L'équipe de l'Iran (en rouge) affronte l'équipe de la Palestine. Les joueuses iraniennes doivent porter des vêtements conformes aux préceptes islamiques.

Honey Thaljieh aime regarder les matchs internationaux de soccer chez elle, à Bethléem. Bientôt, Mme Thaljied sera elle-même sur les écrans : elle a fondé la première équipe nationale de soccer féminine pour représenter les territoires palestiniens. «Au début, c’était très difficile, raconte Thaljied, âgée de 26 ans, qui a aussi créé, il y a sept ans, la première équipe de soccer féminin en Cisjordanie. Les gens disaient que ce n’était pas un sport pour les femmes. Certains disaient que ce n’était pas féminin de jouer au soccer. D’autres pensaient que les hommes nous regarderaient pour nos t-shirts.»

Aujour­d’hui, les Territoires palestiniens comptent pas moins de 16 équipes féminines de soccer extérieur et 10 équipes de soccer intérieur. Bienvenue dans la révolution. «Depuis 5 à 10 ans, nous avons assisté à de grandes avancées dans le monde musulman, explique Sertaç Sehlikoglu, une doctorante turque en anthropologie sociale, qui anime le blogue Muslimwomeninsports. L’a­mour du sport semble la première motivation des athlètes féminines. Elles veulent aussi être plus en forme et développer leur force. Beaucoup s’intéressent également aux sports d’auto-défense. Elles désirent avoir une meilleure estime de soi.»

Aujourd’hui, neuf pays du Moyen-Orient ont des ligues de soccer féminin. «Les gens croyaient que le soccer était un truc étrange venu d’Europe, dit Farrah Sheikh, une jeune femme de 19 ans qui joue dans la ligue féminine de Dubaï. J’ai dû demander une autorisation spéciale pour jouer au soccer à l’école. Maintenant, les gens se sont habitués à nous voir jouer. À mon université, nous sommes pourtant autorisées à jouer uniquement en salle, alors que les garçons ont deux terrains extérieurs.» L’année dernière, Bahreïn a accueilli la première Coupe arabe de soccer féminin. «Le soccer est très populaire parmi les jeunes femmes arabes, note Sehlikoglu. Tout comme le sont les arts martiaux, la natation et l’athlétisme.»

La star du sprint de Bahreïn, Roqaya Al-Gassra, court couverte de la tête aux pieds. Aux derniers Jeux asiatiques, l’Iranienne Khadijeh Azadpour a remporté l’or en sanshou (un art martial chinois aussi appelé sanda) et sa compatriote Parisa Fashidi, le bronze en taekwondo.

Mme Thaljieh espère être des Jeux de Londres en 2016. «Bien sûr, nous ne sommes pas aussi fortes que les autres nations arabes parce que nous n’avons pas de bonnes infrastructures, explique-t-elle. Je veux augmenter les opportunités des Palestiniennes de faire du sport.» Et il y a une autre raison importante : «Les gens voient les Palestiniens comme des terroristes. Je veux leur montrer que nous sommes pacifiques et bien éduqués.»  

Le sport au féminin
Ce printemps, la Turque Nurcan Taylan a gagné trois médailles d’or aux Championnats européens d’haltérophilie. Tout comme l’Iran, la Turquie a un des plus forts taux d’athlètes féminins de la région. Bahreïn et les Territoires palestiniens font activement la promotion du sport féminin, mais les femmes dénoncent le fait qu’elles sont moins bien payées que les hommes. «Il y avait moins de 50 athlètes féminines du Moyen-Orient aux derniers Paralympiques de Beijing, remarque Sertaç Sehlikoglu. Nous pouvons anticiper une plus forte participation des femmes du Moyen-Orient aux Jeux de 2012.»

Être fier de ses filles
Ghada Shouaa
heptathlonienne, seule championne olympique syrienne à Atlanta en 1996

J’ai quitté l’école à 16 ans et je me suis installée à
Damas avec l’objectif de devenir une athlète de haut niveau. Pour avoir
des athlètes de haut niveau, nous devons faire de gros efforts, et
commencer par avoir des académies sportives pour les jeunes. Sou­vent,
les pays arabes n’ont pas la patience d’attendre 10 ou 12 ans avant de
récolter les fruits de leurs efforts en matière de sport.

Les femmes arabes excellent dans les arts
martiaux depuis longtemps, mais leur engouement pour le soccer est une
surprise pour moi. Là encore, pour être parmi les meilleurs, nous avons
aussi besoin d’un effort plus important. Les hommes se moquent de
l’équipe féminine au lieu de la soutenir. Je suis fière d’avoir été
la première femme arabe à remporter l’or olympique, mais le monde arabe
n’a pas utilisé cette victoire. Cela me rend triste. Les gens se disent
«Oh oui, nous sommes fiers», mais ils ne s’en sont pas servi pour
développer le sport dans leurs pays. 

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