Le nom du nouveau chef du Parti québécois (PQ) sera connu le 7 octobre. À l’occasion de cette course à la direction du parti, Métro a rencontré chacun des quatre candidats. Deuxième de notre série d’entrevues publiées jusqu’à jeudi, dont l’ordre de parution a été tiré au sort : Martine Ouellet.
Pourquoi avoir choisi de nous rencontrer à HEC Montréal?
Ça me rappelle l’époque du MBA, j’ai commencé à temps partiel pendant que je travaillais à Hydro-Québec. J’ai eu mon garçon pendant ce temps-là et je suis revenue faire une année à temps plein pendant mon congé de maternité. J’étais dans la cohorte d’étudiants qui a inauguré la nouvelle bâtisse ici. Aussi, mon père était professeur ici à HEC.
Vous voulez réaliser l’indépendance lors d’un premier mandat. Pourquoi si rapidement?
Je ne sais pas pourquoi on dit que c’est rapidement, parce qu’avec mon plan, ça donne six ans. Le premier mandat, c’est là où on est élu. Un deuxième mandat, c’est hypothétique. Si on veut gagner l’élection de 2018, il faut prendre l’engagement de réaliser l’indépendance, sinon on ne réussira jamais à rassembler l’ensemble des indépendantistes, que ce soit Québec solidaire (QS), Option nationale (ON) ou les 30 % d’indépendantistes de la Coalition Avenir Québec (CAQ).
Avant les élections de 2018, vous souhaitez informer les gens sur la souveraineté. Les Québécois savent-ils pourquoi ils devraient faire l’indépendance?
Actuellement, il manque d’outils au PQ. À la suite d’une conférence, il y a une dame qui me disait : «J’ai encore des questions : avez-vous un petit livre qui décrirait [le projet d’indépendance]?» Ça fait 15 ans qu’on n’en a pas produit. Et j’ai été obligée de la référer à ON, qui a produit récemment Le livre qui fait dire oui. Donc, j’ai pris l’engagement, dans le Plan Ouellet 2018 – Pour la victoire des indépendantistes (et non pas seulement du PQ), de produire Les 50 + 1 réponses pour l’indépendance, où on va répondre à des questions comme la monnaie, les frontières, l’armée, etc.
Pour quelle raison êtes-vous devenue indépendantiste?
Pour pouvoir décider par nous-mêmes et avoir les outils de nos ambitions. Le Canada prend des décisions à notre place et utilise notre argent pour du développement qui ne nous concerne pas du tout. Regardez le projet Énergie Est : ils veulent nous traverser le territoire avec un pipeline. La Colombie-Britannique a dit non et c’est correct. Les États-Unis ont dit non, et vu qu’ils sont autonomes, le Canada n’a pas le choix [de respecter leur décision]. Et au Québec, il faudrait qu’on soit les dindons de la farce et qu’on accepte ça? C’est ça qui ne fonctionne pas dans le régime canadien. On est de très mauvais colocataires; on va être de bien meilleurs voisins.
On a la chance au Québec d’avoir de l’énergie verte, l’hydroélectricité. On l’exporte et ça nous rapporte de l’argent. En Alberta, ils ont du pétrole. Peut-on leur en vouloir d’essayer d’exporter leurs ressources?
On est rendus en 2016 et on sait que si on veut limiter le réchauffement planétaire, il faut que les énergies les plus polluantes ne soient pas exploitées. Or, le pétrole des sables bitumineux, c’est un des plus polluants de la planète. Il y a un choix de société planétaire à faire.
Anticosti, ce n’était pas un choix planétaire, justement. S’agit-il de ressources qu’on aurait dû laisser enfouies?
Aujourd’hui, c’est clair que oui, vu que c’est du pétrole de schiste et que c’est extrêmement polluant. À l’époque de la signature du contrat, on n’avait pas les informations. Le contrat était nécessaire pour reprendre les droits sur l’île parce qu’Hydro-Québec les avait cédés pour des pinottes. Et il y avait beaucoup de personnes au Québec qui avaient l’impression qu’Anticosti, c’était le Klondike. Qu’on soit en accord ou en désaccord avec un projet, on doit prendre les décisions en toute connaissance de cause.
«Je ne comprends pas comment on peut convaincre les électeurs de voter pour le PQ en étant “gênés” de notre principale raison d’être, qui est l’indépendance.» –Martine Ouellet
Dans votre plan Climat Québec 2030, vous visez à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030. Vous voulez notamment accélérer l’électrification des transports. Pourquoi?
Le transport est la plus grosse consommation de pétrole. Déjà, il faut plus de transport en commun et, après ça, l’électrification. Je souhaite un million de véhicules électriques d’ici 2030, mais pas juste des automobiles : 100 000 camions légers, tous les autobus scolaires, tous les autobus municipaux. En ce moment, c’est bien trop lent.
Vous êtes en faveur de la gratuité scolaire à tous les niveaux. Avec les coûts qui augmentent sans cesse pour les parents, ne devrait-on pas commencer par une vraie gratuité au primaire et au secondaire avant de pousser plus loin?
Je propose de rendre le matériel scolaire gratuit au primaire et au secondaire. Mais je veux aussi la gratuité scolaire à l’université parce que c’est un investissement dans notre futur. Si on veut compétitionner mondialement au niveau économique, il va falloir le faire avec l’expertise, le savoir-faire, la matière grise, et non pas des bas salaires.
Vous proposez de rétablir la taxe sur le capital pour financer la gratuité. Est-ce que ce sera suffisant?
C’est 600 M$, la gratuité scolaire. Si Jean Charest n’avait pas fait les coupes dans la taxe sur les banques et le capital dormant, c’est au-dessus d’un milliard par année de plus qui entrerait dans les coffres de l’État. Ce n’est pas un problème d’argent, c’en est un de volonté politique. Les banques, avec les profits qu’elles font, il me semble qu’elles ont à faire leur contribution à la société.
Dépensons-nous trop dans le secteur de la santé?
Je crois qu’on pourrait obtenir beaucoup plus avec le même argent. Juste l’incorporation des médecins, ça n’a pas de sens. Ils n’ont pas de risques. Les patients, il y en a, et ils sont couverts par l’assurance maladie. Juste en abolissant ça, on va chercher 150 M$ et on est capables de financer des cliniques d’infirmières dans les 276 CLSC du Québec, ouvertes 24 heures sur 24, sept jours sur sept, qui vont assurer la première ligne.
Tout comme lors de la dernière course à la direction, vous n’avez pas d’appui de collègues élus. Êtes-vous trop radicale pour le PQ?
Je ne pense pas, je pense juste que je brise la glace. Il s’est développé un mythe depuis une quinzaine d’années au PQ voulant que, pour prendre le pouvoir, il fallait mettre en sourdine l’indépendance. Moi, je propose de briser ce mythe-là, de revenir à nos racines et de s’assumer.
En cas de défaite dans cette course, pourriez-vous changer de parti?
Ça fait 30 ans que je suis au PQ et je continue de penser que c’est le meilleur véhicule. Mais je suis convaincue que si on ne met pas l’indépendance en engagement pour 2018, on ne pourra pas battre Philippe Couillard.
