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Des enfants emprisonnés à vie

File- This May 23, 2018, file photo shows Cyntoia Brown, entering her clemency hearing at Tennessee Prison for Women in Nashville, Tenn. Tennessee Gov. Bill Haslam on Monday, Jan. 7, 2019, granted executive clemency to Brown, serving a life sentence for murder who says she was a victim of sex trafficking. The outgoing Republican governor, whose term ends in just two weeks, chose to show mercy to the now 30-year-old Brown by releasing her Aug. 7. (Lacy Atkins /The Tennessean via AP, Pool, File)

Cyntoia Brown avait 16 ans lorsque, en 2004, sans domicile ni argent, elle a été forcée à la prostitution par un proxénète surnommé Kut-Throat. Le soir du 5 août 2004, craignant pour sa vie, elle tire sur Johnny Allen, un homme de 43 ans à qui elle avait été vendue. Deux ans plus tard, sa sentence tombe: coupable de meurtre au premier degré et de vol. Elle devra purger une peine à vie, avec libération conditionnelle possible après 51 ans.

La réalisation d’un documentaire sur Brown par PBS (2011), l’intérêt de certains législateurs et la médiatisation du cas ont permis une modification de la loi du Tennessee afin d’éviter qu’une personne de moins de 18 ans puisse être reconnue coupable de prostitution. Et pourtant, malgré ce changement législatif, la Cour suprême de l’État a jugé, en décembre 2018, que Brown devait servir 51 ans de prison avant d’être éligible à une libération conditionnelle.

Alors même que son cas est utilisé pour faire avancer la loi, Brown ne peut profiter de ces changements. Puis, le 7 janvier 2019, Bill Hassam, gouverneur sortant du Tennessee, a annoncé qu’il accordait à Brown, la clémence exécutive, réduisant sa sentence: le 7 août 2019, après 15 ans en prison, Brown, aujourd’hui âgée de 30 ans, retrouvera une liberté conditionnelle, c’est-à-dire qu’elle sera libérée, mais devra respecter certaines conditions pour les 10 prochaines années.

Le cas de Cyntoia Brown n’est pas marginal. Uniquement au Tennessee, il y a quelque 180 individus condamnés à vie pour des crimes commis lorsqu’ils étaient mineurs. À l’échelle du pays, quelque 11 745 enfants sont devenus adultes derrière les barreaux, servant une peine à perpétuité pour des crimes commis avant leur majorité. Cela représente 5,7 % des détenus purgeant une sentence à vie (Sentencing Project, 2017).

En 2012, la Cour suprême a déclaré que ces sentences sans possibilité de libération conditionnelle pour les mineurs contreviennent au 8e amendement (qui interdit les peines ou les traitements cruels).

Depuis, 21 États et le District de Columbia ont adopté des lois interdisant les peines à vie sans possibilité de libération pour des crimes commis par des mineurs. Toutefois, le nombre d’années à purger avant d’être éligible à une liberté conditionnelle varie d’un État à un autre (allant jusqu’à 51 ans au Tennessee). Dans les 29 autres États, des détenus n’auront pas connu autre chose que les murs de leur cellule: ils y seront devenus majeurs et y décéderont.

Les États-Unis sont le seul pays du monde où il est possible d’emprisonner quelqu’un à perpétuité pour un crime commis alors qu’il était mineur.

Ces condamnations ne prennent souvent pas en considération les facteurs externes pouvant pousser un enfant à commettre un crime – tels que les violences vécues et le milieu de vie – et privent ces jeunes d’une possible réhabilitation. La libération de Cyntoia Brown constitue certes une victoire, mais elle soulève également d’importants questionnements sur l’emprisonnement des mineurs – questionnements qui ne peuvent plus être gardés sous silence.

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