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À ceux qui prétendent que les syndicats mènent

Les milords et leurs milices aiment bien faire accroire au monde que ce sont les syndicats qui mènent au Québec et au Canada, comme dans le cas du titre de cette opinion parue dans Les Affaires et signée par tous les chefs patronaux : «Québec doit cesser de céder aux pressions syndicales» et de cet article publié dans Le Devoir : «Seul un gouvernement libéral peut tenir tête aux syndicats, selon Charest». Et il y a ceux qui les croient dur comme fer. Uniquement à l’aide du cas empirique de l’industrie pétrolière et minière, on va voir qui mène vraiment au pays.

Tiens, lors d’une importante conférence de l’ONU sur le climat à Bali, l’ex-ministre conservateur John Baird était accompagné d’un représentant des pétrolières (La Presse, 11 décembre 2007), soit le président de la transnationale Encana. Pas un syndicaliste ou un écologiste, mais un dirigeant d’entreprise. Voyons donc, tout le monde sait que les PDG ont tous à cœur l’intérêt collectif. Puis, dans Le Devoir du 19 décembre 2009, ce titre : «Un proche de Prentice [ex-ministre conservateur, maintenant vice-président à la Banque TD] lobbyiste pour Esso.» Un lobbyiste pour défendre les subventions fédérales de plus de 2 G$ l’an versées aux pauvres pétrolières.

Et aussi : «Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie : Un dirigeant de l’industrie du charbon [TransAlta] conseillera le gouvernement Harper» (La Presse, 28 juin 2008). Conseiller Harper pour lui dire que le charbon ne pollue pas, bien évidemment. Seulement au Québec, il y a «55 lobbyistes pour vanter le gaz de schiste» (Le Devoir, 30 mars 2011) avec, en tête, le grand manitou Lucien Bouchard qui, faisant preuve de cynisme, comme à son habitude, a prétendu défendre les intérêts des Québécois (Le Devoir, 25 février 2011).

Pas ceux de son employeur, la pétrolière Talisman qui le paie très grassement, mais ceux du peuple québécois. Quelle grandeur d’âme. Un autre ancien politicien recyclé en lobbyiste pour défendre bec et ongles les affairistes. Plus payant que de défendre les chômeurs et les assistés sociaux, n’est-ce pas? Et ça continue. Le Devoir vient de recenser une centaine de lobbyistes au registre québécois dans le seul secteur minier (13 septembre 2011).

Oh, oh, que dire de celle-ci mes amis : «Climat : 1 570 lobbyistes à l’assaut du fédéral» (Le Devoir, 5 décembre 2009) et de cette autre : «Industrie pétrolière et conservateurs : Plus de 1100 rencontres depuis trois ans» (La Presse, 31, 31 mars 2011). Ayoye! Les accusateurs des syndicats top puissants peuvent-ils me dire combien les syndicats ont de lobbyistes en permanence à Ottawa et à Québec? Après ça, ils nous disent sans rire : «L’industrie pétrolière veut équilibrer le débat» (Le Devoir, 27 juin 2008). Ben voyons donc! Tout le monde sait que ce sont les syndicats et les écologistes qui mènent et qui oppriment les pétrolières, les minières et le patronat en général. Pour bien faire passer leur message, ils peuvent bien mentir un petit brin comme : «Sables bitumineux : Publicité mensongère sur l’écologie» (Journal de Montréal, 14 août 2008) et «Réchauffement climatique : Un lobby [pétrole et charbon] américain a sciemment menti» (La Presse, 26 avril 2009). Ils mentent pour notre bien et pour essayer de faire contrepoids aux gros syndicats.

À bien y penser, peut-être que Lucien Bouchard et ses pétrolières, Yvan Loubier (ancien du Bloc québécois) et ses minières et Guy Chevrette (ex-ministre péquiste) et ses papetières travaillent vraiment pour les Québécois et les Canadiens, comme le signale le titre de cet article de La Presse du 13 mai 2011 : «Plus d’économie et moins d’environnement, demandent les pétrolières.» En fait, l’environnement et les syndicats, qu’ossé que ça donne? C’est pour ça itou qu’ils demandent moins de syndicats qui les irritent beaucoup. Ça ne fait que nuire à la création de richesse et nous enlise davantage dans l’immobilisme momifiante. En tout cas, on ne peut certainement pas les accuser d’être «cheaps», comme le signale cet article : «L’industrie pétrolière finance une réunion ministérielle sur l’énergie» (Le Devoir, 18 juillet 2011). Comme à leur habitude, les ministres se sont laissés «financer» par le privé, geste qui est totalement désintéressé. Voyons donc!

J’espère que vous ne leur prêtez pas des intentions malveillantes. Esprits tordus, va… C’est tout simplement et uniquement de l’altruisme avec un grand «A». Pour contrer les regroupements de travailleurs, les affairistes nous ont prévenu : «Les gens d’affaires vont intervenir davantage face aux riches [sic] syndicats.» Ils ont tenu parole et ne se gênent surtout pas d’intervenir en masse pour le bien commun et pour nous protéger des méchants syndicats. Pouvez-vous gentiment inviter ceux qui colportent que ce sont les syndicats qui mènent d’aller se faire cuire un œuf? En passant, les associations patronales comme le Conseil du patronat et les Chambres de commerce, avec leurs milliers de lobbyistes et leurs groupes de recherche dogmatiques, c’est quoi si ce n’est pas des syndicats patronaux mille fois plus gros et plus puissants que les syndicats de travailleurs? Et qui, selon vous, finance abondamment les partis politiques?

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