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Pierre-Marc Johnson et la vierge offensée

Ça continue de plus belle. Voilà que Québec embauche à fort prix
l’ex-premier ministre péquiste du Québec, Pierre-Marc Johnson, comme
négociateur dans l’élaboration d’un Accord économique et commercial
global Canada-Europe (AECG) qui va aller plus loin qu’un traité de
libre-échange normal. Il va inclure les investissements, les contrats
publics, les biens et services publics, etc. La belle affaire. «Tout est
sur la table dit Johnson» (La Presse, 9 décembre 2011). Ça fait
vraiment peur. Comme de raison, tout est fait en catimini et M. Johnson
ne veut fournir aucun document, même aux élus provinciaux, alors que
ceux du Parlement européen les ont reçus. Pierre-Marc Johnson se
comporte comme si c’était sa business alors que cet accord aura des
impacts majeurs sur la population du Québec, allant d’Hydro-Québec à la
privatisation de nombreux services publics (ce qui fait saliver les
Européens et les opportunistes locaux). On a le droit de savoir. Faut
surtout pas demander un référendum sur la signature d’un tel traité.
Maître Johnson et ses amis vont grimper dans les rideaux. Pour ces
sbires, trop de démocratie est aussi néfaste que pas assez.

Le hic dans cette patente tronquée, c’est que M. Johnson est avocat à
plein temps chez Heenan Blaikie, qui a des bureaux et des gros clients
en Europe et au pays et qui font par hasard justement affaire dans les
aqueducs, l’électricité, les partenariats publics-privés, le transport
en commun, la santé, les autoroutes, etc. De plus, notre négociateur
attitré siège au conseil d’administration d’un organisme affilié et
financé par la transnationale française Veolia qui opère dans l’eau, les
aqueducs, l’énergie, le transport, l’environnement. Mais faut surtout
pas s’inquiéter, M. Johnson est un professionnel qui a «certifié qu’il
respectait le code de déontologie de sa profession» (Le Devoir, 9
décembre 2011). On vous croit dur comme fer et acier M. Johnson.
Cout’donc, on as-tu une poignée dans le dos?

En plus, M. Johnson siège, entre autres, au conseil d’administration de
la pharmaceutique Medicago (Le Devoir, 20 octobre 2009), s’est prononcé
pour la santé privée (Le Devoir, 10 décembre 2005) et même s’il a été
péquiste dans le temps, cela ne l’a pas empêché d’appuyer un candidat
libéral (Journal de Montréal, 26 novembre 2005). Quoi qu’il soit,
partisan de la santé privée, il défendra bec et ongles notre système de
santé publique contre l’envahissement possible de certains clients
intéressés de son gros bureau d’avocats et d’autres. Juré, craché. Faut
surtout pas s’inquiéter, M. Johnson est en quelque sorte M. éthique en
personne. Plus éthique que lui, tu meurs!

Même si à ce jour M. Johnson n’a remis aucun document écrit et ne veut
rien dire, le compteur est en marche. Il facture au gouvernement un taux
horaire fort «raisonnable» de 800 $ l’heure et de 200 $ à 400 $ pour
ses assistants. Des séances de placotage et des rencontres qui coutent
très cher en fonds publics et sur lesquelles on a aucun contrôle sur le
nombre d’heures travaillées ou les frais accessoires. Au début du mois
décembre 2011, M. Johnson avait déjà facturé 1,4 M$ pour ses précieux
services (Le Devoir, 8 décembre 2011).

Dormez tranquilles sur vos deux oreilles, M. Johnson et ses subalternes,
également du privé, sont d’une honnêteté maladive. En somme, M. Johnson
gagne en 30 minutes ce qu’un travailleur au salaire minimum à 9,90 $
l’heure gagne en 40 heures de travail. Mais le talent coûte cher, comme
l’ont souligné les économistes universitaires de service Marcel Boyer et
Claude Montmarquette dans leur brillante opinion publiée dans La Presse
du 31 mars 2009 : «La compétence, ça se paie! L’excellence et la haute
performance coûtent cher parce qu’elles ont une grande valeur.» Oh, oh,
faut faire bien attention car M. Johnson a la mèche courte et est très
sensible à sa propre personne. Au député de Québec solidaire, Amir
Khadir, qui a évoqué le conflit d’intérêts pourtant apparent de Me
Johnson, ce dernier a qualifié M. Khadir de populiste et de démagogue.
Et bien moi je vais rajouter mon grain de sel et qualifier M. Johnson
«d’opportuniste».

C’est pourtant limpide. Il est totalement absurde de confier à des
représentants du privé, carrément impliqués financièrement jusqu’au cou,
ainsi que leurs clients, par les tenants et aboutissants de ces accords
de libre-échange avec l’Europe. Me semble que c’est évident que ces
négociations devraient être menées et dirigées par des hauts
fonctionnaires du gouvernement. Des commis d’État au service de l’État
et qui ont à cœur les intérêts supérieurs de la collectivité plutôt que
d’embaucher des affairistes qui ont plutôt à cœur leurs propres intérêts
et ceux de leurs importants clients. Imaginez la valeur de
l’information privilégiée que Me Johnson est le seul à détenir. De
grâce, M. Johnson, dispensez-nous à l’avenir de votre numéro grotesque
de la vierge offensée.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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