Les étudiants ont provoqué un électrochoc social et politique au printemps dernier. Avec plus de 330 000 d’entre eux en grève au moment le plus critique du conflit et quelque 200 000 d’entre eux manifestant pacifiquement dans les rues contre la hausse abrupte des droits de scolarité le 22 mars, ils ont déclenché une réflexion profonde sur l’accès aux études universitaires et sur la justice fiscale (la «juste part») au Québec.
Ils nous ont forcés à mettre au centre des débats des questions comme le droit de manifester et le droit d’association, mais aussi les règles de la démocratie étudiante (peut-on voter une grève avec 10 % de participation à l’assemblée?).
Plusieurs d’entre nous ont craint que l’escalade des moyens de pression ne reprenne au moment de la reprise des cours, cette semaine, dans les 14 cégeps et les quelques facultés universitaires toujours en grève en juin dernier.
Avec la Loi 78 comme épée de Damoclès, nous n’avions nullement envie de revoir des affrontements avec les policiers. Il aurait été dommage que la campagne électorale dérape sur de tels scénarios.
Le sujet est toujours à l’ordre du jour. La «gestion de la crise» du printemps dernier est présente dans la mémoire de tous les citoyens qui s’apprêtent à voter. Le gouvernement, ainsi que les partis d’opposition (le carré rouge de Pauline Marois), sont jugés là-dessus comme sur le reste.
De même, le conflit étudiant n’est pas étranger au fait que nous manifestions tous une préoccupation nouvelle en faveur du vote des jeunes.
Mais de dérapage, il n’y aura pas. La rentrée collégiale s’annonce paisible. Bien qu’il reste des votes à prendre dans les prochains jours, Saint-Jérôme, Valleyfield, André-Laurendeau, Édouard-Montpetit et Maisonneuve ont déjà voté en faveur du retour en classe.
L’appel de Pauline Marois en faveur d’une trêve électorale, appuyé par son nouveau candidat, l’ancien président de la FECQ Léo Bureau-Blouin, a-t-il été entendu? Le retrait volontaire du plus connu des porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a-t-il été interprété comme le signal d’un repli stratégique?
Est-ce la Loi 78 qui a eu son effet? Les étudiants montrent bien que, lorsqu’un dialogue est engagé avec eux, ici par l’entremise du processus électoral, il est possible de trouver les voies d’un débat serein.
Leur combat n’est pas terminé pour autant. Il continue sous d’autres formes. Et après les élections, il ne faudra pas les décevoir.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.
