevé, les seules discussions franches ont lieu dans les toilettes, les employés travaillent en silo, la tension est palpable et les conflits sont visibles, énumère Julie Bourbonnais, psychologue organisationnelle pour la firme Hors-piste. Par conséquent, la productivité de l’entreprise au complet est affectée.

Pour elle, les perceptions dépassent les faits lorsqu’on entre dans le jeu des «contes organisationnels», ces histoires qu’on se raconte au sujet d’une personne ou d’un groupe, telles des étiquettes qui leur collent à la peau et dont elles ne peuvent plus se défaire.

«Dès que ça ressemble à une caricature, il faut être prudent», indique la psychologue. Si le méchant et la victime sont les mêmes depuis des lustres, et si cette histoire est figée dans le temps, on a souvent affaire à un de ces contes organisationnels qui polluent sans pour autant intoxiquer.

Gérer les situations difficiles
Avant de croire qu’une personne ou une situation nous intoxique, la première chose à faire est de s’arrêter, d’observer ses pensées et ses émotions à un moment précis et de se questionner, conseille Jacques Lamarre.

Suis-je la seule personne à ressentir tout ça? Ce que je vis en ce moment est-il réellement attribuable au boulot ou ai-je d’autres tracas qui me rendent moins patient avec mes collègues? Suis-je d’un naturel rigide ou plutôt bougon, tempérament qui ferme mon esprit? Est-ce que les pensées négatives qui m’envahissent sont utiles, me font avancer?

Par exemple, une personne au tempérament très affirmatif perçoit parfois des problèmes là où il n’y en a pas. Dans ces cas, il faut simplement apprendre à lâcher prise, explique Jacques Lamarre.

Pour résoudre le problème des contes organisationnels, Julie Bourbonnais conseille d’en créer d’autres, positifs ceux-là. Et surtout, de ne pas embarquer trop facilement dans une histoire qui est un peu trop facile à avaler. Au besoin, il peut être bon de demander l’aide des ressources humaines, des gestionnaires et du syndicat. À noter toutefois: les personnalités difficiles – la diva, le paresseux, etc. – peuvent aussi intoxiquer l’atmosphère s’ils sont au pouvoir ou s’ils sont protégés par des gens qui y sont.

Lorsqu’on a évalué qu’on se trouve réellement dans un environnement toxique, la première chose à faire est de prendre soin de soi: bien dormir, bien manger, faire de l’exercice… «Ça prend de l’énergie pour y faire face», conseille Julie Bourbonnais. En deuxième lieu, s’efforcer de voir ce qui est positif autour de soi. Elle ajoute qu’il faut se confier et partager le fardeau… «Ne pas jouer au sauveur», même si ça signifie, éventuellement, de quitter son emploi.

De tous les cas, le pire est celui de la «situation toxique non gérée», indique Mme Bourbonnais. Il ne faut donc pas avoir peur de prendre les choses en main, car notre santé, tant physique que mentale, est en jeu!

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