Montréal

L’Église de Scientologie doit 117 000$ à la Ville de Montréal

L’Église de Scientologie de Montréal doit près de 117 000$ à la Ville en taxes foncières non payées pour le bâtiment qu’elle détient sur la rue Sainte-Catherine, au cœur du Quartier Latin. Métro et Les Affaires ont enquêté sur ce bâtiment, censé devenir une sorte de cathédrale de la Scientologie, mais qui reste toujours inoccupé.

Métro et Les Affaires ont appris que l’Église de Scientologie doit toujours 62 563$ pour ses taxes foncières de 2014. Pour celles de 2015, le montant à payer atteint 117 132$, a confirmé la Ville. De ce montant, 62 756$ doivent être réglés avant le 1er juin. Le montant en souffrance pour le premier paiement de l’année, qui aurait dû être payé le 2 mars, atteint donc 54 376$.

Le montant en souffrance global atteint actuellement 116 939$. Ce sont donc près de
180 000$ que l’Église de Scientologie devrait payer au total d’ici le 1er juin.

Des intérêts s’accumulent «tous les jours», a-t-on confirmé à la Ville. Contactées en fin de journée lundi, ni l’Église-mère en Californie, ni la filière montréalaise n’ont émis de commentaire au sujet de taxes non payées.

En 2007, l’Église de scientologie de Montréal achète l’édifice La Patrie, qui appartient alors à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), pour 4,25M$. L’immeuble doit alors être transformé en «Ideal Org» [organisation idéale], un lieu de culte couplé à un centre de services ultra-moderne.

Mais alors que l’Église dit récolter des fonds auprès de ses membres pour réaliser son projet de rénovation, force est de constater qu’elle n’arrive pas à payer les taxes foncières.

Car si les locaux actuels de l’Église sur la rue Papineau, dans le Plateau-Mont-Royal, bénéficient d’une exemption de taxes foncières accordée aux lieux de culte, l’édifice La Patrie est imposé au taux habituel, car il est vide.

Un bâtiment inutilisé
Près de huit ans après l’achat, l’arrondissement de Ville-Marie confirme que, selon une inspection faite en juin 2014, aucune rénovation n’a encore été entreprise.

L’arrondissement a d’ailleurs reçu, le 25 juin 2014, une plainte d’une citoyenne, qui entendait un «bruit de claquage 24 heures sur 24» dans le bâtiment. Un technicien dépêché sur les lieux a pu constater qu’il s’agissait d’une alarme d’incendie qui sonnait sans arrêt en raison de piles faibles.

Questionné au sujet de l’avenir de l’édifice il y a quelques semaines, Jean Larivière, de la branche montréalaise de l’Église de scientologie, confirmait que le projet tenait toujours : «[Le projet] est toujours sur les rails et il soulève toujours l’enthousiasme de notre communauté religieuse. […] Nous sommes en phase de faire des levées de fonds [sic] pour financer les rénovations.»

Pourtant, en 2009, La Presse citait le même homme, qui disait alors en être «encore aux étapes préliminaires et à la collecte de fonds». Le projet avait déjà été reporté de 2008 à 2009. Puis, en 2010, selon Le Devoir, les travaux n’étaient toujours pas commencés. Ils étaient alors reportés en 2011.

Même chose en 2013, alors que le même quotidien titrait «Le projet d’expansion de l’Église de scientologie à Montréal serait-il para­lysé?». Plusieurs responsables de l’Église avaient alors affirmé que non. Mais deux ans plus tard, les choses n’ont pas bougé.

Questions soulevées
Ainsi, pourquoi un groupe qui peine à payer ses taxes foncières et à réaliser des rénovations s’entête-t-il à acheter des biens immobiliers?

Selon l’ancien porte-parole de l’Église-mère à Los Angeles, en Californie, Mike Rinder, la direction centrale choisit les bâtiments, souvent en dépit des besoins sur le terrain, mais ce sont les organisations locales qui doivent trouver le financement pour les acheter et les rénover. C’est pourquoi plusieurs de ces projets dans le monde semblent piétiner.

«Je suis persuadé que l’organisation de Montréal n’a aucune idée de ce qu’elle fait. On leur dit quoi faire à partir de Los Angeles, et ils ne peuvent donc pas vendre le bâtiment ou changer les plans de rénovation sans l’approbation des dirigeants. Ils ont peu de marge de manœuvre», a-t-il dit par courriel.

«Ça ne me surprendrait pas que, s’ils avaient assez de membres pour acheter des bâtiments dans les années 2000, c’est devenu plus difficile pour eux d’amasser des fonds pour les rénovations, parce que beaucoup de gens partout dans le monde ont quitté [la Scientologie] en 2007 ou 2008.» – Tony Ortega, journaliste américain qui enquête sur l’Église de Scientologie depuis 1995

D’après le journaliste et éditeur du site web d’information Raw Story Tony Ortega, qui enquête sur cette Église depuis 1995, l’Église centrale vend aux organisations locales l’idée que la construction d’une Ideal Org permettra à leur communauté de gagner de nouveaux membres.

«Ils disent: “Quand vous aurez votre Ideal Org, on va en faire la promotion, vous allez avoir une explosion de nouveaux membres, et ce sera un âge d’or pour la scientologie dans votre ville.” Mais ce qu’on voit dans les villes où on a ouvert des bâtiments de ce genre, c’est qu’ils restent vides», affirme-t-il. Bref, le mystère plane sur l’avenir de l’édifice de six étages de Montréal.

Sur le site de l’Église de Scientologie centrale, on peut trouver une liste de bâtiments se trouvant un peu partout dans le monde et destinés à devenir des Ideal Org. Montréal y figure. On affirme que ces bâtiments seront complétés «en 2014 ou 2015».

MISE À JOUR (le 7 mai 2015): Le porte parole de l’Église de Scientologie de Montréal, Jean Larivière, a commenté l’article publié dans Métro le 6 mai. «L’Église de Scientologie a pour politique de ne pas discuter publiquement d’informations, de pratiques ou de stratégies relatives à sa gestion financière, a-t-il écrit dans un courriel. Votre article contient des conjectures et les opinions d’activistes hostiles à l’Église de Scientologie, des personnes qui semblent en faire une profession, et dont l’attitude est à l’opposé de l’impartialité et de l’objectivité.»

M. Larivière a rajouté que le projet était toujours sur les rails, et que l’Église «continue avec ses projets d’expansion».

Il a réfuté une des informations cueillies par Métro et Les Affaires, comme quoi aucun travaux de rénovations n’avaient été accomplis. «Contrairement au contenu de votre article, il y a moins de deux ans, nous avons fait des travaux importants de réfection de l’enveloppe extérieure», a-t-il écrit.

Or, lors de la préparation de cet article, Métro avait fait une demande d’information auprès de l’arrondissement Ville-Marie concernant toutes les demandes permis de modification du bâtiment faites auprès de l’arrondissement.

Ainsi, dans une demande de permis datant du 26 avril 2012 , on pouvait lire: «Restauration des façades du bâti, ajout d’une marquise sur la porte principale, d’ornements en fer forgé sur les fenêtres. Rez-de-chaussé, consolidation des balustres. Sur la façade ouest, suppression des fenêtres de ce mur. Sur le toit, ajout d’équipements mécaniques». L’arrondissement ajoute: «Ces travaux n’ont pas été faits.»

Lorsqu’on a demandé à l’arrondissement si une inspection du bâtiment avait eu lieu, on a répondu: «En lien avec le permis de transformation émis en 2012, deux inspections de l’extérieur du bâtiment ont été réalisées en mai et juin 2014 par l’arrondissement. Celles-ci ont permis de constater que les travaux n’avaient pas été réalisés.»

 

 

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