Culture

Chronique d’une erreur judiciaire

Damien Echols (à droite) et sa conjointe Lorri Davis, qui est aussi la productrice de West of Memphis.

Le documentaire d’Amy Berg West of Memphis se penche sur le cas de trois adolescents condamnés à tort pour meurtre. Métro a rencontré l’un d’eux, Damien Echols.

Damien Echols a passé toute sa vie d’adulte – les dernières 18 années – dans le couloir de la mort pour un crime qu’il n’avait pas commis. Il était considéré comme un des Trois de West Memphis trouvés coupables d’avoir assassiné trois garçons de huit ans en 1993. Le plus récent documentaire rapportant le combat d’Echols, West of Memphis, fait la chronique du travail sans relâche qui a mené à la libération d’Echols, de Jason Baldwin et de Jessie Misskelley. Mais comme l’explique le premier, le travail est loin d’être terminé.

Ma première réaction après avoir vu le film a été de refuser vous interviewer, de vous laisser tranquilles, vous et votre femme.
Merci. C’est foutument pitoyable. J’ai accordé 23 entrevues, 2 séances de photos et une conférence de presse en une journée. Et nous avons été sur la route deux mois pour faire la promotion du film… C’est foutument pitoyable. On est obligés de parler de la chose qu’on déteste le plus au monde encore et encore et encore. On n’a jamais la chance de se reposer, de guérir. C’est comme si les plaies se rouvraient constamment. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on n’a même pas de personnalité, là-dedans. Les gens ne voient pas des êtres humains; ils voient un cas. Ils voient les Trois de West Memphis, comme si nous n’étions même pas des individus. On est comme les Trois Stooges. Je suis Moe, Jason est Larry, Jessie Misskelley est Curly, et c’est ce qu’ils veulent nous forcer à être pour toujours. Les Trois de West Memphis, qu’est-ce que c’est que ça, bon Dieu? On dirait le nom d’un groupe de rap.

En gros, vous êtes passé directement de la prison à la promotion du film?
Cette dernière année, j’ai ressenti une sorte de frénésie à essayer de bâtir une fondation sur laquelle me construire une vie. Et à plusieurs égards, ç’a été l’enfer d’essayer de… oh seigneur, je ne peux même pas le décrire. Mais dans un sens, c’est un mal nécessaire, parce que nous devons continuer à faire tout ça. Si nous voulons être exonérés de toute charge, si nous voulons voir en prison les gens qui méritent d’être en prison et si nous voulons que les personnes qui nous ont fait vivre ça en subissent les conséquences, nous devons continuer à en parler ou ça n’arrivera jamais. Ils vont balayer l’histoire sous le tapis et l’oublier. Ils espèrent que nous allons nous évaporer. Il faut que nous leur fassions savoir que nous n’irons nulle part avant qu’ils fassent la bonne chose.

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Qu’est-ce qui vous attend après tout cela? À quoi avez-vous hâte?
J’ai envie de me reposer. Enfin, il y a mes buts à long terme : ce que je veux faire dans la vie, ce que je veux être, et la chose qui me passionne le plus, la méditation et le travail sur l’énergie. C’est ce qui m’a aidé à survivre si longtemps en prison. Alors j’aimerais ouvrir un petit centre de méditation quelque part dans le village d’où je viens, où je pourrais partager cela avec les gens qui sentent qu’ils en ont besoin dans leur vie, qui cherchent quelque chose pour les aider à traverser des situations douloureuses et difficiles. C’est ce que j’aime, ce qui veut dire quelque chose pour moi.

West of Memphis
En salle dès vendredi

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