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Trudeau se rend aux sommets de l'OTAN et du G7

Adrian Wyld / La Presse Canadienne

Joanna Smith, La Presse canadienne - La Presse Canadienne

OTTAWA — Justin Trudeau se rend cette semaine en Europe pour les sommets de l’OTAN et du G7, où les leaders tenteront de comprendre comment, exactement, fonctionne le monde maintenant que Donald Trump est assis autour de la table.

L’avenir des alliances militaires, la lutte contre les changements climatiques et même le libre-échange sont des dossiers plutôt en suspens, jusqu’à ce que le nouveau locataire de la Maison-Blanche fasse connaître ses intentions — ou peut-être pas…

«Il serait virtuellement impossible de prédire ce que fera ce président», estime David Perry, analyste principal à l’Institut canadien des affaires mondiales. «On pourrait s’attendre, au bas mot, à des feux d’artifice, en quelque sorte.»

Au milieu de son premier voyage officiel à l’étranger, jeudi, le président américain rencontrera le premier ministre canadien et les autres leaders des pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), au nouveau siège de l’organisation à Bruxelles. Pendant la campagne présidentielle aux États-Unis, le candidat Trump avait soutenu que l’OTAN était devenue «obsolète», une position qu’il a revue le mois dernier.

La réunion ad hoc a été essentiellement organisée pour permettre au nouveau président américain de faire connaissance avec l’alliance militaire de 28 pays membres, et pour permettre à M. Trump de présenter sa vision quant aux objectifs de l’OTAN.

Allen Sens, professeur de sciences politiques à l’Université de Colombie-Britannique, rappelle que cette rencontre survient alors que l’Alliance atlantique, créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, doit déjà composer avec des intérêts divergents qui semblent sans cesse croissants.

Le «front sud» de l’OTAN souhaite que l’alliance concentre ses efforts en Afrique du Nord et au Proche-Orient, notamment sur les enjeux liés aux migrants et aux réfugiés. Les partenaires d’Europe de l’Est, par contre, s’inquiètent davantage des velléités russes. Certains autres sont préoccupés par les relations entre la Turquie et la Russie, notamment leur rôle dans le conflit en Syrie. D’autres encore s’inquiètent des conséquences du «Brexit».

«L’OTAN est tiraillée de tous côtés, souvent par des forces géopolitiques en concurrence, et à ce moment extrêmement délicat, les États-Unis, partenaire clé de l’alliance, sont dirigés par l’administration Trump, avec sa réputation bien établie de volatilité, d’incertitude et d’impulsivité», résume le professeur Sens, expert en sécurité internationale. Sans compter les squelettes dans le placard du président américain — les allégations de liens étroits entre la Maison-Blanche et Moscou, qui sont même scrutés par un enquêteur spécial du département américain de la Justice.

Soyez brefs et clairs

Les délégations aux deux sommets auraient d’ailleurs été prévenues: face à la fameuse imprévisibilité de M. Trump, soyez brefs et clairs dans vos présentations.

M. Trump souhaite toujours que les membres de l’OTAN atteignent la cible, fixée en 2014, qui prévoit que les pays alloueront au moins deux pour cent de leur produit intérieur brut à la défense. Cet enjeu du partage des charges devrait figurer en tête de liste des priorités à l’ordre du jour de la rencontre. L’an dernier, seulement cinq des 28 membres avaient atteint cet objectif; les États-Unis en étaient, mais pas le Canada.

Selon une estimation publiée par l’OTAN en mars, le Canada a alloué 1,02 pour cent de son PIB à la défense en 2016, et partage la 20e place avec deux autres pays membres. Les libéraux plaident que la contribution du Canada ne doit pas se comptabiliser en seuls dollars, mais aussi en participation sur le terrain aux missions de l’OTAN. Le président Trump a d’ailleurs évité de s’en prendre au Canada, choisissant plutôt comme cibles les pays européens.

Mais le professeur Perry soutient que l’argument canadien ne tiendra pas la route longtemps: les militaires canadiens ont joué un rôle important en Afghanistan, mais ils se sont tout de même retirés il y a près de trois ans.

Par ailleurs, le gouvernement libéral avait promis de dévoiler la nouvelle politique de défense du Canada avant le sommet de l’OTAN, mais cette annonce a été repoussée au 7 juin. Le Canada profitera cependant de la rencontre de Bruxelles pour dévoiler à ses partenaires les grandes lignes de cette politique, selon une source à Ottawa.

Après le sommet de l’OTAN, MM. Trudeau et Trump se retrouveront à Taormina, en Sicile, pour le sommet du G7, vendredi et samedi. John Kirton, directeur d’un groupe de recherche sur le G8 à l’Université de Toronto, estime que ces forums permettent davantage de rencontres directes, dans lesquelles M. Trump, homme d’affaires aguerri, est plus à l’aise.

Selon M. Kirton, les leaders tenteront surtout de convaincre M. Trump de ne pas renier l’engagement pris par Washington à Paris pour la lutte contre les changements climatiques. Il devrait aussi être beaucoup question du rôle de la Chine dans le monde et de commerce international, croit le professeur Kirton.

Mais l’ambiance à Taormina dépendra beaucoup de celle qui aura prévalu à Bruxelles. Car si les choses tournent mal à l’OTAN, le sommet du G7 devra passer beaucoup de temps à recoller les morceaux, soutient M. Kirton.

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