On oublie l’imprimante de chèques de Leonardo DiCaprio dans le film Attrape-moi si tu peux. La mallette remplie d’argent liquide est dépassée aussi. Les fraudeurs d’aujourd’hui sont des entrepreneurs rusés. Les criminels coopèrent avec des citoyens honnêtes pour blanchir de l’argent. Voici les e-mules.
«Dans le blanchiment d’argent, il y a une règle, explique Ken Rijock, on est seulement limité par notre imagination.» Rijock sait de quoi il parle : il est lui-même un ancien fraudeur. Quand il était avocat, il a blanchi 200 M$ en argent issu du trafic de drogue colombien. Pour ce crime, il a écopé d’une sentence de prison.
Mais maintenant, Rijock veut sensibiliser les gens au blanchiment d’argent, qui se passe juste sous leur nez. «Ceux qui blanchissent l’argent travaillent très fort, note-t-il, et de nos jours, ils n’ont même plus à prendre l’avion vers un paradis fiscal. Maintenant, on a internet, qui rend leur boulot très facile.»
Voici les nouvelles mules du transfert d’argent : les e-mules. «Les e-mules sont un phénomène émergent, explique Mauro Falesiedi, un spécialiste sénior en crime économique à Europol (l’agence de police européenne). «Nous avions des mules de l’argent traversant la frontière depuis longtemps, mais dorénavant, nous avons aussi les e-mules, qui sont recrutées pour aider à transférer de l’argent obtenu de manière frauduleuse».
Contrairement à la mule traditionnelle, la e-mule n’a pas à transporter quoi que ce soit : elle n’a qu’à donner son nom. «En tant que e-mule, vous êtes un honnête citoyen qui laisse les criminels utiliser votre compte en banque pour transférer de l’argent», simplifie Falesiedi. «Évidemment, vous êtes payé, souvent pour 10 % du montant. Les e-mules sont souvent des étudiants ou des personnes qui n’ont pas de casier judiciaire. Avec une grande vigilance, nous sommes capable de détecter ces mules», poursuit-il.
Donc, pendant que des mules continuent de transporter de la drogue, des armes et des cigarettes à l’extérieur des frontières, les cartels n’ont plus besoin de risquer de voir leur argent se faire confisquer par les douaniers. Les groupes du crime organisé de Russie ou d’Ukraine mettent maintenant en place des mécanismes de blanchiment avec l’assistance des e-mules. Selon le Groupe d’action financière sur le blanchiment, une organisation intergouvernementale, les criminels utilisent également les e-mules sur internet, dans les casinos et dans les bureaux de change. La bonne vieille contrebande d’espèces continue elle aussi, tout comme le blanchiment d’argent avec des transferts immobiliers et des compagnies fictives.
En théorie, les banques peuvent facilement identifier une e-mule. «Si vous êtes un étudiant avec 500 $ en banque, et soudainement vous recevez 10 000$ d’un compte en banque nigérian… cela devrait normalement sonner l’alerte et être divulgué aux autorités financières nationales.
Pourtant, dans la réalité, «il est presque impossible d’attraper les blanchisseurs d’argent», note Ken Rijock, qui aide maintenant la police à les attraper. «Si la police attrape un criminel, ce dernier conduira à d’autres fraudeurs. C’est la seule façon de les attraper.» Plusieurs banques font le strict minimum, avance Rijock : «Elles ne forment pas leurs employés à prendre les blanchisseurs d’argent. Les banques ne veulent pas jouer à la police.»
Financez-vous des terroristes?
Comme la plupart des criminels, les terroristes blanchissent de l’argent. Selon un récent rapport du Groupe d’action financière sur le blanchiment, les groupes terroristes font du trafic d’absolument tout : des cigarettes, de la drogue, des diamants et même des êtres humains.
Ils s’engagent dans de la délinquance de toute sorte pour obtenir de l’argent liquide. Certains emploient même des organisations légitimes comme couverture. Les organisations font du réel travail humanitaire, mais servent aussi à faire passer des dons aux terroristes.
Comme résultat, les donneurs qui veulent aider les victimes d’un tremblement de terre peuvent inconsciemment donner de l’argent à des groupes terroristes. Maintenant que les terroristes ont découvert les systèmes de paiement par internet, ils traitent d’importantes sommes d’argent.
Et puisque les transferts se font par internet, aucun pays n’a l’autorité pour faire des arrestations.
«Beaux-arts et jeux virtuels»
Les e-mules sont la nouvelle mode du blanchiment d’argent. Quelle autre nouvelle technique les fraudeurs utilisent-ils?
Ils aiment détourner des items non-monétaires en items qui le sont, et vice-versa. Une méthode qu’ils emploient beaucoup présentement est d’acheter des objets d’arts, puis les vendre à eux-même encore et encore. Ils utilisent également les jeux virtuels, où ils peuvent transformer de l’argent virtuel en argent véritable. Il ne fait aucun doute que des gens les aident inconsciemment. Dans le monde du blanchiment d’argent, il y a toujours la duplicité impliquant des participants involontaires.
Pourquoi est-il si dur d’attraper des fraudeurs?
Le blanchiment d’argent est un crime secondaire, il est toujours relié à de la prostitution, de la vente de drogue ou d’armes. Quand les gens sont arrêtés pour ces crimes primaires, ils sont simplement mis derrière les barreaux. Et le blanchiment d’argent est un des crimes les plus entrepreneuriaux. L’argent mène à de l’argent. Les fraudeurs peuvent devenir des hommes de carrière légitimes, utilisant leurs profits illégaux pour financer leurs entreprises.
