Quand Dominic Desjardins lui a proposé de jouer le rôle principal de son premier long métrage, Le divan du monde, Antoine Gratton a d’abord «semi-refusé». «Ce n’était pas par manque d’intérêt, mais par souci pour le projet… j’avais peur de scrapper son film!» explique le musicien, qui en était à sa première expérience en tant qu’acteur.
Pourtant, c’est Antoine Gratton lui-même qui a été le point de départ de ce projet pour Dominic Desjardins. Le cinéaste avait été invité à faire partie de l’équipe de Francoforces, un spectacle qui parcourait le Canada et dont Gratton était le directeur musical. «J’étais dans la tournée en tant qu’artiste médiatique, sans avoir de projet précis, se souvient-il. Quand j’ai vu Antoine, je me suis dit que si je pouvais transmettre son énergie à l’écran, je pourrais faire un film dont l’action se déroulerait à travers le Canada.»
C’est ainsi qu’est née l’histoire d’Alex (Gratton) et de Zoé (Mélanie Leblanc), un Québécois et une Acadienne dont les destins se croisent alors qu’ils sont tous deux loin de la maison. Pour convaincre le musicien d’accepter, Desjardins est allé jusqu’à recomposer le personnage pour qu’il ait «un côté musical» et lui colle à la peau. «Au-delà de tout, j’ai trouvé le fait de jouer extrêmement amusant, assure Antoine Gratton. C’est très différent d’un personnage de scène; Alex est assez discret, il fallait que je mise sur la subtilité, que je ne surjoue pas.»
Dominic Desjardins considère que le fait d’avoir participé à la Course destination monde l’a aidé à relever les défis que posait ce premier film. «Avec la Course, quand tu arrives dans une ville, tu ne sais pas comment tu vas organiser ton tournage et tu as très peu de temps pour le faire, rappelle-t-il. Là, c’était la même chose. Il me manquait 60 % de mon équipe, le char, la maison pour tourner la scène… La débrouillardise était essentielle, chaque ville était comme une bataille. Mais on a réussi à le faire!»
Double chapeau
En plus de jouer le rôle principal du film, Antoine Gratton signe la bande sonore du Divan du monde. Une autre première pour le musicien, qui a adoré l’expérience. «Ça faisait longtemps que je voulais faire ça, dit-il. C’est tellement intéressant de mettre en musique quelque chose qui existe déjà! J’ai abordé ça un peu comme Pierre et le loup : chaque personnage a son
instrument.»
«Je retravaillerais avec Antoine n’importe quand parce qu’il a mis beaucoup de ludisme dans ce travail, il s’est beaucoup amusé, dit Dominic Desjardins. Et ce n’est pas que de la musique d’ambiance. La trame sonore prend la place qu’elle doit prendre, et il comprend bien l’histoire, l’ayant vécue de l’intérieur.»
Le divan du monde
Au Cinéma Beaubien
Jusqu’à jeudi