Dans Room, nouveau drame bouleversant du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson, une jeune mère et son fils vivent confinés malgré eux dans une pièce minuscule. Mais s’ils parviennent à s’évader, comment pourront-ils réintégrer la société?
Chaque année, pendant le Festival du film de Toronto, certains titres monopolisent les discussions du public. Il y a quelques semaines, on ne pouvait échanger avec des festivaliers sans que nos interlocuteurs chantent haut et fort les louanges de Room (Room: le monde de Jack), cinquième long métrage du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson (Frank, What Richard Did). Et avec raison. Pas surprenant que le film ait remporté le si convoité Prix du public, signe avant-coureur d’une gloire quasi assurée aux Oscars (la liste des lauréats précédents comprend d’ailleurs Slumdog Millionaire, Precious et The King’s Speech).
Adaptation du roman du même nom (qui a été finaliste au prestigieux Man Booker Prize) de l’écrivaine canado-irlandaise Emma Donoghue, ce savant huis clos nous plonge dans le quotidien étouffant de Ma (Brie Larson) et de Jack (Jacob Tremblay), son fils âgé de cinq ans, qui vivent séquestrés dans une minuscule cabane ne contenant rien de plus que les rudiments essentiels à la survie: toilette, lit, baignoire et un placard dans lequel Jack s’enferme lorsque leur agresseur-géniteur rend visite à Ma… Au sein de ce tête-à-tête mère-fils, les seuls indices d’un monde au-delà de leurs quatre murs sont un poste de télévision au signal embrouillé et un puits de lumière laissant pénétrer quelques parcelles de lumière. Bien que Jacob n’ait jamais connu autre chose que cette «room», Ma compte bien mettre à exécution un plan d’évasion.
Ce film par moments insoutenable, d’une grande puissance émotionnelle, repose sur les épaules d’un duo d’acteurs dosant habilement la peur et l’incertitude écrasantes que vivent les gens victimes de ce type de cauchemar. Pour Lenny Abrahamson, il était important de tourner les scènes en ordre chronologique, afin que l’acteur canadien de huit ans puisse mieux saisir les rouages de l’histoire. Le réalisateur s’est également assuré que les deux acteurs principaux puissent profiter de la période de préproduction pour nouer des liens très forts.
«Ils ont fêté leurs anniversaires ensemble, ils sortaient souper au restaurant, jouaient aux Legos», explique-t-il lors d’une rencontre pendant le TIFF. «Les décors ont été complétés plusieurs semaines avant le tournage afin que Brie et Jacob puissent passer du temps ensemble sur le plateau, dans cet espace exigu.»
«Quand j’ai lu le roman, mon petit garçon avait trois ans et mon autre enfant était très jeune. À mes yeux, le livre évoquait avec éloquence toutes les tensions et les défis de la paternité. Il a vraiment trouvé un écho en moi.» – Lenny Abrahamson
Dans Room, le cinéaste décortique avec énormément de finesse la réalité douce-amère avec laquelle doivent composer les personnes qui retrouvent la liberté. Jack, lui, n’a jamais respiré une bouffée d’air frais de sa vie; quant à Ma, elle risque de se voir hantée par les sévices sexuels et les traumatismes qu’elle a subis. Dans cette nouvelle épreuve que subissent la mère et le fils – à certains égards encore plus inquiétante que celle qu’ils vivent déjà –, Lenny Abrahamson a trouvé une énorme richesse narrative.
«Le film aborde le fait de quitter à jamais la mythologie de l’enfance en se dirigeant vers le monde plus austère de l’âge adulte, affirme Lenny Abrahamson. J’ai voulu faire une adaptation cinématographique qui conserverait les qualités intrinsèques du point de vue de l’enfant [qui sert de fil conducteur au roman], sans pour autant surcharger le film avec toutes sortes de techniques tape-à-l’œil.»
Le réalisateur fait un clin d’œil on ne peut plus pertinent à la célèbre allégorie de la caverne de Platon – probablement la référence la plus réussie au concept du philosophe grec depuis The Matrix des Wachowski, ou A Clockwork Orange, de Stanley Kubrick. «J’ai inclus cette scène où le petit garçon trace des ombres sur le mur, tentant de comprendre le monde extérieur grâce à ces projections étranges qui pénètrent dans son univers à lui.»
