Si le développement durable, l’alimentation biologique et un environnement plus vert ont la cote auprès des Québécois, il n’en est pas de même des investissements socialement responsables (ISR). Ce type d’investissement dans les compagnies qui affichent des pratiques éthiques semble boudé par la population québécoise et canadienne. «Ça fait 20 ans que je fais ce métier, et je peux vous dire que mes clients ne m’ont jamais rien demandé sur ça», explique Phil Torre, conseiller financier à Montréal. «Chaque fois que je rencontre des clients, au début de ma présentation, je leur offre toujours l’option d’un ISR», prend-il soin de préciser.
Phil Torre indique cependant qu’il y a peu de publicité sur ce type de produits, ce qui pourrait expliquer le peu d’intérêt des consommateurs. Emmanuelle Champion, de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), souligne que l’investissement financier n’est pas au cÅ“ur des préoccupations des gens comme l’est, par exemple, l’alimentation. «On sous-traite pour investir, alors que l’alimentation, ça nous touche directement.»
La chercheuse précise que les Canadiens sont sensibles aux ISR, «mais demeurent très attachés au rendement. C’est pour ça que les Canadiens mettent généralement de côté les ISR.» Cette perception n’est cependant pas fondée, assure-t-elle, puisque le rendement n’est pas lié aux pratiques responsables d’une compagnie.
Quant aux Québécois, ils sont également peu enclins à acheter ce type de produits financiers. Pourtant, les syndicats du Québec sont souvent cités pour le soin pris à faire prospérer leurs avoirs à travers ce genred’investissement, précise la chercheuse. «Les ISR ont le pouvoir d’amener les compagnies à revoir leurs pratiques», estime Emmanuelle Champion. Elle donne en exemple la compagnie Alcan, qui, à la suite de demandes de ses actionnaires, a consenti à revoir ses pratiques et celles de ses partenaires commerciaux.
Le manque d’uniformité dans les critères pour déterminer ce qu’est un ISR rend, de plus, l’achat de ces produits difficile. La consultation publique effectuée en 2002 par le gouvernement de Bernard Landry pour uniformiser les standards n’aura pas eu de suite avec le gouvernement libéral de Jean Charest, explique-t-elle, ce qui remet aux calendes grecques tout espoir d’uniformité. «Il y a tout un travail qui devra être fait par les consommateurs. Ceux-ci devront faire pression sur les gouvernements.» Pour le moment, le consommateur qui veut savoir comment investir de façon responsable doit donc se retrousser les manches et faire sa recherche de façon minutieuse.
Les ISR, c’est quoi?
Certains groupes peuvent faciliter la tâche aux gens désireux d’en apprendre davantage sur les ISR. Le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), fondé en 1995 par Yves Michaud, offre beaucoup d’information sur le monde de la finance.
Un autre groupe, l’Association pour l’investissement responsable, publiait en 2010 un guide sur les fonds communs de placement socialement responsables au Canada. Selon ce guide, le Fonds Acuity ltée, le Mouvement des Caisses Desjardins, les Fonds éthiques, le FONDAction CSN, le GrowthWorks, la Société de gestion d’investissements GWL, les Placements IA Clarington, le Groupe Investors, les Placements Mackenzie, les Fonds communs de placement Mavrix, les Fonds communs Meritas, ainsi que Phillips, Hager & North gestion de fonds de placement collectif ltée, et RBC Gestion mondiale d’actifs «démontrent un grand intérêt pour les principes de l’investissement socialement responsable».