Le conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a adopté lundi, en séance extraordinaire, une série de modifications au plan d’urbanisme pour assurer la pérennité des ateliers d’artistes dans le quartier Saint-Viateur Est.
«Les artistes font partie du paysage du Mile-End, on tient à ce qu’ils y restent», explique Richard Ryan, conseiller du district. Plusieurs élus s’inquiètent de voir la spéculation immobilière faire grimper le prix des loyers et forcer les artistes à déménager leurs ateliers.
Pour éviter de voir des structures industrielles transformées en condominiums, l’administration a décrété lundi un gel immédiat des transformations en espaces résidentiels au nord de la rue Maguire, entre les avenues Casgrain et Henri-Julien. «Le quartier comporte plusieurs immeubles qui pourraient devenir des lofts très attrayants, concède Richard Ryan. Mais on a décidé que ce n’est pas dans cette direction-là qu’on veut aller.»
Grâce à ces mesures, l’arrondissement espère stopper la migration constante des communautés artistiques, décriée par plusieurs organismes culturels comme Culture Montréal. «Les artistes élisent souvent domicile dans les zones post-industrielles parce que les espaces sont adéquats pour installer un atelier et les loyers abordables. Avec l’engouement pour le quartier, les loyers grimpent et ils se retrouvent dans l’impossibilité de payer», résume le conseiller.
Le nouveau plan limitera aussi le développement des industries lourdes, au profit d’activités qui «enrichiront la qualité de l’expérience piétonne», tels des restaurants, des institutions financières ou des dépanneurs, particulièrement au rez-de-chaussée des immeubles. Les lieux de production artistique n’attirant que peu de clientèle sur place, comme les studios d’enregistrement, seront quant à eux confinés aux étages supérieurs.
De son côté, Culture Montréal refuse pour le moment de ce prononcer sur les nouvelles mesures, jugeant avoir besoin de plus de temps pour les étudier. Dans un mémoire présenté à la Ville de Montréal en 2007, l’organisme notait l’importance d’une certaine variété d’activités pour préserver la synergie de ce type de secteur culturel, mais réclamait surtout des investissements de la part des autorités.
Pour l’instant, le règlement est qualifié d’intérimaire par l’arrondissement. Une consultation publique, prévue avant l’été, permettra d’inscrire les modifications à la réglementation d’urbanisme.