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Montréal

Une pluie d’hommages pour Oliver Jones, 1934 – 2026

Le célèbre pianiste et jazzman Oliver Jones.

Le célèbre pianiste et jazzman Oliver Jones.

Le monde du jazz et le Québec tout entier a pris une pause pour rendre hommage au pianiste Oliver Jones, une icone de la musique à Montréal décédé mercredi.

Le décès d’Oliver Jones a été annoncé tard mercredi par sa compagnie de disques, qui n’a pas précisé la cause du décès. En quelques heures, des milliers de messages de condoléances pour la famille ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Mais surtout, des souvenirs partagés avec cet homme qui a marqué l’histoire du jazz dans la métropole.

«Oliver Jones, le jovial Prince du Jazz est parti. Le pays, la province, la ville de Montréal perdent en lui un de leurs citoyens les plus talentueux, les plus courageux et les plus distingués», se désole Grégory Charles sur sa page Facebook. «Il était l’un des derniers héroïques musiciens noirs issus de l’époque multicolore des cabarets de jazz de Montréal. Ce soir, son style pianistique virtuose mais contenu me revient en mémoire. Le Fulford Street Romp, sa version de Hymn to Freedom, sa version orchestrale de The very thought of you, mais surtout la foi qui habitait son âme et ses doigts quand il jouait Take my hand, Precious Lord, chanson préférée entre toutes du Révérend Martin Luther King.»

Frantz Benjamin, poète et romancier devenu politicien, a souligné l’importance du legs culturel d’Oliver Jones.

«La perte est immense pour le Québec, la musique et le jazz. Oliver Jones, c’est 80 ans de musique. 80 ans de générosité. 80 ans de bonheur pour tous ses fans. Son œuvre et sa mémoire ne seront jamais oubliées. Mes condoléances à ses proches et à tous les mélomanes.»

Plusieurs organismes culturels ont aussi pris le temps de souligner la mémoire du pianiste. C’est le cas de l’organisme MU, qui annonce être en processus de rafraîchir la murale inaugurée en 2016 en l’honneur d’Oliver Jones.

«Oliver Jones, ce délicieux artiste et humain nous quitte aujourd’hui. Sa musique et sa joie continueront de nous habiter pour toujours», écrit l’organisme.

Oliver Jones devant la murale inaugurée en son honneur.

Pilier de la communauté noire à Montréal

Oliver Jones a laissé sa marque sur la communauté noire de Montréal, historiquement centrée autour de la Petite-Bourgogne. De nombreuses personnalités ont souligné l’importance du pianiste pour le coeur vibrant de la métropole.

«Merci pour tout M. Jones. Montréal ne vous oubliera jamais», écrit sur X Ericka Alneus, première femme noire à devenir cheffe de l’opposition à l’hôtel de ville de Montréal. «En septembre 2024, nous recevions Oliver Jones à l’Hôtel de ville afin de souligner son 90ème anniversaire. J’étais alors soufflée et inspirée par sa présence et sa grande humanité. Un moment dont je me rappellerai longtemps. C’était un honneur immense pour moi de le rencontrer. C’est un grand monument montréalais que nous perdons. J’offre mes plus sincères condoléances à son épouse, sa famille, ses proches ainsi qu’à tout le milieu de la musique jazz.»

Jones a d’ailleurs été nommé citoyen d’honneur de Montréal en 2014.

Craig Sauvé, qui a longtemps représenté le district qui comprend la Petite-Bourgogne, s’est également prononcé sur Facebook.

«Merci Oliver Jones pour tout ce que tu as donné à Montréal, au Québec, au Canada; mais surtout aux gens de la Petite-Bourgogne. Tu as été toujours immensément généreux de ta part et tu as inspiré tant de personnes du quartier. Tu es un légende et on ne t’oubliera jamais», écrit-il.

Oliver Jones lors de son dernier concert, en 2017.

La première ministre Christine Fréchette a offert ses condoléances aux proches du musicien.

«Véritable légende du jazz, Olivier Jones a fait rayonner Montréal, le Québec et le Canada sur les plus grandes scènes du monde, tout en demeurant profondément attaché à sa ville natale. Son immense talent, sa générosité et son engagement auprès de la relève auront marqué des générations de musiciens et de mélomanes», écrit-elle.

Idem pour la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada. «Une légende du jazz nous a quittés. Merci, Oliver Jones, d’avoir fait rayonner Montréal sur les plus grandes scènes du monde. Fidèle au Festival International de Jazz de Montréal, où il a offert de nombreuses prestations au fil des ans, il laisse un héritage musical qui continuera d’inspirer les générations à venir», dit-elle.

Une carrière exceptionnelle

Oliver Jones est né en 1934, dans la Petite-Bourgogne. Il était voisin d’Oscar Peterson, autre légende du jazz montréalais, et de sa soeur Daisy Peterson Sweeney. C’est d’ailleurs auprès de celle-ci qu’il suivra des cours de piano.

Jones a commencé à jouer du piano dans les églises et les bars de Montréal alors qu’il était encore un enfant. En 1953, il commence à faire des tournées au Québec et dans le nord-est des États-Unis avec le groupe Bandwagon.

Dans les années 1980, il s’est associé avec une autre légende de la scène de jazz montréalaise, Charlie Biddle. Cette association mènera à son premier album, Live at Biddles. Puis, Jones a fait une tournée en Afrique qui a fait l’objet d’un documentaire de l’Office national du film.

Au cours de sa carrière, Oliver Jones a reçu de nombreux prix et distinctions. Il est membre de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec, ainsi que de l’Ordre des arts et lettres du Québec. En 2023, il a été intronisé au Panthéon de la musique canadienne.

Jones a reçu un premier prix Juno en 1986 pour l’album Lights of Burgundy. Puis encore en 2009 pour Second Time Around. Il a aussi reçu plusieurs prix Félix ainsi que le Prix Oscar Peterson.

Dans les dernières années de sa vie, il a participé aux mouvements pour honorer ses grands amis Oscar Peterson et Daisy Peterson Sweeney. La salle de concert de l’Université Concordia a été renommé en l’honneur d’Oscar Peterson en 1999, puis un parc et un square. Quant à Daisy, la Ville de Montréal a d’abord songé à une rue, puis à un parc. Le parc initialement choisi, jugé trop petit, ne faisait toutefois pas l’affaire de la famille Peterson Sweeney. C’est finalement un parc le long du canal Lachine qui a reçu son nom.

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