Ginette Reno est catégorique et le répète même par deux fois : «Moi, je veux mourir sur scène.» C’est cette peur de mourir qui la motive à continuer à chanter après 50 ans de carrière. «En continuant, je me dis que, peut-être, je ne vais pas mourir tout de suite, déclare-t-elle. Mais je veux mourir sur scène. Je suis une bête de scène. J’ai appris à apprivoiser le fait de chanter en studio, mais ce n’est pas ça que j’aime le plus au monde.»
C’est pourtant à peine deux ans après Fais-moi la tendresse – son précédent opus, couronné de quatre prix Félix – qu’arrive La musique en moi. «Le besoin de faire un nouveau disque naît dès que j’ai quelque chose à dire, et jusqu’à présent, j’ai toujours quelque chose à dire! lance-t-elle. J’ai besoin de chanter, je le dis d’ailleurs sur une des pièces de mon album; c’est la musique qui m’a sauvé la vie, à plus d’une reprise.»
Il est beaucoup question d’amour, de rupture et de sentiments douloureux sur La musique en moi. «Je pourrais mourir après ce CD-là et être satisfaite de ma carrière, parce que le public aurait vu mes états d’âme», affirme la grande dame de la chanson. Une thérapie, La musique en moi? En quelque sorte, mais aussi un exercice plutôt difficile. «C’est plus dur de chanter des pièces pour lesquelles je voyage à l’intérieur de moi-même, dit Ginette Reno. Il y a des titres extérieurs, plus faciles, comme Perdu dans Montréal; c’est facile chanter ça. Mais certaines pièces m’ont pris plus de temps à faire, ont été très difficiles, très douloureuses. On dit que chanter, c’est physique. On chante avec notre cÅ“ur, notre âme, notre souffle… Moi, c’est tout mon être qui chante.»
Pour composer cet opus très personnel, Ginette Reno a pu compter sur la collaboration de plusieurs amis artistes, qui lui ont écrit des textes qu’elle juge «magnifiques». «Ils me connaissent tous bien. Ils me disent : « Ginette, tu es la personne qui nous nourrit le plus. » Je suis une vraie mère pour eux!» lance-t-elle en riant.
Une chose est sûre, ce ne sont pas les textes qui lui manquent quand l’envie lui prend d’enregistrer un CD. «Robert Charlebois m’a téléphoné pour me dire qu’il m’avait écrit une chanson pour La musique en moi, dit-elle. Et je n’ai même pas pu la prendre, parce que j’en avais déjà trop, je ne savais plus quoi faire avec!»
En dépit de son impressionnante discographie, Ginette Reno n’est pas encore arrivée au bout de ses projets. «J’ai envie de faire des folies, déclare-t-elle. Je voudrais faire un disque de blues, dans un premier temps. J’aimerais aussi enregistrer un album avec un orchestre symphonique, et reprendre toutes les plus grandes chansons du Canada et du Québec, en anglais et en français. Et je voudrais aussi faire un album avec seulement mes propres compositions.» Mais pour le moment, Ginette Reno a décidé de s’accorder un moment de répit. «Je vais prendre une année pour me reposer, puis en 2012, je vais repartir comme une folle!»
Heureux qui comme Céline…
Quand on lui demande de quels moments de sa carrière elle est le plus fière, Ginette Reno mentionne entre autres sa performance sur les plaines d’Abraham avec Céline Dion, à l’occasion du 400e anniversaire de Québec. Regrette-t-elle que sa carrière n’ait pas connu le même succès international que celle de Céline? «C’est sûr que des fois, je regarde Céline et je lui envie tous ces gens qui l’aiment, admet la chanteuse. Mais en même temps, je regarde mon parcours, et je suis fière de ce que je suis devenue. J’ai travaillé fort pour avoir une carrière internationale, pour percer aux États-Unis, en Europe, au Japon… mais ce n’est pas arrivé et c’est correct comme ça. J’ai tellement eu d’amour ici que je suis comblée.»
La musique en moi
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