L’homme derrière le BIXI et le flambeau olympique cède sa collection au Musée de la civilisation. Michel Dallaire, designer industriel, a fait don de 125 objets réalisés en 45 ans de carrière, des plus célèbres aux plus anodins, qui ont pourtant marqué notre quotidien. Il espère ainsi léguer un certain patrimoine aux chercheurs et aux étudiants et contribuer à l’évolution de la profession.
Le designer
Michel Dallaire dit s’intéresser à la dimension poétique de l’objet, ainsi qu’aux plaisirs que celui-ci peut procurer. C’est d’ailleurs ce qui fait sa marque. Le directeur-général du Musée de la civilisation, Michel Côté, considère que les objets signés par le prolifique designer industriel sont très significatifs de l’évolution de la société québécoise. «Michel Dallaire a commencé sa carrière avec des outils presque manuels, il faisait ses prototypes à la main, note-t-il. Et maintenant, il le fait avec des nouvelles technologies de façon complètement différente, alors on assiste à l’évolution de la technologie tout au long de sa carrière.» Plusieurs croquis et ébauches ayant mené à l’élaboration des créations de M. Dallaire feront également partie de l’exposition.
Le vélo boomerang
M. Dallaire a d’abord eu l’idée du boomerang pour représenter le BIXI, soit un objet qui revient. «Pour arriver à lui donner ce caractère visuel, on a peint le cadre et les fourches avant et arrière en noir, pour donner toute la présence à l’objet en forme de boomerang, qui est la structure, en gris métallique», explique-t-il. Michel Dallaire est fier d’avoir participé à l’élaboration de ces vélos et estime que le design de l’ensemble du projet a joué un rôle très important dans son succès. La qualité esthétique du vélo et de la borne lui a valu de beaux compliments des maires de Londres et de New York, qui ont adopté le projet en soulignant qu’il s’agissait du plus beau vélo au monde.
Le flambeau olympique
La torche des Jeux olympiques de Montréal, en 1976, avait la particularité d’être en couleur, une première à l’époque. Mais cela n’avait pas fait le bonheur du maire Jean Drapeau, qui s’attendait à quelque chose de plus traditionnel, se souvient M. Dallaire. Le créateur explique qu’il a conçu cette torche en réaction à celle des Jeux de Munich, en 1972. «Comme elle était activée avec du butane, la flamme se confondait avec la couleur du ciel, et on ne la voyait pas!» explique M. Dallaire. Il a donc décidé d’utiliser de l’huile d’olive, qu’un ingénieur a trafiquée pour qu’elle soit assez puissante. Cela donnait une belle flamme orangée, qui était très visible à la télévision, mais qui restait sans danger pour les coureurs.
Le petit ange
Michel Dallaire a été approché il y a une douzaine d’années pour concevoir un objet qui servirait de détecteur de mouvement et de moniteur de son, pour permettre aux parents de veiller sur leur poupon pendant son sommeil. Il a surnommé sa création son «petit ange». Quand le bébé touche au matelas, un détecteur capte le moindre mouvement, jusqu’à la pulsation cardiaque. Si le mouvement cesse pendant plus de 20 secondes, une alarme est déclenchée sur le moniteur du parent. M. Dallaire a représenté l’objet sous la forme d’un ange : une auréole sert d’antenne qui capte la modulation de la fréquence, alors que deux petites ailes permettent de contrôler la tension et la sélection des canaux. Le produit Angelcare a gagné le grand prix du Salon international des inventions de Genève en 1998.
Le pot de yogourt
«Quand vous prenez ce pot, par les côtés, ça donne la même sensation que quand vous serrez une cuisse à côté de vous!» C’est comme cela que M. Dallaire décrit sa création, en ajoutant que la fonction d’un designer industriel est de donner… du plaisir! Il a conçu ce contenant d’une forme particulière, notamment pour faciliter la préhension chez les personnes âgées et les enfants. La conception du produit a rencontré plusieurs difficultés techniques, en raison de sa forme spéciale, qui rendait complexe la tâche de sceller le pot, mais M. Dallaire a tenu bon. Les ventes de la compagnie Yoplait se seraient considérablement améliorées depuis, et le contenant devrait être développé par Yoplait Europe.
L’exposition sur l’œuvre de Michel Dallaire sera accessible au public en 2015, au Musée de la civilisation.
