Colin Côté-Paulette/Métro Média Pierre Harvey (à droite)

VAL-D’OR, Qc — Est-ce que Éric van den Eynde et Pierre Harvey, par leurs triomphes au début des années 70, ont contribué à donner au Tour cycliste de l’Abitibi ses premières lettres de noblesse? Ou est-ce le Tour cycliste de l’Abitibi qui les a propulsés vers de brillantes carrières sportives?

Nous voilà devant un dilemme semblable à celui de l’oeuf et la poule.

Dans un livre intitulé «La Route des Champions», Harvey répond un peu à la question lorsqu’il mentionne «être allé à l’école en Abitibi». Celle du cyclisme, certainement, mais peut-être un peu celle de la vie, aussi, par extension.

«Le Tour de l’Abitibi a été ma plate-forme de lancement pour découvrir ce que j’avais dans le ventre comme cycliste», affirme l’homme de 61 ans originaire de Rimouski en faisant allusion à sa victoire en 1975.

Dans le même passage, Harvey relate le contre-la-montre individuel, «l’épreuve dans laquelle tu ne peux te cacher dans le peloton et gagner à l’arrivée», note-t-il.

Ce fut l’une des deux étapes qu’il a gagnées il y a maintenant 43 ans.

«Tu dois bosser seul contre le vent et le chrono. Ceci m’a motivé à pousser pour voir jusqu’où je pourrais me rendre. Par après, j’ai réussi à participer à quatre Jeux olympiques, mais mon école a été en Abitibi.»

Cette semaine, pour la première fois en 40 ans, Harvey fera un retour à sa «plate-forme de lancement» à titre de président d’honneur du Tour. Cette course d’envergure internationale pour juniors célébrera sa 50e édition dans les rues de Val-d’Or du 17 au 22 juillet.

«Je suis content que l’on ait pensé à moi, même si je ne recherche jamais les honneurs, a tenu à rappeler Harvey lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, dimanche soir.

«Ça m’impressionne que l’événement ait duré aussi longtemps, que les gens ont continué de croire en ça, à le développer et à le maintenir en vie. Ça prend des gens qui ont le feu sacré et c’est souvent en régions qu’on les rencontre. C’est plus pour ça que je suis content d’y retourner. Pas pour moi, mais pour ces gens qui ont passé ces 50 ans à y croire et à vouloir aider des jeunes dans le vélo.»

Un mini Tour de France
Éric van den Eynde, lui, y est passé beaucoup plus souvent depuis ses deux triomphes consécutifs en 1971 et en 1972. Au milieu des années 80, le premier double champion de l’histoire du Tour est revenu en Abitibi à titre d’entraîneur de l’équipe du Québec. Cette année, il épaule Pascal Choquette à la barre d’Équipe Québec.

Les diverses visites de van den Eynde au Tour lui ont permis de voir des changements majeurs au niveau de l’événement.

À son retour l’an dernier, il dit avoir été impressionné par la qualité des directeurs sportifs au niveau des caravanes. Au fil du temps, il a aussi noté que la planification de course par les équipes allait de pair avec ce qui se fait chez les professionnels.

«Quand nous étions plus jeune, il n’y avait pas toute cette connaissance de stratégie, explique van den Eynde, qui était encore d’âge cadet lors de sa première victoire en Abitibi.

«C’était plus à la pédale. Tu attaquais, tu contre-attaquais, il y avait moins de systèmes organisés. Ç’a beaucoup évolué et c’est devenu un mini Tour de France. Pas au niveau de la qualité des parcours, mais à cause du genre de stratégie qu’on retrouve.»

Toujours heureux de revenir dans le nord-ouest québécois, van den Eynde, un Belge qui a grandi à Longueuil, n’hésite pas à qualifier le Tour d’incontournable pour tout cycliste junior.

Ils sont d’ailleurs nombreux les cyclistes ayant participé au Tour de France après avoir vécu le Tour de l’Abitibi, qu’ils soient Québécois (David Veilleux, Antoine Duchesne), Canadiens (Steve Bauer, Alex Stieda), Américains (Bobby Julich) ou Européens (Laurent Jalabert, Eric Dekker).

«Tu as fait le Tour de l’Abitibi, ça veut dire que tu as fait quelque chose d’intéressant en vélo. C’est reconnu. Quand tu gagnes le Tour de l’Abitibi, ça donne une crédibilité à ta carrière junior.»

Laisser des traces
Les performances de van den Eynde, de Harvey et de nombreux autres parmi les 4289 cyclistes ayant participé au Tour depuis 1969 sont abondamment décrites et illustrées dans «La Route des Champions».

Ce livre de 421 pages, sorti récemment pour commémorer le 50e, relate en détails chaque édition et rend hommage à tous les bâtisseurs. Il est l’oeuvre de Léandre Normand, d’Olivier Grondin et d’Émélie Rivard-Boudreau.

Normand, un journaliste de formation originaire de l’Abitibi, a fondé le Tour et il en a été l’organisateur et le directeur général pendant les dix premières années. Tombé en amour avec le cyclisme dans les années 60, il est le seul à posséder les résultats de chacune des étapes de la compétition.

«J’ai écrit ce livre parce que je voulais laisser des traces, diffuser la valeur de cette organisation, de cet événement. Je ne dirais pas que c’est une bible, mais plutôt une source inépuisable d’informations.

«Le Tour de l’Abitibi, c’est mon bébé, c’est un peu comme le fils de chair que je n’ai jamais eu, avoue-t-il aussi. Pour moi, c’est aussi fort que ça. C’est ma plus belle réussite. Elle a une place spéciale.»

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