C’est ce soir que commence la 17e Semaine de mode de Montréal, qui mettra en vedette les collections printemps-été 2010 d’une trentaine de designers d’ici et d’ailleurs. Jusqu’à vendredi, Métro proposera, sur le web et sur papier, un aperçu des meilleurs moments de l’événement.
Il y a de ces changements de cap qui chamboulent une existence. Parlez-en à Christian Chenail, qui a abandonné l’architecture en 1987 pour le design de mode. Deux ans et quelques cours au Collège LaSalle plus tard, il lançait Muse, griffe dont le défilé 20e anniversaire aura lieu ce soir dans le cadre de la Semaine de mode de Montréal.
Aujourd’hui, c’est un Christian Chenail soulagé qui met la dernière main aux préparatifs de l’événement. «La récession a été un vrai calvaire, et je suis heureux qu’on ait réussi à la
traverser, résume-t-il. Depuis deux ou trois mois, on sent que ça commence à remonter.»
Pourtant, ce n’est pas la première crise qu’affronte la griffe. «La différence, c’est qu’au début des années 1990, on naissait tout juste, alors que maintenant, j’ai sept employés et trois locaux à payer», précise-t-il. N’empêche, la création de Muse, en octobre 1989, s’est faite au bon moment, croit Christian Chenail.
«Ma génération (Marie Saint Pierre, Hélène Barbeau, Nadya Toto et Philippe Dubuc) est arrivée alors que la récession de 1990 venait de tout jeter par terre. À l’époque – on dirait que ça fait 2 000 ans! -, il ne restait que très peu de designers québécois. En plus, des magazines comme Elle Québec et Clin d’Å“il sont nés durant ces années-là et nous ont couverts. C’est cet ensemble de facteurs qui nous a permis de prendre notre place dans la culture d’ici.»
Savoir cibler
D’après Christian Chenail, les jeunes créateurs d’aujourd’hui ont la vie moins facile à cause de l’émergence des Zara et H&M de ce monde, «qui arrivent à produire une robe quand même bien faite et à la vendre 59 $. Moi, avec 59?$, je ne paie même pas la couturière qui va la faire!»
Conséquemment, il faut savoir à qui on s’adresse, continue le designer. «La première chose, c’est de bien cibler la clientèle, parce qu’on ne travaille pas pour tout le monde. Il faut penser au groupe cible, à son budget, à son mode de vie, etc.»
Pour le printemps 2010, Muse proposera des silhouettes plus près du corps et inspirées du New Look de Christian Dior dans les années 1950. Un programme à des lieues des volumes et des drapés qui faisaient la loi ces dernières saisons.
«Je voulais changer, explique M. Chenail. En même temps, il ne faut pas faire répéter des collections historiques. C’est pourquoi j’agence, par exemple, des vestes très Dior avec des shorts. Ça casse l’effet madame et ça déstabilise.»
Mais pas trop quand même. «Le côté commerçant reste bien ancré en moi, avertit le designer. Il faut que ce soit vendable!»
Le défilé a lieu ce soir au Marché Bonsecours.
Des billets de dernière minute seront vendus sur lavitrine.com au coût de 25?$.