Certaines personnes se sont étonnées, hier, de constater la force avec laquelle le maire Ferrandez a su conserver son poste à l’issue du scrutin municipal. À en croire de nombreux topos journalistiques diffusés au cours des dernières années, on aurait plutôt été portés à croire que les plateaumanciens voulaient s’en débarrasser une fois pour toutes, après lui avoir donné 43% des suffrages en 2009. Or, il en raflait 51% hier soir!
Où était donc cette Ferrandezite aiguë, hier? Les plus cyniques diront qu’elle se cachait au même endroit que notre dégoût pour l’administration Tremblay, qui ne nous a pas empêché de réélire Union Montréal sous la bannière de l’Équipe Coderre. À ces êtres probablement dépourvus de tout espoir en l’humanité, je répondrais que le taux de participation a été supérieur d’environ 10% à la moyenne dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal.
Durant les quatre années qu’aura duré le dernier mandat de Ferrandez, on aura pu dire que les citoyens du Plateau n’avaient pas voté pour «ça» (notamment les viraillages de sens uniques qui dérangent tant ses détracteurs). En effet, quand Ferrandez se targue d’avoir respecté la majorité de ses engagements, il surestime probablement le lectorat de son programme électoral. Il oublie aussi que la démocratie ne s’exprime pas exclusivement que par l’entremise du scrutin, mais par diverses manifestations citoyennes. Ça, il se l’est fait dire.
Par contre, en 2013, c’est en toute connaissance de cause que 16 706 personnes se sont dirigées dans le sous-sol d’une église ou la salle communautaire d’un foyer pour personnes âgées afin de le reconduire à la mairie. Ils ont voté en sachant que la circulation automobile allait être contrainte. Ils ont accepté que leurs rues soient moins souvent déneigées, parce que ça coûte cher, le déneigement. Ils ont décidé qu’ils voulaient voir encore plus d’espaces de stationnement transformés en parcs et en carrés d’arbres parce qu’ils trouvent ça beau, des carrés d’arbres. Ils ont accepté tout ça probablement parce qu’ils ce sont dit qu’il s’agissait aussi du genre de compromis qu’il faut faire individuellement pour le bien commun.
Ils ont voté en toute connaissance de cause pour poursuivre leur expérience positive du Plateau. Pour des projets comme le Champ des possibles, la protection des lofts d’artistes, les relations hipsters/hassidiques florissantes.
Et ils ont aussi dit à Danièle Lorain qu’il n’était pas suffisant d’être connue ou de capitaliser sur le mécontentement de certains pour se faire élire. Que ça prenait des idées nouvelles, des réponses concrètes et créatives à ce mécontentement. Qu’il fallait aussi connaître ses dossiers suffisamment pour aller les défendre en débat.
Mais où étaient donc hier soir tous ces citoyens frustrés, ces commerçants prompts à mettre la faute de leur échec commercial sur une hausse des parcomètres? Madame Lorain, comme tout le monde qui écoute les nouvelles à la télé le soir, devait être la première surprise de voir la colère de ceux qui ont gueulé si fort contre son adversaire ne pas se matérialiser en vote pour elle. C’est peut-être tout simplement parce qu’on ne fait pas déplacer un journaliste pour dire combien on est content d’avoir un carré d’arbre sur sa rue.
