Montréal

Itinérance: Casser les tabous

Aider les itinérants sur le marché du travail tout en sensibilisant les entre­prises du centre-ville, c’est le défi que s’est donné Damien Silès, courtier en valeurs sociales.

Un itinérant meurt au cours d’une intervention policière le 6 janvier. Deux sans-abri meurent à leur tour à la Maison du Père le 14 janvier. L’itinérance attire surtout l’attention du public lorsque des drames se produisent. Il existe pourtant des histoires de réussite, et Damien Silès en voit tous les jours.

Il y a trois ans, M. Silès a mis sur pied la Société de développement social de Ville-Marie (SDSVM) afin de faire le pont entre les entreprises et les itinérants. «Près de 500 000 personnes viennent travailler chaque jour au centre-ville et produisent 45 % du PIB québécois, souligne M. Silès. À côté de ça, on a plusieurs milliers d’itinérants.»

M. Silès est devenu courtier en valeurs sociales, c’est-à-dire qu’il «vend» l’idée d’embaucher des itinérants aux chefs d’entreprise. Les clients de l’organisme sont d’importantes entreprises de l’ar­ron­dissement de Ville-Marie, telles que Warner Bros. Games Montréal, le Quartier des spectacles ou le Palais des congrès.

«C’est difficile de « vendre » les itinérants parce qu’ils font l’objet d’un tabou, reconnaît M. Silès. On parle de gens qui ont des problèmes de santé mentale, de drogue ou d’alcool.» Il y a donc tout un travail à faire pour convaincre les entreprises. Par la suite, le défi est de choisir des personnes aptes à réintégrer le marché du travail.

Ainsi, les personnes engagées ont déjà entamé un processus de réhabilitation. Elles ont été sélectionnées et sont suivies par des organismes tels que la Maison du Père, Sac à Dos ou Spectre de rue. L’entreprise paye l’organisme, qui versera le salaire à la personne tout en l’aidant à devenir autonome.

«On n’est pas une agence de placement, et l’idée n’est pas de leur donner une job pour disparaître ensuite, précise M. Silès. Il s’agit de les accompa­gner dans leurs efforts pour  re­trou­ver un souffle professionnel.»

Cette année, SDSVM a décroché 150 contrats de travail et, de ce nombre, seules deux personnes ont vécu un échec.

Le rôle de Québec ?

Selon M. Silès, il faudrait des mécanismes de transition pour permettre aux itinérants d’être traités dans la journée.

«C’est la responsabilité du provincial de le faire», indique M. Silès. De nombreux sans-abri ont des problèmes de santé mentale et se retrouvent à la rue le matin lorsque les refuges ferment. «La police et la Ville font déjà des miracles. Maintenant, il y a d’autres institutions gouvernementales qui devraient mettre leurs culottes», dit M. Silès, qui critiquela désinstitutionalisation effectuée dans les années 1990 par le gouvernement provincial.

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