Montréal

Dévorée vivante

Trop. C’était ça, le problème. Trop de tout. Trop de dope, trop d’alcool et probablement trop de mauvaises fréquentations. Manifestement trop fragile dans la tête aussi. Et, tant qu’à y être, franchement trop de tattoos… Et trop vite, ça, c’est sûr. Quand on a cette «fulgurance», tout va toujours trop vite. Maintenant, il est trop tard.

Amy Winehouse a perdu le combat qui l’opposait à ses démons. Vingt-sept ans… Ils disent que c’est un bel âge pour passer à la légende. Mais qu’est-ce qu’on s’en sacre de la légende. Mourir à cet âge-là n’a aucun sens.

D’abord, il y avait la jeune fille au talent rare. Rare mais pas unique. D’autres en possèdent autant, mais ils demeurent enfermés dans l’anonymat parce qu’ils ne savent pas comment se démarquer. Amy Winehouse, avec sa dégaine de matante cocktail kitch directement sortie d’un bar soul enfumé des années 1960, nous avait frappés en plein front. Le personnage était fort. Trop fort pour elle. C’est ce même personnage qui a fini par dévorer tout rond cette fabuleuse chanteuse qui n’avait déjà plus de carrière depuis quelques années tant tout s’écroulait autour d’elle. Vingt-sept ans…

Pour combler les exigences de cet étrange personnage plus grand que nature, le prix à payer aura été élevé. Trop élevé pour un être humain en détresse qui, vers la fin, ne pouvait plus rien faire pour freiner cette effroyable chute dans le vide. Maintenant rendue là où elle est partie se reposer, Amy Winehouse n’aura plus à passer des heures chez la coiffeuse ou chez son pusher pour avoir le droit d’exister. Le triste show est fini.

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J’arrive de New York. Je me suis arrêté au Radio City Music Hall pour voir, malgré tout ce qu’on en a dit de mal, Zarkana, le dernier fruit du Cirque du Soleil. Constat global : c’est pas si pire que ça.

Le prétexte du spectacle – c’est toujours pareil avec le Cirque – est d’une simplicité consternante. C’est l’histoire d’un magicien qui perd ses pouvoirs après avoir perdu sa blonde. Et devinez ce qui se passe quand celle-ci revient au bercail? Ah shit, j’ai vendu le punch… Pour farcir le gigot, on a bourré ça de numéros acrobatiques qui n’ont rien à voir avec l’histoire. Ajoutez à tout ça une scénographie grandiose, un Garou qui a l’air de se demander (comme nous d’ailleurs…) ce qu’il fout là et une finale «cheezy» à souhait, et tout le monde rentre à la maison avec la tête légère. Fallait-il espérer autre chose?

Ça fait un bout de temps que nos attentes envers le Cirque dépassent ce qu’on finit par nous livrer. Pour le moment, celui qui se fait attendre, c’est le public. Quand j’y suis allé, la salle était à moitié vide. Les billets sont même soldés à 50 % au comptoir de rabais de Times Square. La croquée dans la Grosse Pomme semble trop grosse.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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