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PKP: «La population qui m’a élu savait très bien d’où je venais»

Pierre Karl Péladeau

Pierre Karl Péladeau

La candidature de Pierre Karl Péladeau pour le Parti québécois (PQ) aux dernières élections a eu l’effet d’une bombe dans le paysage politique. Si le PQ a perdu le pouvoir, le député de Saint-Jérôme n’en a pas moins occupé le devant de la scène en 2014. Campagne à la chefferie, conflit d’intérêts, actions de Québecor… Métro s’est assis avec l’homme d’affaires afin de revenir sur les événements qui ont marqué sa première année en politique.

Quand vous avez quitté votre poste de direction chez Québecor pour ensuite siéger sur le conseil d’Hydro-Québec et, ultimement, faire le saut au Parti québécois (PQ), on a senti que la décision de vous lancer en politique mûrissait depuis longtemps. À quel moment le chef d’entreprise a-t-il voulu devenir chef d’État?
Évidemment, on ne prend pas une décision de cette nature-là à l’improviste. J’ai eu l’occasion de consulter Jacques Parizeau il y a environ trois ans, pour lui dire que j’aimerais me consacrer au service public. Il a trouvé que c’était une très bonne idée, donc ça m’a orienté. À 50 ans, on se demande si on va faire le même travail toute sa vie. Mais comme PDG, je me consacrais entièrement à ma tâche. Il y a eu des moments de grandes perturbations, donc je ne pensais pas à autre chose qu’au succès de Québecor à ce moment-là.

La défaite du PQ, le 7 avril dernier, a été cuisante, mais du point de vue de votre ascension politique, c’est un scénario parfait… La situation vous met rapidement en position d’aspirer aux plus hautes fonctions.
Ce n’est certainement pas le scénario auquel je m’attendais. Je m’attendais à une victoire du Parti québécois et, éventuellement, à accompagner Pauline Marois au sein du conseil des ministres pour les sujets économiques. Le scénario a été complètement différent de ce que j’avais envisagé, et ça m’a amené à apprendre une nouvelle vie, celle de parlementaire. Ça a été une étape de formation extrêmement rapide.

On a parlé à profusion de votre poing levé pour le pays. Vos sorties parfois virulentes dans les médias sociaux font beaucoup réagir. Dans vos conférences, vous adoptez un ton enflammé. Diriez-vous que vous devez apprendre à garder la tête froide?
Je suis authentique. Je pense que les arguments et les points de vue que je défends sont justifiés. Est-ce que je le fais avec enthousiasme et intensité? Probablement, mais j’ai toujours été intense. Quelque part, quand on dirige une entreprise, on ne fait pas ça à temps partiel, on a une forte conviction envers les points de vue qu’on défend. Ça ne veut pas dire qu’on a toujours raison; c’est aussi important d’avoir de l’écoute.

Certains vous voient comme la meilleure chose qui pouvait arriver au PQ, d’autres se méfient de votre passé d’homme d’affaires. Croyez-vous que vous parviendrez à parler aux électeurs souverainistes qui jugent que votre image s’accorde mal avec une vision plus progressiste de la société?
Tout à fait. Les étiquettes, il faut faire attention à ça. Qu’est-ce qui est à gauche? Qu’est-ce qui est à droite? Que fait le Parti socialiste qui est aujourd’hui au pouvoir en France? Il est pris avec une situation difficile: une dette extrêmement lourde, une torpeur économique, des protections corporatistes nombreuses… Tous les pays occidentaux sont aux prises avec les mêmes problématiques de vieillissement de la population, de productivité, d’assainissement des finances publiques, de compétitivité… C’est ça, la conjoncture; on ne peut pas purement et simplement dire qu’elle n’existe pas.

On vous a reproché d’avoir fait de l’ombre à vos collègues quand vous avez annoncé officiellement votre candidature à la chefferie en novembre. Au même moment, votre parti présentait une motion de non-confiance contre le gouvernement à l’Assemblée nationale. Êtes-vous un joueur d’équipe?
Oui. J’en suis désolé; je ne savais pas que cette motion allait être déposée, et la rencontre à l’Université de Mont­réal était prévue depuis longtemps. C’est la première motion de non-confiance que j’ai eu à vivre. Personne ne m’a mis dans une salle pendant une semaine pour m’expliquer ce qu’est la vie parlementaire. Ça fait partie de l’apprentissage.

Quand je dirigeais Québecor, malgré le fait qu’un certain nombre de commentateurs disaient que c’était un one man show – chose qu’ils disaient également de mon père –, j’ai travaillé dans la perspective d’une équipe où la réussite était commune, pas juste individuelle. J’ai appris à m’entourer de personnes de qualité, de personnes qui partagent la culture d’entreprise.

Quand on a fait l’acquisition de Vidéotron, on planchait sur la convergence. C’est certain que ça a changé la culture d’entreprise. La gang de TVA disait : «Écoute, ça fait 25 ans qu’on fait de la télé, on va continuer à en faire de la même façon.» Et bien à l’intérieur d’une vision, d’un plan, si les gens ne sont pas capables de comprendre, il faut faire le nécessaire pour se diriger vers l’objectif recherché. Ces efforts-là ont été fructueux. Aujourd’hui, toutes les entreprises en télécommunications suivent ce modèle-là.

«Est-ce qu’on va vendre Québecor alors qu’une des raisons pour lesquelles la Caisse de dépôt s’est engagée dans l’achat de Vidéotron était de garder l’entreprise au Québec? Un siège social, ça représente de bons salaires, et beaucoup d’impôts. Le modèle québécois, pour le financer, ça prend des entreprises.» – Pierre Karl Péladeau

Vous êtres encore un politicien à découvrir. Contrairement à vos adversaires dans la course à la chefferie, vous n’avez pas encore présenté beaucoup de propositions concrètes. Quand comptez-vous abattre vos cartes?
C’est certain que j’ai beaucoup d’idées, mais je n’ai pas écrit de livre ou de programme. Je suis livré à moi-même pour l’instant. Je n’ai pas de personnel, donc je fais tout moi-même. J’ai plein d’idées, je prends des notes partout et je suis en train de constituer la synthèse de ma réflexion. Au fil de la campagne à la chefferie, qui va durer encore de cinq à six mois, je vais certainement avoir l’occasion de débattre de tous les points. Ce que je peux vous dire, c’est que ça va tourner autour de la souveraineté.

En tant que porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement économique, vous avez critiqué maintes fois cette année les coupes du gouvernement Couillard, tout en vantant le modèle québécois. Que fait-on pour financer ce modèle?
Ça prend un plan, des projets. Il y en a quelques-uns qui sont extrêmement porteurs, notamment celui de l’électrification des transports. Toutefois, il n’y a rien de cette nature-là qui soit engagé par le gouvernement Couillard. Il faut avoir une réflexion, mais elle n’existe pas actuellement. Oui, on doit être préoccupé par les finances publiques, mais je dirais que la situation n’est pas aussi catastrophique qu’on veut le laisser entendre.

Systématiquement, le gouvernement coupe au lieu de penser aux revenus. Il y a bien le Plan Nord, mais malheureusement, le Plan Nord ne décollera pas avec une tonne de fer à 60$. Sans compter que le gouvernement n’a aucune initiative pour relancer les PME. Si on veut créer de la richesse, il faut créer des entreprises et des emplois qui vont financer l’État.

Sinon, on continue de dire: «Ah! Heureusement il y a la péréquation. La péréquation va nous sauver!» Il faut faire attention avec les chiffres de péréquation; il faudra un jour les tester. Le premier ministre nous raconte qu’on reçoit 16 G$ de plus du fédéral en transfert et en péréquation. Et bien qu’il nous prouve que c’est 16 G$! Qu’y a-t-il exactement dans les revenus qui viennent du Québec et dans ceux qui nous sont transférés d’Ottawa? Il va falloir faire cet exercice-là. C’est un exercice comptable, mais c’est aussi un plan d’affaires. Quels sont les moyens dont un Québec indépendant disposerait pour générer des revenus? Ceux qui proviennent de l’exploitation de son territoire – et pas juste du minerai de fer –, mais également de la voie maritime, des ports, des chemins de fer… Bref, de tous ces éléments qui nous procureront des revenus pour compenser la soi-disant péréquation.

La souveraineté est au cœur de votre engagement en politique. Pourtant, lors des dernières élections, ce sujet a davantage été une épine dans le pied du PQ. Comment espérez-vous vendre l’idée de l’indépendance à une majorité de Québécois?
On aura l’occasion, durant les trois ans et demi qui suivront la campagne à la chefferie, de parler de la souveraineté et de démontrer en quoi elle va nous enrichir. Ce n’est pas un chemin de croix, ni une croyance; je parle d’une démonstration presque scientifique qui dirait: voici notre potentiel, voici nos richesses, voici notre capacité à générer des revenus et, à partir de là, voici comment développer le potentiel pour faire croître davantage les revenus grâce à toutes les compétences qui sont celles d’un pays.

Quelles leçons retenez-vous de vos voyages récents en Écosse et en Catalogne?
La plus importante des leçons, c’est qu’il faut y travailler, à l’indépendance. On ne peut pas dire que le premier ministre écossais Alex Salmond n’avait pas comme objectif de faire l’indépendance. Il y a travaillé pendant plusieurs années, en produisant notamment le document Scotland’s Future, qui démontre quels sont les avantages liés à l’indépendance. Même chose du côté des Catalans. Peut-être qu’on aurait dû s’y engager auparavant, mais ce n’est pas à moi de faire le procès de ceux qui m’ont précédé au Parti québécois.

«On me dit que je ne veux pas parler aux médias… J’en accorde des entrevues, mais tout le monde veut m’avoir. Et puis j’ai des obligations parlementaires. Je ne joue pas à l’inaccessible. Je ne peux pas passer ma vie à donner des entrevues!» – Pierre Karl Péladeau

Votre slogan de campagne se résume en un seul mot: Réussir. Comme si vous vouliez redonner confiance aux indépendantistes en misant sur votre image d’homme prospère…
Pas juste aux indépendantistes, aux Québécois. Et pas juste aux Québécois francophones, mais aux Québécois de toutes origines.

Pourtant, l’homme d’affaires et, surtout, l’actionnaire médiatique que vous êtes suscite plusieurs interrogations éthiques. Les histoires de conflits d’intérêts et d’indépendance médiatique vous collent à la peau. Ne craignez-vous pas que votre réussite personnelle cause un jour votre chute politique?
J’ose espérer que ma réussite personnelle pourra être l’illustration de la réussite de tous les Québécois, l’illustration que nous sommes tous en mesure de réussir si nous en avons les moyens. C’est certain que mes adversaires politiques vont continuer à pinailler là-dessus.

La population qui m’a élu dans Saint-Jérôme savait très bien d’où je venais. Je n’ai pas travaillé dans les firmes de génie. Je n’ai pas travaillé chez SNC-Lavalin ou chez Roche, ou chez Accurso… J’ai travaillé chez Québecor pendant les 28 dernières années. Je pense avoir fait une réussite de cette entreprise et je n’ai pas honte de le dire. Au contraire, je pense que c’est un atout.

Est-ce que ça peut effrayer mes adversaires? Oui. Mais j’ai été élu légitimement et personne n’a contesté mon élection. Si on veut proposer a posteriori une législation qui serait discriminatoire à mon endroit et qui m’expulserait de l’Assemblée nationale, je pense qu’on est mieux de se lever de bonne heure.

Si, demain, vous deviez choisir entre vos actions de Québecor ou un Québec souverain, quel choix feriez-vous?
Il n’y en aura pas de choix à faire pour moi. Je l’ai dit, je l’ai répété, et il n’est pas question que je change d’idée. En même temps, ce serait t-e-l-l-e-m-e-n-t ridicule! Ma volonté, c’est que le Québec s’enrichisse, pas qu’on vende nos entreprises à des intérêts étrangers! La valeur boursière de Québecor, aujourd’hui, est de 4G$, et comme toutes les transactions se font avec une prime, ça pourrait monter à 5G$. Qui a 5G$ aujourd’hui pour acheter Québecor? Il y a beaucoup d’étrangers qui ont cet argent-là… Et quand une entreprise est vendue, le siège social s’en va. Vendre mes actions serait complètement contradictoire avec le discours que je défends.

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