Malgré les besoins criants des banques alimentaires de Montréal, le mot pauvreté a rarement été entendu jusqu’à maintenant au cours de la campagne électorale.
«Ce n’est pas un sujet qui vient facilement dans la bouche des chefs de parti, soutient la directrice générale de Moisson Montréal, Johanne Théroux. Les préoccupations sont plutôt tournées vers la crise financière pour préserver la santé de l’économie.»
Pierre Carrier est directeur général du Centre Naha. Toutes les semaines, il distribue des sacs d’épicerie d’une valeur d’environ 100 $ à près de 150 familles de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Se sent-il interpellé par la campagne électorale? «Absolument pas, répond-il. On ne parle vraiment pas assez de pauvreté et on n’en parlera jamais assez.»
Tommy Kulczyk, qui est le directeur des services d’urgence de Jeunesse au Soleil, abonde dans le même sens. «Il faut parler davantage de pauvreté pour concientiser les gens, insiste-t-il. Si on veut relever les défis de la pénurie de main-d’Å“uvre et des coûts de la santé, il faut avoir une bonne stratégie de lutte à la pauvreté.»
De plus en plus de familles dans le besoin
Bien qu’elle soit peu abordée par les partis politiques, la pauvreté gagne du terrain, et les besoins des banques alimentaires augmentent.
Jeunesse au Soleil aide tous les mois 2 000 ménages. À cause de la hausse des prix des aliments de base et du pétrole, 250 familles de plus ont cogné à la porte de l’organisme.
Chaque semaine, le Centre Naha doit faire des dépannages alimentaires, sinon des personnes dépourvues ne mangent pas du tout.
Du côté de Moisson Montréal, les 207 groupes communautaires, auxquelles la plus grande banque alimentaire de la métropole offre de l’aide, réclament toujours plus de denrées. «On ne peut pas augmenter la quantité de sacs de provisions qu’on leur donne», rapporte Mme Théroux.
Ces banques alimentaires reçoivent très peu de subventions du gouvernement fédéral. Le peu de fonds publics qu’elles obtiennent provient de Québec, mais, pour l’essentiel de leur budget, elles doivent organiser des activités de financement.
«Les banques alimentaires sont très peu soutenues, bien qu’on reconnaisse leur pertinence sociale», précise la directrice générale de Moisson Montréal.
«Pas payant électoralement»
Si les politiciens parlent peu de pauvreté ou n’en parlent pas du tout même si elle prend de l’ampleur, c’est que le sujet n’incite pas les électeurs à voter en faveur d’un parti plutôt qu’un autre, selon le titulaire de la chaire d’études socio-économiques de l’Université du Québec à Montréal, Léo-Paul Lauzon. «C’est pas payant de parler de justice sociale», affirme-t-il.
Le professeur explique ce désintérêt de l’électorat par le fait que les personnes pauvres sont mal perçues dans la société. «Les gens en viennent à penser que les pauvres sont des « siphonneux » de fonds publics, fait-il valoir. Les gens sont « brainwashés ». Comme il y a un lien entre pauvreté et criminalité, la solution facile est de durcir les lois criminelles. Mais on ne fait rien pour atténuer les iniquités politiques et sociales.»
Selon M. Lauzon, la pauvreté persistera et elle prendra de l’ampleur puisque les partis politiques préconisent des mesures qui appauvrissent les contribuables. Exemple : les baisses d’impôt accordées aux entreprises.
«Ils nous font croire que ça va stimuler l’économie et l’emploi, mais c’est faux, clame-t-il. À force de répéter le même mensonge, les gens viennent à y croire et on ne réglera pas le problème.»